L'expert. L’entreprise Simelectro s’implante en Chine. Olivier Naudin, son P-DG, justifie ce choix et offre de judicieux conseils pour susciter des émules.

Qui est Simelectro et pourquoi avez-vous choisi de vous développer en Chine ?

«Simelectro (17 millions d’€ de chiffre d’affaires, 80 Salariés), ex-filiale de Schneider Electric, est un des leaders mondiaux pour les liaisons électriques de puissance à destination notamment des centrales électriques d’une puissance supérieure à 100 mégawatts.

L’entreprise, implantée à Longvic (Côte-d’Or), exporte à plus de 80% sa production : en Europe, en Asie, mais également en Afrique, en Amérique du Sud et en Australie. Si la totalité de nos équipements est conçue en France, seulement 60% y sont aujourd’hui produits pour des raisons de compétitivité et de concurrence internationales.

Dans ce contexte, nous avons décidé de créer un Simelectro-bis en Chine, à Suzhou (80 km à l'ouest de Shangaï). Tout d’abord pour aller chercher la croissance là où elle est la plus forte dans le monde. Il faut savoir que chaque année, la Chine met en place 70 GW de capacité supplémentaire, et l’Inde 30 à 40 GW, soit l’équivalent de la capacité totale installée en France aujourd’hui !!!

Mais également pour stopper la sous-traitance en production, qui nous crée beaucoup de soucis de qualité ou de tenue des délais à court terme, voire génère des nouveaux concurrents à moyen terme».

Mais pourquoi spécialement la Chine?

«Trois raisons ont guidé ce choix, notamment par rapport à l’Inde que nous aurions pu retenir.

La Chine bénéficie de la plus forte croissance mondiale, mais c’est aussi un marché parmi les plus concurrentiels et il est bon de le rappeler.

Ensuite, nous voulions absolument être seul maître à bord en créant une filiale à 100% ex-nihilo. Je le répète, un mauvais partenaire provoque toujours des problèmes, un bon devient tôt ou tard un concurrent.

En outre, cela fait plus de 10 ans que c’est possible en Chine et beaucoup de dirigeants occidentaux ne le savent pas toujours. A contrario, il est beaucoup plus difficile, voire légalement impossible, de réaliser ce type d’opération en Inde où vous deviez encore récemment vous affubler d’un associé local dans le cadre d’une joint-venture.

Enfin, mes propres expériences industrielles de plus de 20 ans dans ces deux pays m’ont confirmé que les managers et ouvriers chinois intègrent en général plus rapidement les impératifs de qualité que leurs homologues indiens, même s’il y a des nombreux contre-exemples».

Quels pièges éviter lorsqu’on s’implante si loin de ses bases et tout spécialement en Chine, pays souvent décrié pour être passé maître dans l’art et la manière de copier les savoir-faire ?

«Il faut investir sérieusement, comme si on le faisait en France, et envoyer sur place ses meilleurs éléments. Cela prend beaucoup de temps en amont, mais on le regagne très vite ensuite. Il convient aussi de constituer une équipe locale de qualité. Et les talents existent dans tous ces pays en fort développement.

Je crois qu’un des autres principaux pièges à éviter est la stricte stratégie de la délocalisation low cost. Rechercher à tout prix des coûts de production les plus faibles en payant très mal son personnel ne génère pas le respect de ses employés et ne favorise en rien une culture d’entreprise. Il faut enfin rester humble en toutes circonstances, cela aide toujours à réussir».

Quelles sont les aides publiques qui facilitent un tel projet pour une PME française ?

«Nous avons obtenu une subvention de la part du Conseil régional de Bourgogne dans le cadre du développement International des PME (50 000 euros par an). Nous sommes également soutenus par Oséo, à la fois via un prêt export (80 000 euros) et un prêt moyen terme (300 000 euros) dans le cadre d’un contrat de développement participatif, mais aussi via une contre garantie FASEP qui couvre 50% des financements que nous apporterons à notre filiale chinoise.

Enfin, nous serons subventionnés par UbiFrance pour la mise en place pendant 2 ans d’au moins un volontaire international en entreprise (VIE) français sur place. En revanche, nous n’avons identifié aucune aide européenne».

Complément d’information :

Simelectro  investit plus d’un million en Chine, avec l’espoir de réaliser 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dans les cinq ans. Ce développement n’est pas le seul prévu. Le fabricant d’équipements de liaisons électriques de puissance déménagera à l’horizon 2013 dans une nouvelle usine de 7 000 m2 qu’il fera construire près de son site actuel de Longvic où il est locataire. Coût du projet : environ 3 millions d’euros.

Crédit photo : Olivier Naudin

1 commentaire(s) pour cet article
  1. guy gillotdit :

    On peut cependant rester dubitatif : Conception en France et 60/100 (pour le moment) produit en France ? Il y a bien sûr le projet de 7000 m2 à Longvic et surtout les félicitations sincères pour le patron de cette vraie PME... mais quid des aides multiples (grâce à nos impôts) pour faire fabriquer en Chine ? Les explications du choix entre la Chine et l'Inde sont sûrement pertinentes et prouvent nettement la clairvoyance du dirigeant qui est d'ailleurs aussi perspicace quand il déclare qu'il ne produit pas plus en France «pour des raisons de compétitivité et de concurrence"» . Alors les financeurs ? Angélisme ? Merci à Traces Ecrites de ces infos, parce qu'il y a bien des PME dynamiques en Bourgogne ! Et aussi des questions à se poser sur nos politiques d'aides !

Commentez !

Combien font "7 plus 8" ?