Le fabricant alsacien de masques qui s’est lancé dès avril 2020 dans la production de masques pour le grand public, se réoriente aujourd’hui dans le secteur de la santé. Mais il déplore que les appels d’offres pour les hôpitaux et les Ehpad retiennent les masques chinois en privilégiant uniquement le critère du prix. Barral Technologies a perdu la moitié de son chiffre d’affaires cette année.
« Depuis six mois nous subissons un dumping chinois sur les masques. Alors qu’un masque chirurgical est vendu 7 centimes, venu de Chine, il arrive sur le marché à 3 centimes. C’est encore moins cher que l’an dernier, alors que le coût des matières premières a augmenté et que le prix du container a été multiplié par sept. A ces prix-là, on ne peut pas rivaliser », expose Benoît Basier, président de Barral Technologies.
Le fabricant de masques à Rouffach, dans le Haut-Rhin, était né en avril 2020 dans l’urgence de la pénurie de masques, à l’initiative d’une poignée d’entrepreneurs alsaciens avec le soutien du Pôle Textile Alsace. Au lancement de la société qui avait fait le choix des masques réutilisables (lavables 30 fois), Barral a pu compter sur le soutien des deux départements alsaciens qui lui ont passé des commandes. Or depuis mars 2021, les ventes viennent à 90% du secteur privé.
En 2020, Barral avait réalisé un chiffre d’affaires de 8 millions d’€, celui-ci a été réduit de moitié cette année. « Si on ne gagne pas de nouveaux marchés, l’entreprise ne gagnera pas d’argent, donc sera contrainte de stopper son activité », prévient le dirigeant. Il aurait certainement du fermer au bout d’un an, comme certains fabricants éphémères l’ont fait quand tous les voyants étaient encore au vert, mais ce n’est pas sa conception de l’entreprise, explique t-il. « Nous ne sommes pas dans une logique opportuniste. »
Aujourd’hui, Benoît Basier lance un appel aux collectivités territoriales pour qu’elles achètent des masques « made in Alsace » pour les Ehpad et les hôpitaux, et que « les entreprises et les banques qui se disent écoresponsables traduisent ce discours par des actes. » Or, trop souvent c’est le prix qui est le critère privilégié dans les appels d’offre. Le Syndicat des Fabricants français de masques le confirme : aujourd’hui plus de 95% des masques achetés en France proviennent d’Asie.
Les critères sociaux et environnementaux devraient aussi être pris en compte, estime le dirigeant. Comme il le rappelle, un masque fabriqué en France produit 11 fois moins de gaz à effet de serre qu’un masque fabriqué en Chine. De surcroît, Barral fait valoir son réseau de fournisseurs et prestataires, tous de la région Grand Est : les élastiques viennent de l’entreprise Meyer-Sansboeuf à Guebwiller, l’impression des non-tissés est réalisée à Gérardmer dans les Vosges, la découpe à Cernay, près de Mulhouse… Et les masques usagés qui ont été collectés sont confiés à la société Alsatex, basée à Mulhouse, spécialisée dans la valorisation des rebuts textiles.
Des investissements pour élargir la gamme

Constatant la chute libre du marché du masque réutilisable face aux prix dérisoires du masque à usage unique et au développement du télétravail, pour assurer sa pérennité, Barral s’est réorientée en juin 2021 sur le marché de la santé, toujours demandeur. L’entreprise a investi 3,6 millions d’€ dans des machines dédiées à la fabrication et au conditionnement de masques chirurgicaux type IIR et de masques FFP2. Pour les mettre au point, elle s’est rapprochée de l’IHU (Institut de chirurgie guidée par l’image) de Strasbourg.
En septembre, Barral a également repris les actifs de France Cardio (créée en 2019) qui fabriquait des masques chirurgicaux à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Le parc de machines, les stocks et le fonds de commerce de cette entreprise lui permet d’élargir sa gamme, notamment avec des lignes supplémentaires dédiées à la fabrication de masques chirurgicaux pour les enfants.
« L’effet de gamme est important. Les entreprises qui pourront perdurer seront celles qui proposeront une gamme complète à leurs clients », assure Philippe Chican, le directeur commercial et marketing. Et en particulier le secteur de la santé qui utilise tous types de masques, répondant aux besoins des différents services : médical, administratif, nettoyage…
En produisant plus de 120 millions de masques par an, Barral pourrait couvrir 5% des besoins du secteur de la santé en France. Une capacité de production qu’a l’entreprise avec désormais 7 lignes de production, largement automatisées. Et elle reste adaptable rapidement, confient ses dirigeants. Au plus fort de son activité, elle a employé jusqu’à 160 personnes, aujourd’hui, ils ne sont plus que 12.
Barral estime s’être donné les armes pour se battre. Reste à convaincre les gros acheteurs privés et publics…
















.png)







.jpg)












%20(002).jpg)



























