Presque dix ans après leur reprise de l’entreprise, les dirigeants de VT2i à Ramonchamp (Vosges) viennent d’annoncer sa cession à Raufoss Technology. En intégrant ce groupe à l’ADN autrichien, les 100 salariés du sous-traitant automobile comptent bien écrire une nouvelle page de leur histoire.


L'histoire aurait pu s’arrêter il y a dix ans à la barre du tribunal de commerce d’Epinal. Lâché par son actionnaire, l’américain TRW, le sous-traitant automobile de Ramonchamp (Vosges), en bordure de la Haute-Saône et du Haut-Rhin, avait finalement été repris par trois cadres dirigeants. Sur le plan social, 83 emplois avaient pu être préservés sur un total de plus de 300.

Le mois dernier, un nouveau chapitre s'est ouvert. L'équipe de direction a annoncé avoir cédé l’entreprise rebaptisée VT2i (Vosges Technologie Innovation et Industrie) au groupe Raufoss Technology, une entité de la société d’investissement autrichienne CAG Holding, détentrice d’actifs dans l'aluminium, le verre et la biomasse. 

 

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Pour Xavier Grandjean, le président de VT2i, cette opération est de nature à garantir la pérennité du site de 100 salariés (chiffre d’affaires de 21 millions d’€ en 2021), voire à le développer. « Plus VT2i a avancé dans le temps, plus nous avons vu nos marchés se consolider. C’est intéressant, car cela ouvre de nouvelles opportunités. En revanche, nous ne disposions ni de la taille critique, ni de la présence internationale pour les saisir », insiste le dirigeant. 

Ce fournisseur de rang 1 et 2 de l’industrie automobile s'était reconstruit dans l’esprit d’une société coopérative : la SAS VT2i rassemblait à son capital une holding de 60 salariés (minoritaire) ainsi qu’une holding de management (majoritaire) associant Xavier Grandjean, Pascale Dellea-Warin, directrice administrative et financière, et André Medjaed, directeur industriel. Les trois ex-actionnaires poursuivent toutefois l’aventure au sein de l’entreprise qui devrait conserver des marges d’autonomie au sein du groupe Raufoss Technology.

Avec 800 salariés pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’€, des implantations au Mexique, en Chine, en Norvège son fief historique et au Canada, le nouveau propriétaire possède l’envergure nécessaire aux ambitions de VT2i « sans le gigantisme de TRW, un groupe qui a compté plus de 150.000 personnes », rappelle Xavier Grandjean.

 

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De gauche à droite : Xavier Grandjean, Pascale Dellea-Warin et André Medjaed,
les cadres actionnaires ayant repris l'entreprise, il y a près de 10 ans. © Philippe Bohlinger

 

Alliance autour du bras de suspension 

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L’entreprise vosgienne est spécialisée dans les rotules qui entrent dans la composition des bras de suspension. © VT2i


Les opportunités de synergies ont favorisé cette union. « Le rapprochement de nos services commerciaux et achats devrait nous permettre de passer le cap de la hausse des prix des matières premières et des énergies », se félicite le président de VT2i. Les synergies industrielles demeurent cependant le principal catalyseur de cette acquisition. Raufoss et VT2i sont tous deux des spécialistes des bras de suspension, sous-ensembles mécaniques assurant la liaison entre le châssis et la roue.

L’entreprise vosgienne était d’ailleurs fournisseur depuis quatre ans de son nouveau propriétaire. Elle a en effet développé une expertise dans un composant spécifique de ce sous-ensemble, la rotule. Son bureau d’études de 7 personnes est capable de développer ses propres produits. Par ailleurs, les 2,2 millions d’€ investis en 2021 avec le soutien de France Relance ont augmenté la robotisation et l’automatisation des procédés d’assemblage et d’usinage du site vosgien.

 

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De son côté,  Raufoss Technology est un fournisseur direct des constructeurs automobile. Il intègre la totalité de la chaîne de production des bras de suspension : recherche-développement, forgeage et formage des pièces en aluminium, usinage et assemblage. Selon son PDG Matthias Benz, « investir davantage dans nos propres capacités de conception et de fabrication de joints à rotule et élargir notre portefeuille de produits sont des étapes stratégiques importantes pour nous dans le renforcement de la compétitivité et de l'attractivité de notre activité mondiale de châssis ».

VT2i, qui exporte les deux-tiers de sa production, sera pour sa part en mesure de proposer un catalogue plus étoffé à ses clients. Quant à savoir si les mutations en cours vers la mobilité électrique affectent le cœur de métier des deux entreprises, Xavier Grandjean, reconnait que c’est le cas, mais indirectement « surtout parce que les véhicules électriques sont plus lourds. Cela entraîne des niveaux de charge supérieurs sur nos produits et suscite une demande d’allègement des composants de la part de nos clients ». De quoi laisser encore du pain sur la planche aux équipes de R&D de Ramonchamp pour les années à venir.

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