L’Etablissement Français du Sang de Bourgogne-Franche-Comté est l’un des trois avec le Grand Est et l’Ile-de-France, impliqués dans l’essai clinique piloté par les hôpitaux d’Ile de France (AP-HP), qui vise à tester l’efficacité de la transfusion de plasma de patients convalescents du Covid-19 dans le traitement de la maladie. Entretien avec Christophe Bésiers, son directeur.


Christophe Bésiers dirige depuis janvier 2020 l’Etablissement Français du Sang (EFS) de Bourgogne-Franche-Comté, dont le siège est à Besançon. Il a succédé à Pascal Morel qui lui-même avait succédé au professeur Pierre Tiberghien qui se trouve être l’investigateur, pour l’EFS, d’un essai clinique piloté par la professeure Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital parisien Saint-Antoine AP-HP.
Baptisé Coviplasm, cet essai clinique a pour objet de tester l’efficacité de la transfusion de plasma de patients convalescents du Covid-19 dans le traitement de la maladie. Trois antennes régionales de l’EFS ont été sollicitées pour y participer, dont celles de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est.

 

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Christophe Bésiers, nouveau directeur de l'EFS Franche-Comté.

• Quel est le rôle des différents partenaires de l’essai clinique ?

 
L’étude baptisée Coviplasm a été lancée sous l’égide de l’AP-HP. Nous, l’EFS Bourgogne-Franche-Comté et l’UMR 1098 [unité mixte de recherche réunissant Inserm, EFS-BFC et Université de Franche-Comté, ndlr) ], nous participons à un bras de l’étude qui consiste à prélever et mettre à disposition du plasma, au même titre que les Etablissements français du sang du Grand Est et d’Ile-de-France. Tout simplement parce que nous sommes les trois régions qui ont été le plus tôt et le plus lourdement touchées, et donc celles qui ont le plus de chances d’avoir des patients susceptibles d’être donneurs.

• Quel est exactement l’objet de l’étude ?


Elle consiste à vérifier si la transfusion de plasma de patients guéris du Covid-19, contenant des anticorps contre le virus, est en capacité de transmettre une immunité et d’aider les patients atteints par la maladie à guérir. Soixante patients sont progressivement inclus dans l’étude dans deux hôpitaux parisiens.

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• Où en est-on aujourd’hui ?


Nous étions chargés de prélever 200 à 250 plasmas pour les trois régions chez des patients guéris, de faire suivre un circuit de qualification aux échantillons et de vérifier la présence d’anticorps afin d’être ensuite transfusés chez des malades et comparés à d’autres traitements dans le cadre de la plateforme Corimuno-1.
Nous avons commencé les prélèvements le 7 avril et dès le 17 avril, nous avions atteint le quota avec 80 prélèvements dans chacune des trois régions. L’inclusion progressive dans les hôpitaux parisiens a démarré le 16 avril et se poursuit, les trois premiers patients transfusés n’ayant pas montré d’effet indésirables.


• A-t-il été difficile de trouver des donneurs volontaires ?

Nous nous étions coordonnés avec les deux autres EFS concernés pour savoir comment atteindre des donneurs et il s’est avéré que la première source était celle des soignants des hôpitaux. Nous nous sommes mis en contact avec les équipes soignantes dont beaucoup avaient été atteintes par la maladie. C’est une population sensibilisée au sujet, le recrutement a été facile. En Bourgogne-Franche-Comté, les soignants du CHU de Besançon ont été les premiers à réagir, en raison de la proximité avec l’EFS, mais ceux du CHU de Dijon ont vite suivi.

 

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• Comment vous êtes-vous organisé, à Besançon, pour y répondre ?

Toutes les décisions ont été prises en concertation avec les deux autres EFS et le siège lors de conférences téléphoniques. L’Etablissement Français du Sang, en Bourgogne-Franche-Comté, c’est 550 personnes, sur 9.000 en France. Le noyau dur est à Besançon, c’est ici que nous réalisons le nombre le plus important de prélèvements en raison de la grande proximité avec le CHU Jean Minjoz, et c’est ici que se situe le plateau de préparation du plasma. Nous étions en effectif réduit depuis un mois mais nous avons réactivé une partie du personnel petit à petit pour revenir à effectif normal.

• A-t-on déjà des tendances sur les résultats de l’essai clinique ?


Les résultats définitifs devraient être connus dès la première semaine de mai. Il appartiendra au Pr Karine Lacombe, l’investigatrice principale, de les communiquer. Nous les attendons avec impatience : le plasma pourrait être le premier traitement ayant fait la preuve de son efficacité. Nous continuons les prélèvements et nous sommes prêts pour l’après.
Si, comme nous l’espérons, les résultats de cette étude sont favorables, nous serons a priori en capacité d’offrir dès le début du mois de mai le nombre d’unités nécessaires au traitement du nombre de malades tel qu’il a été modélisé à cette date-là.
Le plan de production devrait ensuite nous permettre de rester en capacité de répondre à toutes les demandes ultérieures. Quant aux autorisations venant de la DGS [Direction Générale de la Santé, ndlr ] ou de l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ndlr ], elles se discutent en ce moment-même en temps masqué.

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Echantillons de plasma prélevés sur les patients guéris du Covid-19, principalement des soignants des CHU de Besançon et de Dijon. © EFS

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