La jeune entreprise ayant mis au point une méthode ludique d’apprentissage de l’orthographe depuis les smartphones est en bonne voie de conclure le partenariat avec l’Education nationale qui doit lui servir de tremplin et lui donner une nouvelle dimension. Née à Belfort, elle a emménagé depuis quelques semaines au Technoland du Pays de Montbéliard.
Cactus, c’est du ludique, mais en même temps du sérieux. Aussi bien dans le contenu de son offre que dans le modèle économique que la jeune société nord franc-comtoise commence à dessiner. Dans son domaine cible, l’apprentissage de l’orthographe, l’Education nationale forme bien le « client » de référence, celui par lequel doit passer la reconnaissance qui crédibilise auprès des suivants.
Or, Cactus a désormais toutes les chances de conclure avec elle, si l’on en croit les cofondateurs Aboubakri Sao et Taldja Belhiacine. De leur entrevue avec le cabinet du ministre Gabriel Attal la semaine dernière, ils rapportent des avancées de discussions « encore plus positives qu’espérées » en vue d’implanter leur application dans les écoles. « Tout semble être en très bonne voie » pour démarrer, à la rentrée scolaire, son déploiement dans les établissements en zone classée REP (réseau d’éducation prioritaire), un point qui tient particulièrement au duo belfortain d’amis d’enfance, désormais trentenaires.
« Nous proposons d’offrir 55.000 accès à l’Education nationale », énonce Taldja Belhiacine. Le geste commercial est conséquent – « il correspond à une valeur d’1 million d’€ » selon l’entrepreneuse – mais là est sans doute le prix du Sésame incomparable pour la commercialisation de ce « Cactus. »
Le mot a été choisi dans l’esprit du projet : « une plante qui pique mais sans plus de malignité, comme lorsqu’on relativise une erreur. Au lieu d’asséner la sentence : tu as commis une faute (d’orthographe en l’occurrence), on peut dire : tu as fait un cactus », explique Aboubakri Sao.
Dans le tandem, tandis que son associée apporte l’expérience de plusieurs années de management de projets, lui est le « cerveau. » Ecrivain, relecteur-correcteur, il a bâti le corpus conséquent de 42 modules d’apprentissage assortis chacun de 12 questions d’orthographe et vendus chacun 24,90 € à partir d’un téléchargement sur les stores Apple et Google Play (19,90 € en cas d'accès multiples). La voie principale choisie de l’abonnement payant – à partir du second module - comme source de chiffre d’affaires doit permettre de se dispenser de bandeaux de publicité, autre considération importante aux yeux des fondateurs. « Les tarifs sont très inférieurs à ceux d’une heure de cours particulier », compare en outre Aboubakri Sao.
Les formats sont courts, et amusants, pour résoudre sans se prendre la tête ces satanés problèmes d’accords, de participes passés, de pronoms, de conjugaison de verbes, d’accents, etc. Leur créateur belfortain les a organisés en trois thèmes pour l’instant, « liste non exhaustive qui a vocation à grandir en fonction des retours des utilisateurs » : culture générale, football le sport populaire par excellence, et mangas « dont la France est le second consommateur au monde après le Japon », rappelle l’écrivain belfortain.
Ayant choisi son sujet de prédilection parmi ce triptyque, l’utilisateur de Cactus se crée un avatar, adaptable à souhait, qui le fait se mettre dans la peau d’un personnage ou d’une personnalité en rapport. Au hasard, Kylian Mbappé pour la version foot.
L’entreprise, une cible de clientèle de choix
à titre (espéré) exceptionnel et délibéré ! © Traces Ecrites
Le concept, de plus, a été adapté aux publics rencontrant des difficultés spécifiques, comme la dyslexie et la dysgraphie (les troubles de l'écriture). Interactif, utilisable en classe ou chez soi – des contacts sont également établis avec des établissements d’enseignement du français à l’étranger – il est imaginé plaire aux élèves auxquels il s’adresse, jeunes de 9 à 15-16 ans du primaire au début du lycée, et étudiants. Mais pas uniquement : les salariés des entreprises forment une cible tout aussi prioritaire de la jeune pousse, via les services RH ou encore les comités sociaux et économiques (CSE).
Car les constats déclencheurs du projet, guère surprenants, sont similaires en fonction des tranches d’âge. Si les élèves français de CM2 font deux fois plus de fautes d’orthographe sur les 35 dernières années, du côté des employeurs, « 76 % d’entre eux sont confrontés quotidiennement aux lacunes en orthographe et en expression de leurs équipes », rapportent Aboubakri et Taldja, en référence à une étude Ipsos. « Ces défaillances ont des répercussions importantes sur la crédibilité et l’efficacité des salariés, et par conséquent sur la réputation, la productivité et, au final, la performance financière de l’entreprise », estiment les créateurs de Cactus.
Eux-mêmes se rapprochent d’ailleurs des employeurs privés, au sens propre du terme. Ayant démarré dans le cœur de Belfort à l’été 2021 pour peaufiner le contenu et le business model, ils ont rejoint cet automne l’une des cellules de l’Actiparc, au sein du Technoland du Pays de Montbéliard, un gros semestre après la création formelle de la société porteuse, Cactus France, en mars dernier et l’obtention en juillet d’un prix « Talents des cités » pour le Nord Franche-Comté. C’est dans la zone en pleine dynamique, sur une parcelle de la commune de Brognard (Doubs), qu’ils comptent écrire le chapitre 2 de l’histoire de Cactus.





















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