A Prémanon, dans le périmètre de la station des Rousses, le seul musée polaire de France conduit les visiteurs sur les pas du célèbre explorateur Paul-Emile Victor, aux racines jurassiennes. Il met en scène une immersion au cœur des régions Arctique et Antarctique qui invite autant à la rêverie qu’à la prise de conscience écologique. À découvrir pendant les vacances d’hiver.


Ici, tout est blanc, du sol au plafond. Pousser la porte de l’Espace des mondes polaires, à Prémanon, l’un des quatre villages formant la station des Rousses, dans les montagnes du Jura, c’est entrer dans un univers de glace et de neige. Le bâtiment aux lignes épurées évoquant un iceberg abrite le seul musée polaire de France. Inauguré en 2017, le lieu fait vivre l’héritage du célèbre explorateur, scientifique et écrivain originaire du département, Paul-Émile Victor (1907-1995).

Fils du patron d’une manufacture de pipes, le fondateur des expéditions polaires françaises a en effet grandi à Saint-Claude et Lons-le-Saunier. Sa famille a confié à l’institution jurassienne une importante collection d’objets ethnographiques ainsi que des dessins et croquis. Le traîneau à chiens avec lequel il a traversé la calotte de glace du Groenland en 1936 est par exemple exposé à Prémanon.

 

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Le propos du musée ne se limite toutefois pas à un récit biographique. Déployé sur 500 m2, le parcours permanent propose une véritable immersion dans les régions Arctique (pôle nord) et Antarctique (pôle sud) dont on apprend à connaître la géographie, le climat, la faune, la flore ainsi que les peuples autochtones, comme les Samis de Laponie et les Inuits du Groenland.

L’histoire de l’exploration des pôles est également retracée, des premières expéditions de Jean-Baptiste Charcot, disparu en 1936 dans le naufrage du Pourquoi Pas ? au large de l’Islande, aux missions actuelles menées par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor dans les bases scientifiques des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

 

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La visite du musée conduit à la rencontre de chercheurs, d’explorateurs mais aussi d’animaux polaires, pour certains naturalisés. © Stéphane et Elisabeth Godin


« Le musée porte deux messages forts : celui du rêve, de l’aventure, de la persévérance, et celui de la nécessaire protection de l’environnement au regard du changement climatique qui est encore plus marqué dans les régions polaires », résume sa responsable scientifique et culturelle, Laetitia Thérond.

Arrivée dans le Jura fin 2023, elle occupait auparavant le poste de responsable du patrimoine historique des TAAF. Dans ce cadre, elle a conduit cinq missions aux îles Kerguelen. Les paysages de cet archipel français, situé au fin fond du sud de l’Océan Indien, forment justement le cœur d’une exposition photographique présentée jusqu’au 31 mars. Intitulée « Conter le vivant », elle est l’œuvre de William Boffy, un informaticien qui a accompagné une expédition de naturalistes chargés d’inventorier la biodiversité des Kerguelen, bouleversée par le réchauffement et le recul des glaciers.

 

Vase communicant avec les pistes de ski

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L’Espace des mondes polaires présente jusqu’au 31 mars une exposition photographique de William Boffy consacrée aux îles Kerguelen, l'archipel français au sud de l'Océan Indien. © William Boffy


En 2024, le musée des mondes polaires a enregistré sa troisième meilleure fréquentation depuis son ouverture, avec un total de 26.441 visiteurs. S’il est situé à l’écart du centre névralgique de la station des Rousses, l’établissement culturel bénéficie de sa proximité avec les deux autres « pôles d’attraction » de l’Espace des mondes polaires : la seule patinoire intérieure du Jura (transformée depuis 2023 en piste de roller l’été) et un restaurant de 100 places Le Bistrot Polaire, toutefois actuellement fermé en l’attente d’un repreneur.

De manière générale, l’affluence dans le bâtiment de Prémanon est inversement proportionnelle à celle constatée sur les pistes de ski. « Il y a un phénomène de vase communicant, décrit l’administratrice du site, Elodie Scarpellini. Lorsque les vacanciers ne peuvent pas skier faute de neige, ce qui a souvent été le cas ces deux dernières années, nous accueillons beaucoup de monde. »

 

Une offre « quatre saisons »

La construction de l’Espace des mondes polaires a été lancée en 2013 à l’initiative du maire de Prémanon à l'époque, Bernard Regard. « Dans une optique de diversification, il s’agissait de proposer une offre touristique dite ‘’quatre saisons’’ » rappelle Elodie Scarpellini. L’investissement de 13 millions d’euros a été porté par la Communauté de communes de la Station des Rousses (7.000 habitants) qui gère en direct l’équipement en y affectant 7,8 équivalents temps plein, épaulés par des employés saisonniers.

L’Espace des mondes polaires génère un chiffre d’affaires annuel d’environ 500.000 euros, à partir surtout des entrées de la patinoire et du musée et des ventes de la boutique-librairie. Ces recettes couvrent un peu plus de la moitié de son budget de fonctionnement qui se monte à 900.000 euros.

 

Pendant les vacances scolaires, l’Espace des mondes polaires est ouvert tous les jours de 9h à 19 h (fermeture de la patinoire entre 12h30 et 14h)

Actualisation le 4 mars :

A la suite de la parution de notre article, Daphné Victor, fille de Paul-Émile Victor et Présidente du Fonds de dotation Paul-Émile Victor, a souhaité nous apporter les précisions suivantes :

« L’initiative de créer l’Espace des mondes polaires, dès 2003, revient à Jean-Christophe Victor, fils aîné de Paul-Émile Victor, et à Stéphane Niveau, alors directeur de l’ancien musée polaire à Prémanon, soutenus très tôt par son maire de l’époque, Bernard Regard. » Par ailleurs,  « l’investissement a été réalisé grâce à la région Bourgogne-Franche-Comté, au département du Jura, à la communauté de communes de la Station des Rousses et à la commune de Prémanon. »

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