Elaboré à partir d’une macération de genièvre cueilli dans le massif jurassien, le gin Ursa Minor est le premier alcool original de la jeune distillerie fondée par Julien Mariotte dans le Doubs. Suivront vodka, absinthe et aquavit. Pour tenir le coup pendant le confinement, Distillerie Hema a poursuivi ses ventes sur la plateforme de financement participatif Tudigo.
Ursa Minor. Imprimé en lettres d’or, le nom claque sur l’étiquette bleu nuit de la bouteille de gin affichant un ours et une constellation. Celle de la petite ourse, bien entendu. La voûte céleste qui guidait autrefois les explorateurs inspire l’univers graphique de Distillerie Heima (« maison » en islandais). D’ici quelques jours devrait être commercialisé son second produit : Lyra, une vodka qui affichera la constellation de la lyre.
Julien Mariotte avait créé sa distillerie en 2019 à Abbans-Dessous (Doubs) pour élaborer et distiller des spiritueux haut de gamme issus de ses cueillettes sauvages, à la main. Passionné par les plantes, cet ancien technicien du spectacle avait déjà vendu 500 bouteilles de gin entre le lancement commercial, en août 2019, et le début du confinement. Un an plus tôt, une campagne de financement participatif, sur la plateforme Tudigo, lui avait permis de récolter un peu plus de 7.000 € pour tester et lancer son fameux gin.
Dans la maison ancienne qu’il occupe en famille, la cuisine sert de laboratoire pour la macération des plantes. Pour ses essais, Julien Mariotte dispose d’un alambic d’un litre. « Cela me permet de faire mes créations et mes assemblages, comme un parfumeur », explique-t-il. Et quand la recette est au point, il apporte le fruit de sa macération chez un distillateur professionnel de Montgesoye, près d’Ornans, qui dispose d’un alambic de plus grande capacité.
Le gin est un choix qui s’est vite imposé : dans sa composition, la seule plante exigée est le genièvre qui foisonne dans le massif jurassien. Julien Mariotte le cueille du côté de la vallée de la Loue. « C’est une plante qui aime le calcaire, les terrains pauvres, le sommets des falaises. Il pousse là où l’agriculture ne va pas », explique-t-il.
Objectif : 5.000 à 6.000 bouteilles par an
Un choix conforté par le retour en force de l’alcool préféré des Anglais, notamment dans la préparation des cocktails. Le sien, positionné comme un produit haut de gamme et certifié bio, est plutôt destiné à être dégusté pur, pour profiter de toutes les saveurs qu’il décline. Au genièvre, le distillateur franc-comtois a ajouté un mélange de plantes sauvages qu’il préfère garder secret – quand d’autres gins développent plutôt des arômes d’épices ou d’agrumes. Néanmoins, rien n’interdit de l’associer à d’autres parfums.
Contacté par une agence cherchant à organiser un festival consacré à cet alcool « so british », le nouveau distillateur a découvert que son gin serait l’un des 150 fabriqués en France. Le sien avait été sélectionné par « L’Obs », en décembre 2019, pour illustrer une page consacrée au genièvre, « la petite baie qui monte », comme le titrait l’hebdomadaire.
Après le gin et la vodka (en photo ci-contre, la maquette de la future bouteille), Julien Mariotte peaufine une recette d’absinthe et attend l’été pour aller cueillir la matière première de sa future aquavit : le cumin des prés, qu’il pense trouver du côté de Morteau. Le point commun entre tous ces spiritueux ? « J’ai une seule base, l’alcool de céréales, ensuite je fais une macération à partir de cet alcool. »
A terme, le fondateur de Distillerie Heima espère produire et vendre 5.000 à 6.000 bouteilles par an. Il visait 1.000 pour la première année et, avant la crise sanitaire, semblait bien parti pour atteindre son objectif. Son gin est déjà vendu dans une quinzaine de points de vente en Franche-Comté (cavistes, magasins bio) mais aussi à Paris et Lyon par l’intermédiaire de grossistes.
Pendant le confinement, il a été invité à rejoindre le marché virtuel de Tudigo « qui a permis de faire quelques ventes. » Julien Mariotte prépare maintenant la sortie de la vodka. Il ira faire la goûter aux cavistes et leur raconter l’histoire de ce nouveau breuvage maison à la subtile teinte rosée donnée par la prunelle.
Professionnel du spectacle pendant 17 ans, Julien Mariotte avait envie de changer de vie. Il avait commencé comme technicien du son, puis de l’image, puis régisseur. Il était directeur technique des Forges de Fraisans quand, en octobre 2017, il a décidé de prendre la tangente. « Je m’occupais de la programmation des Forges le vendredi, et le lundi j’étais en formation », se souvient-il. Passionné par les plantes, il s’était inscrit à un brevet professionnel agricole, au lycée de Montmorot (Jura), option « Plantes à parfum aromatiques et médicinales en agrobiologie ». Dès la première semaine, le projet de se lancer dans l’élaboration de spiritueux avait émergé. Diplôme en poche, en juin 2018, il a peaufiné son projet avec le soutien de la Chambre de métiers et de l’artisanat avant de créer sa société, sous forme de SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle), en mars 2019.
Photo ©Amandine Maillarbaux























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