L’expert. Bernard Paillard dirige Aproport, service de la CCI de Saône-et-Loire, aménageur, gestionnaire et exploitant des deux ports de Chalon-sur-Saône et Mâcon. Il dresse un bilan d’activité et évoque l’avenir du transport fluvial.

Aproport tire t-il son épingle du jeu malgré la crise ?

«Nous affichons un chiffre d’affaires 2009 de 5,2 millions d’euros (- 10%), en ayant vécu des situations contrastées. Le fluvial progresse en volume de 6%, avec 1,3 million de tonnes traitées. L’activité ferroviaire, car nous assurons la traction terminale des trains, s’écroule en revanche de près de la moitié (- 49%). Pour les six premiers mois de l’année, nous redressons la barre. Les marchandises transportées par la voie d’eau affichent une hausse de 10% et le ferroviaire freine considérablement sa chute».

Le fret fluvial a t-il de l’avenir en dehors du transport classique de pondéreux, de céréales et d’engrais ?

«La voie d’eau est de loin le mode de transport le plus écologique et le plus économique. Prenons un seul exemple : si je veux acheminer 4 000 tonnes, il me suffit d’un bateau de 2 000cv. Par route, cela représente 160 camions qui développent au total 80 000cv. Au niveau des tarifs, nous absorbons très bien le coût des ruptures de charges que nous savons parfaitement gérer.

Et puis, nous ne vivons plus au temps de «l’Homme du Picardie». L’évolution technologique permet aujourd’hui de disposer de bateaux performants, tout comme d’engins de manutention portuaire parfaitement adaptés. Reste à trouver un outil pour palettiser et dépalettiser un bateau et nous aurons encore franchi un grand pas.

Cette offre qui évolue attire une nouvelle demande. Le transport par conteneur ne peut que se développer, de même que l’acheminement de colis lourds, voire très lourds. Des industriels comme AREVA ou NFM Technologies n’hésitent plus à convoyer des composants de centrales nucléaires et des pièces de tunneliers par la voie d’eau».

Le président de l’association française des ports intérieurs que vous êtes ne peut que se réjouir de la relance de projets d’infrastructures à grand gabarit : Seine-Nord Europe et Saône-Moselle.

«Ces projets doivent se concrétiser le plus vite possible. Nous avons déjà raté le canal Rhin-Rhône, misons fortement sur ces deux-là. Seine-Nord Europe, dossier déjà très avancé, permettra de relier le bassin de la Seine aux canaux du nord pour desservir les grands ports de la Manche et de la Mer du Nord.

Saône-Moselle que j’espère voir évoluer en Saône-Moselle-Rhin, jouera le rôle d’autoroute fluviale entre Rotterdam et Marseille. Cette liaison multiplierait par trois notre activité en Saône-et-Loire grâce à la possibilité d’expédier des conteneurs vers les grands ports du nord».

Dans un autre registre, que pensez-vous de l’initiative du conseil régional de Bourgogne d’assurer à titre expérimental, pour 3 ans, la gestion et l’entretien des canaux ?

«Elle est heureuse car nécessaire. Il fallait en effet sauver un patrimoine extraordinaire qui représente de surcroît une ressource en eau colossale. En dehors de l’attrait touristique de tels ouvrages, ils peuvent aussi resservir pour convoyer un fret de proximité. Sur mes conseils, l’agglomération chalonnaise envisage ainsi d’acheminer ses ordures ménagères dans des conteneurs spéciaux vers son centre de traitement par le canal du centre». www.tracesecritesnews.fr/2010/07/15/la-bourgogne-blinde-ses-canaux/

Crédit photo: Aproport

En Alsace :

Les Ports de Mulhouse-Rhin affichent une progression de trafic de 7,6 % au premier semestre 2010, soit un total de 2,6 millions de tonnes transportées.

Le volume reste toutefois éloigné des performances de 2008, supérieures de près de 300.000 tonnes. Cette année-là, l’établissement haut-rhinois avait maintenu son étiage de 5,5 millions de tonnes annuelles, avant de redescendre juste sous les 5 millions l’an dernier, crise oblige.

Dans le transport en vrac, les hausses les plus significatives sont à mettre au compte des produits chimiques qui, à 293.000 tonnes, doublent de volume par rapport à mi-2009, et des objets manufacturés (+ 31%, 174.000 tonnes). Bonne tenue aussi des céréales et denrées alimentaires, en progression de 8 % (771.000 tonnes).

Les baisses affectent principalement les minéraux (-14 %, à 559.000 tonnes).

Le trafic de conteneurs fluviaux est, lui, reparti franchement à la hausse. Il enregistre une hausse de 27,5 % qui le porte à 29.100 EVP (équivalent vingt pieds, unité de mesure des conteneurs).

Ce chiffre à mi-saison laisse augurer le retour aux niveaux annuels d’avant la crise. Tous modes confondus (eau, rail et route), les conteneurs progressent de 22 %, à 75.000 EVP.

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