Fabricant de principes actifs de médicaments contre les maladies articulaires, le groupe pharmaceutique japonais Daiichi-Sankyo engage son usine d’Altkirch (Haut-Rhin) dans un investissement de 17 millions d’€ jusqu’en 2023. Il doit doubler la production pour un usage vétérinaire.


Localisée à la grande périphérie du pôle pharmaceutique majeur de Bâle-Saint-Louis, bien moins connu que les grands noms de l’électronique nippon qui ont fait plus ou moins durablement florès en Alsace ces dernières décennies, l’usine d’Altkirch (Haut-Rhin) du groupe pharmaceutique japonais Daiichi-Sankyo ne s’en porte pas moins comme un charme.

Elle vit même une exceptionnelle cure de jouvence : jusqu’en 2023, elle est engagée dans un investissement de 17 millions d’€, le plus important depuis sa création au milieu des années 1970 en bordure de la commune capitale du Sundgau. Le site avait été créé à l’initiative d’un industriel pharmaceutique allemand repris ensuite par Sankyo avant la fusion de celui-ci (en 2005) avec Daiichi, qui a donné naissance à un groupe d’aujourd’hui 5.000 salariés.

 

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Le projet au bénéfice d’Altkirch résulte d’une décision prise par la maison-mère en septembre 2019. A peine perturbé dans sa concrétisation par la Covid-19, il conforte le site dans sa spécialité : la fabrication à partir de matière animale (des cartilages de la trachée des boeufs) de principes actifs de médicaments contre les maladies articulaires (l’arthrose, les phlébites, les contusions…) pour le compte exclusif de son groupe, et plus particulièrement de la filiale américaine de celui-ci. Réalisé en deux phases qui s’enchaîneront en fait sans interruption, il aboutira à doubler, à 2 tonnes par an, la production pour un usage vétérinaire.

Parmi les activités du site, c’est celle qui procure la plus forte valeur ajoutée. « Le produit fini tel que transformé aux Etats-Unis se présente sous forme injectable », expose Frédéric Boisivon, directeur du site. « De ce fait, il est beaucoup plus purifié que les solutions pour l’humain, vendues en gels et pommades. Il requiert neuf mois de temps de fabrication de plus » que cette seconde gamme, également fabriquée à Altkirch où elle se maintiendra pour l’heure à son volume actuel, d’environ 4 tonnes par an.  


De la hauteur pour profiter davantage de la gravité dans le process

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Les travaux d'agrandissement se réalisent en hauteur sur trois niveaux.


Côté surfaces bâties, l’augmentation de la capacité et la chasse aux espaces inutiles fera gagner 25 % environ pour parvenir à 1.400 m2. Elle induit la construction, en cours, d’un nouveau bâtiment, plus élevé que l’actuel. « Sa hauteur de trois niveaux permet de profiter davantage de la gravité dans le process », explique Frédéric Boisivon. Le développement engagé « procure l’occasion d’un projet global de modernisation des équipements pour l’amélioration simultanée de la qualité, de la sécurité, de l’ergonomie et de l’environnement de travail », poursuit le directeur.

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De quoi fidéliser le personnel et attirer de nouveaux talents : l’investissement s’accompagne de créations d’emplois.
En deux ans, Daiichi-Sankyo Altkirch est passé de 42 à 53 salariés et les effectifs sont destinés à encore progresser de quelques unités. « L’efficacité d’une telle usine repose à 90 % sur ses équipes. Nous procédons d’une manière similaire à l’investissement pour les équipements, c’est-à-dire sans discontinuité entre l’avant et l’après : les personnes sont mises un temps en doublon pour la transmission du savoir. On essaie de rendre chacun en quelque sorte un peu « propriétaire » de son bout d’usine, par l’autonomie et la responsabilisation », décrit Frédéric Boisivon.

En outre, l’horizon industriel de Daiichi-Sankyo Altkirch n’est pas univoque. Doté d’un service de développement, le site est formaté pour produire potentiellement d’autres gammes, toujours dans le monde des principes d’actifs d’origine animale.

Qui est Frédéric Boisivon ?

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© Mathieu Noyer

Ingénieur diplômé de l’ESPCI (Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles), Frédéric Boisivon a débuté sa carrière dans le monde de la recherche avant de rejoindre l’industrie pharmaceutique. Il a intégré l’usine d’Altkirch en 2002 comme directeur de production, dans le contexte d’une incertitude alors sur la pérennité du site, qui s’est ensuite estompée. Il en a pris la direction générale en 2009.
Membre actif du réseau Entreprendre Alsace d’accompagnement de créateurs de sociétés, il s’investit largement aussi dans les instances professionnelles… où il faut croire qu’on lui prête un talent particulier de gardien des deniers, puisqu’il cumule la fonction de trésorier à France Chimie (l’ex-Union des industries chimiques) Grand Est et au Medef Alsace.

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