AVIS D’EXPERT. La 10ième étape du Tour de France du Conseil, organisée ce jeudi 26 avril à Dijon (Côte-d’Or), offre l’occasion de faire un point avec Yves Noirot, président de la Chambre professionnelle des consultants de Bourgogne, sur un métier aux compétences multiples, mais où il y a encore à boire et à manger.

La manifestation, placée sous le patronage du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, se déroulera de 14h à 19h dans les locaux de l’ESC Dijon Bourgogne au 29 rue Sambin.

Elle devrait réunir 200 personnes, non seulement des dirigeants d’entreprise, mais également de nombreux cabinets de conseil.

Les PME françaises, notamment les plus petites - jusqu’à 50 salariés -, manquent cruellement de conseil. Yves Noirot nous en explique les raisons et démontre toute l’utilité de faire appel à un regard extérieur, surtout en période de crise.

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Qui êtes-vous Yves Noirot ?

Je suis conseil en entreprise ainsi que coach et je préside la Chambre professionnelle des consultants de Bourgogne. Après une formation d’ingénieur et un parcours de plus de 25 ans au sein de grands groupes industriels comme Suez, j’ai eu envie à mes 50 ans - j’en ai aujourd’hui 56 - de tourner la page, de changer de vie, en travaillant pour mon propre compte. Outre le consulting, je pilote à l’ESC Dijon Bourgogne un programme de formation continue sur le coaching, établi en 9 modules.

Qu’entend démontrer la Fédération nationale des chambres professionnelles du conseil, qui fédère celle de Bourgogne que vous présidez, en organisant ce tour de France ?

Les professionnels que nous sommes partent d’un constat : les PME et notamment les plus petites, jusqu’à 50 salariés, sont sous-consommatrices de conseil. Seules 40 000 sociétés françaises font appel à nos services, soit seulement 18% des entreprises répertoriées, alors qu’elles sont 30% dans les pays anglo-saxons. En outre, seulement 23% des sociétés industrielles utilisent le conseil. Alors que c’est en ces périodes de crise à répétition que nous démontrons toute notre utilité pour revoir une organisation, améliorer la gestion, intervenir au niveau de la qualité et de la sécurité, affiner une stratégie de ressources humaines ou encore élaborer un plan cohérent de communication. Nous voulons, au final, démontrer que les consultants participent au développement et à la compétitivité des entreprises. Et ce, quelle que soit leur taille.

Quels sont les principaux freins auxquels vous vous heurtez ?

Il s’agit déjà d’un phénomène culturel. Les dirigeants de PME rebutent à nous contacter, pensant qu’ils commettraient un aveu de faiblesse vis-à-vis d’eux-même et de leur personnel. Ils pensent par ailleurs que le coût engendré par nos interventions, soit environ 1000 € la journée, ne génère pas une valeur ajoutée suffisante. Et puis, ils ne rencontrent pas toujours des professionnels dignes de ce nom.

Justement, faites-vous suffisamment le ménage pour éviter que des margoulins en tout genre piétinent vos plates-bandes ?

Il se fait tout seul. Sachez que 80% des cabinets qui se créent disparaissent dans les 18 mois. Entre temps, toutefois, ils ont fait beaucoup de mal. Devenir consultant ne s’improvise pas. Comme il n’y a pas d’école, il faut beaucoup travailler et se former en permanence dans le cadre d’ateliers pratiques, de soirées thématiques ou encore à l’aide d’outils comme Socrate qui permet de s’auto-évaluer.

Un mot sur le coaching qui apparaît de plus en plus comme un effet de mode, un signe de distinction sociale, pour ne pas dire une tarte à la crème. A t-on besoin vraiment d’avoir un coach ?

Non, pas toujours et pas dans toutes les situations. Ce qui relève de la stricte vie privée ne concerne en rien le coaching. Il faut déjà en éprouver le besoin et l’envie dans son cadre professionnel. Ensuite, le coaching est tout sauf du conseil. Il est un révélateur. Il fait émerger des solutions que l’on ne trouve pas tout seul. Un coach permet le ou les déclics. Et encore une fois, j’insiste, il s’agit d’un réel savoir-faire qui obéit à des techniques bien précises.

Un exemple classique fera mieux comprendre mon propos. Un dirigeant vient un jour me voir en m’expliquant qu’il n’arrive plus à gérer son emploi du temps. Au bout de la première séance, nous déterminons ensemble ses priorités pour arriver à la conclusion suivante qu’il ne sait pas déléguer. Aujourd’hui, il sait et peut se consacrer à sa principale priorité : déterminer et conduire la stratégie de son entreprise.

Avez-vous été coaché ?

Oui et avec bonheur ! Je dirigeais une filiale du groupe Suez de 2 500 personnes et l’on me demande un jour de devenir directeur administratif et financier d’une division transversale qui chapeaute 15 000 salariés. J’étais un peu perdu pour trouver l’autorité nécessaire à convaincre mes anciens collègues du bien fondé des directives à appliquer. Mon coach m’a permis d’évoluer dans cette mission, de trouver les arguments et le ton juste pour convaincre sans utiliser le couperet d’une quelconque supériorité hiérarchique ? Le coaching bien fait, c’est de la vraie dentelle.

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Crédit photo: Yves Noirot

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