L’événement, en provenance de Dijon, émeut la communauté mondiale de la monnaie virtuelle. Les fonds placés en crypto-actifs (couramment appelés crypto-monnaie dont la plus connue est le Bitcoin) par 4.500 clients de l’association RR Crypto, évalués entre 40 et 58 millions d’€, se sont volatilisés. Que sait-il passé ? Mauvais choix du gestionnaire alors que la crypto-monnaie s’effondre depuis quelques mois, manoeuvre frauduleuse ? La section cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une enquête. Le fondateur de l’association, non enregistrée auprès de l’Autorité des marchés (AMF) pour la gestion et l’échange d’actifs numériques, explique dans un courriel le 20 juin à ses épargnants que les fonds placés sur Binance ont disparu, « sans accès à l’historique », suite à une « réinitialisation » fin mars. Dans un communiqué à l’AFP, la plateforme hong-kongaise, l’une des principales d'échange de devises numériques, soutient ne pas détenir de compte du gestionnaire RR Crypto. Il ne s’agit pas ici d’extrapoler ce qui a pu se passer. Mais de comprendre comment fonctionnent les crypto-actifs, quel est le cadre légal de leur gestion et pourquoi les rendements peuvent atteindre une hausse vertigineuse et soudain chuter de la même proportion. Petit cours de Bruno Duchesne, professeur associé à l’école de commerce BSB Lyon.


Poule aux oeufs d’or pour les uns, miroir aux alouettes pour les autres, les crypto-monnaies sont de création trop récente pour permettre un jugement définitif quant à  leur intérêt et leur pertinence. En revanche, elles méritent une analyse détaillée pour comprendre leur origine, leur nature, leur statut et leur avenir. Pour ce faire il faut répondre à 3 questions :


• Qu’est-ce qu’un crypto-actif, vocabulaire à préférer à crypto-monnaie  ?
• Quelle est son utilité, au-delà de sa logique spéculative ?
• Comment appréhender sa valeur ?

 

ui-investissement-062021

 

• Crypto-actif ou crypto-monnaie ?

Le terme à privilégier pour définir cet instrument financier est plutôt crypto-actif que crypto-monnaie. il s’agit en effet d’un actif numérique virtuel, sécurisé par un protocole informatique : la blockchain (*) et émis en quantité limitée.
Il n’a donc aucune des caractéristiques de la monnaie au sens classique car il n’est pas émis par une banque centrale et ne peut être l’objet d’une politique monétaire. Certes, il peut servir d’instrument d’échange mais, sur un plan théorique, cet échange est plus un troc qu’un paiement classique.

Les crypto-actifs les plus connus sont bien sûr le Bitcoin et en second lieu, l’Éther. Ils représentent à eux deux les 2/3 de la valeur de marché de ces instruments et offrent trois caractéristiques communes :
- ils sont de création récente : janvier 2009 pour le Bitcoin, juillet 2015 pour l’Éther.
- ils sont diffusés en quantité limitée : 21 millions pour le Bitcoin , 60 millions pour l’Éther lors de leur création. 
- ils sont sécurisés par la technologie de la blockchain, offrant de hauts standards de transparence et de sécurité.

 

• Quelle est leur utilité ?

bduchesne
Bruno Duchesne.

Deux objectifs sous-tendent les choix de création des crypto-actifs. Le premier consiste précisément à dissocier l’instrument d’échange : le crypto-actif des politiques monétaires. Les fondateurs de ces instruments considèrent que la valeur de la monnaie est trop liée aux politiques monétaires des banques centrales, elles-mêmes tenues par des objectifs d’équilibres commerciaux ou financiers des grandes zones économiques.

Le second tient à la diminution du coût des transactions, en particulier les transactions internationales, car un seul instrument d’échange commun à toutes les nations permettrait la suppression d’une partie des frais. Dans les faits, la logique spéculative a pris le pas sur les bonnes intentions des créateurs. Ainsi, valorisé à un dollar le 9 février 2011, le Bitcoin a atteint son plus haut à près de 65.000 $ à la mi-avril 2021 pour repasser à moins de 30.000 $ le 22 juin 2021.

 

• Comment appréhender la valeur d’un crypto-actif ?

La réponse est extrêmement simple : aucune méthode ne permet d’évaluer la valeur de cet instrument financier. Parce que ce n’est pas une monnaie, les approches monétaristes classiques liées à la masse monétaire ne s’appliquent pas. Parce que ce n’est pas un actif tangible, les approches liées aux bénéfices futurs demeurent inopérantes.
Parce qu'il n’existe pas d’actif sous-jacent, les approches patrimoniales n’ont pas de sens. La seule valeur est alors la valeur d’échange, c’est-à-dire la valeur de marché, par essence hautement spéculative.

 

banquedesterritoiresF

 

• Quel avenir pour les crypto-actifs ?

Leur nature spéculative, conséquence de l’incapacité à les évaluer correctement, s’est révélée plusieurs fois au cours de leur courte existence. Pour le Bitcoin, 2018  a vu une perte de 80 % de sa valeur, passant de 20.000 $ à moins de 4.000 en fin d’année. La chute de mai-juin 2021 est presque aussi significative avec une baisse de valeur de 50 % en quelques semaines.
Le choix d’Elon Musk de renoncer au paiement en Bitcoin pour ses Tesla, de même que les exigences supplémentaires des régulateurs bancaires pour les établissements financiers traitant du Bitcoin sont pour beaucoup dans la dernière baisse.
Les banques centrales, quant à elles, manifestent une grande réticence face au développement des crypto-actifs dont elles redoutent l’inconstance et qui surtout, à terme, les priveraient du privilège d’émission de monnaie.

Les volumes de transactions des crypto-actifs demeurent aujourd’hui assez limités : de l’ordre de 2.000 milliards de $ dans le monde. Mais leur croissance de nature plutôt spéculative qu’économique reste forte. Face à ce phénomène, les régulateurs internationaux réfléchissent aujourd’hui à la création de monnaies virtuelles qui présenteraient deux avantages :
- elles conserveraint une valeur de nature monétaire : lien avec la masse monétaire, valeur économique intrinsèque,
- elles limiteraint le coût des transactions, répondant ainsi à l’un des objectifs des crypto-actifs.

crypto
Dans les faits, la logique spéculative de la crypto-monnaie a pris le pas sur les motivations de ses fondateurs qui étaient de déconnecter sa valeur des objectifs d’équilibres commerciaux ou financiers des grandes zones économiques. © Shutterstock



En résumé, la réalité des crypto-actifs paraît aujourd’hui bien éloignée des objectifs de leurs créateurs. Ils répondent cependant à une nécessité de simplification et de diminution du coût des échanges que les banques centrales prendront probablement à leur compte. Restera alors le caractère spéculatif d’actifs virtuels et limités qui  attirera des investisseurs appétents au risque et à la recherche de profits immédiats.

(*) Techniquement, il s'agit d'une base de données distribuée dont les informations envoyées par les utilisateurs et les liens internes à la base sont vérifiés et groupés à intervalles de temps réguliers en blocs, formant ainsi une chaîne3. L'ensemble est sécurisé par cryptographie. (source Wikipédia)

Commentez !

Combien font "10 plus 3" ?