Farm3 vient d’obtenir un prix national d’innovation pour son Cube, un dispositif futuriste de culture verticale inspiré de travaux de la Nasa et utilisé pour entraîner de jeunes plants d’arbres au stress hydrique.

 
La jeune entreprise Farm3 (prononcez Farm Cube), installée près de Pontarlier (Doubs), obtient une belle reconnaissance en devenant lauréat du concours national 2021 i-Nov de l’Ademe (Agence de la transition écologique) dans la catégorie « Enjeux de la transition écologique dans l’industrie et l’agriculture ». À la clef, un financement de 350.000 € pour développer FarmTree, un dispositif de culture de haute technologie destiné à faire pousser de jeunes arbres plus résiliants aux conditions climatiques durablement déréglées.

« Au sein de FarmTree, nous déployons une technologie de contrôle climatique très précise qui va nous permettre « d’entraîner » les jeunes plants aux conditions qu’ils rencontreront en forêt, notamment au stress hydrique », décrit Romain Schmitt, le CEO de Farm3. Cette première « ferme verticale » dédiée à la sylviculture entend relever le défi immense qui attend les forestiers, à savoir la plantation de très grandes quantités d’arbres, dont les essences sont adaptées aux conditions environnementales actuelles et futures.

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Dans ce projet, Farm3 réemploie la technologique principale qu’elle développe, à savoir l’aéroponie, une méthode de culture très prometteuse sur laquelle la Nasa a travaillé dans les années 1990.
L’idée est de définir un moyen de culture aussi économe en eau que possible, la ressource ne pouvant être embarquée en grandes quantités. Pour ce faire, on maintient les racines des plantes à l’air libre et on projette un fin brouillard d’eau et de nutriments directement sur celles-ci.

« La Nasa a partagé publiquement une partie de ses découvertes, notamment la taille idéale des gouttelettes d’eau que l’on projette vers les racines des plantes, à savoir 50 microns. Nous nous sommes appuyés sur ça pour développer notre technologie », détaille le patron trentenaire. Farm3 a développé une buse à ultrasons, qui génère un brouillard de gouttelettes de 50 microns.

 


Reproduire les conditions climatiques n’importe où

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Une installation de 15 m2 permet de cultiver pas moins de 5.000 plants. © Farm3


Les plantes sont placées sur des parois verticales qui sont assemblées pour former un cube, le brouillard descendant par gravité. «  Nous parvenons à économiser 99,8 % d’eau par rapport à une culture traditionnelle », assure Romain. Au sein du Cube - c’est le nom de la chambre de culture -, l’atmosphère est contrôlée et il est possible de reproduire, n’importe où, les conditions climatiques idéales pour les plantes cultivées, que ce soit celles d’une forêt tropicale ou d’un paisible bocage normand.

Les « Cubes » peuvent être placés n’importe où, dans une cave, dans des entrepôts… Une installation de 15 m2 permet de cultiver pas moins de 5.000 plants ! Pour l’heure, le Cube n’est adapté qu’à la production d’herbes aromatiques, ou de fleurs. FarmTree est sa première déclinaison, spécialisée en sylviculture.

La jeune entreprise ne s’arrête pas là : elle travaille aussi sur les nutriments et développe des recettes adaptées à chaque grande famille de plantes : changer la couleur, orienter le goût, augmenter le taux d’une molécule. L’idée est de garantir des niveaux de production végétale optimaux, à l’abri des aléas climatiques, et sans usage de pesticide. « Nous cherchons à donner un business clef en main à l’acheteur de notre chambre de culture, qui saura exactement à quels niveaux de production s’attendre, s’il utilise nos recettes », détaille le CEO.

 

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Fondée en mars 2019, Farm3 a déjà levé 750.000 €, un tiers provenant de l’entourage de Romain, un tiers de l’entrée au capital du groupe Suisse Dixi, industriel des microtechniques également présent à Besançon, et un tiers auprès de Bpifrance. Romain Schmitt détient 60 % des parts de la SAS qui emploie 9 personnes, toutes de culture scientifique.

« Nos collaborateurs sont motivés par la dimension écologique de la démarche, mais aussi par l’idée d’une alimentation plus saine », estime le jeune chef d’entreprise. Pour l’heure, Farm3 réalise un chiffre d’affaires limité qui s’établira à environ 90.000 € en 2021. Un seul Cube de culture a été vendu, à un restaurateur, La Table du Tillau à Verrières-de-Joux, dans le haut-Doubs.  Avec l’appui de son partenaire industriel Dixi, Farm3 cherche désormais à produire ses installations en petite série, pour équiper des fermes d’une dizaine d’unités. Des contacts prometteurs sont établis du côté des pays du Golfe, assure t-il.

La commercialisation ne démarrera officiellement qu’à partir de l’année prochaine. Pour l'apuyer, « nous sommes en train de construire 3 Cubes que nous allons installer à Pontarlier, dans un showroom de démonstration pour démontrer toutes leurs potentialités à nos potentiels clients », conclut Romain Schmitt.


Romain Schmitt, de Paris Saclay à Pontarlier

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Romain Schmitt à Food Use Tech de Dijon le 16 septembre dernier en compagnie de sa démonstratrice. © Arnaud Morel

Parisien de naissance, mais avec des attaches familiales en Franche-Comté, Romain Schmitt, 29 ans, est titulaire d’un Master en biologie synthétique, obtenu à l’Université Paris-Saclay. C’est pour « retrouver le goût des tomates de son grand-père » qu’il s’intéresse finalement à l’agronomie. « Je cherche à utiliser les technologies pour répondre aux enjeux alimentaires et environnementaux », détaille-t-il.
Après un passage par l’Incubateur Télécom Paris Entrepreneur, Romain a décidé d’installer sa start-up, Farm3 à Verrières-de-Joux, près de Pontarlier. Pour la proximité de l’endroit avec la Suisse et son partenaire industriel Dixi, mais pas seulement : « En Bourgogne-Franche-Comté, j’ai vraiment eu un accueil génial, avec un accès très aisé à de l’aide et au réseau. C’est vraiment un endroit super pour développer une start-up. La plupart de mes collaborateurs m’ont d’ailleurs rejoint, sauf deux, restés à Paris. »

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