Sur le circuit de Magny-Cours, les motos du Bol d’Or ont longtemps fait vrombir leurs moteurs essence. Dans un futur qui n’est peut-être pas si lointain, l’ancien circuit de Formule 1 pourrait accueillir des compétitions de deux roues dont le carburant serait de l’hydrogène. Le bureau d’études H2 Motronics à Nevers travaille sur le prototype d’un démonstrateur qui sera présenté en public en 2022.


Baptisé H2K, le projet est bien avancé. « Nous sommes à 95% de la phase de pré-études », précise Emmanuel Esnault, directeur général de Texys (*), le groupe d’ingénierie spécialisé dans les capteurs pour l’automobile de compétition, maison mère de H2 Motronics. Cette dernière, créée en septembre 2019, fonctionne en mode start-up. Sitôt installée à l’Inkub, l’incubateur d’entreprises innovantes de Nevers, la petite équipe s’attelle à l’étude de faisabilité d’un groupe propulseur compact à hydrogène dont les conclusions ont été rendues en trois mois avec comme challenge supplémentaire, le rendement élevé inhérent à la compétition.

Le résultat est aujourd’hui un engin capable d’atteindre la vitesse de 250 km/h, avec une autonomie de 40 kilomètres, ce qui revient à parcourir une dizaine de tours d’un circuit comme celui de Valence, en Espagne. Celle-ci peut sembler faible, mais explique Emmanuel Esnault,  la comparaison avec les motos diesel ne tient pas car « elles bénéficient de plusieurs dizaines d’années de développement. »
La moto à hydrogène se rapproche davantage de la propulsion électrique dont il existe une coupe du monde, MotoE, depuis l’an dernier. L’une de clés de la performance d’une moto à hydrogène de compétiton est son poids. H2 Motronics vise 250 kg maximum. Pour ce faire, tous les composants doivent être miniaturisés : la pile à combustible, la batterie, le réservoir et le compresseur de refroidissement.

 

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H2 Motronics est en train de présélectionner les fournisseurs de composants de la chaîne de traction et fait vérifier tous ses calculs par un bureau de contrôle indépendant avant d’enclencher la phase de conception à laquelle la start-up se consacrera en 2021.
Une fois le produit finalisé, plusieurs solutions s’offrent à l'entreprise : déclencher une série pour constituer une grille entière de motos à hydrogène dans une compétition, et/ou vendre le concept à un constructeur ou d’autres acteurs de la mobilité. « Les navettes fluviales ou les petites voitures urbaines peuvent être un marché », estime Emmanuel Esnault.

Pour accompagner cet investissement de l’ordre de 1,5 à 2 millions d’€, H2 Motronics s’est rapproché de Bpifrance qui a avancé de la trésorerie et apporté des subventions au titre des « projets innovants ». Le pôle Véhicule du Futur est aussi un partenaire, pour la mise en relation avec son réseau dans le domaine de la recherche universitaire et d’autres acteurs de la mobilité. L’école d’ingénieurs automobile de l'Université de Bourgogne à Nevers, l’Isat, a été aussi d’un précieux appui avec la collaboration d’un stagiaire master 2 désormais embauché. 


(*) Les sports mécaniques sont l’ADN de Texys Group dont le siège est à Varennes-Vauzelles, dans la Nièvre. Cette société d’ingénierie en électronique, robotique et mécatronique, a été créé en 1999 sur le circuit de Magny-Cours, par Etienne Deméocq, ancien responsable de l’électronique de l’équipe de Formule 1 Ligier, puis de Prost Grand Prix. La société a commencé par faire des capteurs de Formule 1 pour les petites écuries qui n’avaient pas de compétences d’ingénierie suffisantes en interne.
Aujourd’hui, Texys que préside Philippe Leuwers réunit 45 collaborateurs et 4 PME, dont deux par croissance externe début 2020 : Light Guide Solutions (LGS), systèmes de mesure par capteurs à fibre optique et Optel-Thevon, mesures de précisions des vitesses d’éléments tournants par technologie de fibre optique.
Texys a aussi deux implantations à l’étranger, à Karlsruhe, en Allemagne et à Indianapolis, aux Etats-Unis, ainsi qu’un bureau à Paris. H2 Motronics est une filiale née en septembre 2019 sur l’idée conjointe de Philippe Leuwers, le président de Texys, et de Michel Augizeau, le fondateur de l’écurie de moto Tecmas, de développer une propulsion hydrogène. Texys est membre du Pôle Véhicule du Futur et du Club H2 Bourgogne Franche Comté.

 

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Avec le Pôle du Véhicule du Futur, la Nièvre planche sur les nouvelles motorisations


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L'équipe du Pôle Véhicule du Futur et son président Marc Becker (deuxième sur la droite de la photo) et sa directrice Brigitte Ducruez-Bernard, lors d'une visite fin juillet chez le constructeur de Formule 4, Mygale, l'un des membres fondateurs du Pôle de la Performance de Nevers-Magny-Cours qui a passé la main au Pôle Véhicule du Futur fin 2018. © Traces Ecrites


Dédié pendant vingt ans à la compétition automobile, dont la Formule 1 lui apporta une réputation, le circuit de Magny-Cours a engendré une technopole où sont implantées une trentaine d’entreprises. La transformation, fin 2018, du Pôle de Performance de Magny-Cours en antenne du Pôle Véhicule du Futur, le pôle de compétitivité aux racines alsaciennes et franc-comtoises dédié aux mobilités, propulse les projets de R&D vers sur les nouvelles motorisations. Sur la feuille de route, l'électrification des véhicules et le développement des moteurs thermiques propres.

Le Pôle Véhicule du Futur accompagne les porteurs de projets dans la recherche de partenaires, des laboratoires de recherche publique ou d’autres industriels, et dans la recherche de financements. 

Il compte aujourd’hui 24 entreprises de La Nièvre, la plupart des constructeurs de voitures de compétition et des sociétés d'ingénierie pour les sports mécaniques installées autour du circuit automobile de Magny-Cours, sur un potentiel de 50, évalue Marc Becker, son président. En deux ans, plusieurs projets collaboratifs ont été mis sur les rails.

 

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• En partenariat avec Renault Trucks, la société d’ingénierie Danielson développe un projet de motorisation « innovante » pour les poids-lourds qui serait transposable à d’autres secteurs de la mobilité, notamment le maritime. Baptisé Clean Regen See, ce moteur de rupture réduirait la consommation de carburant des véhicules. Il mobilise 10 millions d’€ issus du Programme d'Investissements d'Avenirs (PIA) que gère Bpifrance.
La société d’ingénierie planche également avec le CERTAM (Centre Régional d’Innovation et de Transfert Technologique), spécialisé dans les essais moteur et la caractérisation des émissions polluantes et l’école d’ingénieurs de l’Université de Bourgogne à Nevers, l’Isat (Institut Supérieur de l’Automobile et des Transports).

 

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Le circuit de Nevers-Magny-Cours est en train d'installer près 3 hectares de panneaux-photovoltaïques sur les parkings. Le volume d'électricité produit sera trois fois supérieur aux besoins locaux (1650 foyers hors chauffage). Elle pourrait, selon les souhaits du Département de la Nièvre, propriétaire, être stockée dans une station à hydrogène dont la mise en service est planifiée en 2021. © Traces Ecrites


• Porté par Nevers Aglomération, un projet de production d’hydrogène à partir de la valorisation de l’énergie produite par l’incinération des ordures ménagères doit aboutir à l’implantation de stations service. Dans le Contrat de Transition Ecologique (CTE) de la Nièvre ligérienne signé en février 2020 par Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, la collectivité veut créer une filière hydrogène locale (Nevers H2 Énergie).

• Le Pôle Véhicule du Futur accompagne par ailleurs l’Inserr (Institut national sécurité routière et recherches) à Nevers, centre de formation dédié à la sécurité routière, dans le montage d’un projet de recherche sur le « comportement humain autour du véhicule à délégation de conduite », autrement dit  sans conducteur.

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