AVIS D’EXPERT. Albéric Bichot, directeur général de la maison de négoce qui porte son nom à Beaune (Côte-d’Or), nous fait un point d’actualité sur le vin de Bourgogne.

À bientôt 48 ans, ce dirigeant au look d’éternel jeune homme conduit admirablement bien sa barque.

Avec 45 millions d’€ de chiffre d’affaires attendu cette année, la maison de vins Albert Bichot affiche une progression de 20% par rapport à 2011 et, de 10%, par rapport à 2010.

Elle vend en moyenne 4,5 millions de bouteilles dont 70% à l’exportation dans une centaine de pays.

Ses 101 hectares de vigne en pleine propriété se répartissent en quatre domaines qui vont de Chablis (Yonne) à Mercurey (Saône-et-Loire), en passant par Nuits-Saint-Georges et Pommard (Côte-d'Or).

L’entreprise s’approvisionne par ailleurs en raisins auprès de 70 viticulteurs qui récoltent pas moins de 270 hectares.

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Quel sentiment vous laisse cette vendange 2012 qui s’achève ?

Ne dit-on pas annus horribilis lorsque l’on veut faire savant ? Il ne nous aura manqué que la pourriture grise, sinon nous avons eu la totale : du gel en hiver, puis de fortes pluies au moment de la floraison, des poussées d’oïdium et de mildiou et pour finir de la grêle, qui en certains endroits, comme à Savigny, Pommard, Volnay et Meursault, a ravagé certaines parcelles jusqu’à 80%. Bilan des courses, nous avons rentré la plus petite récolte depuis 1955. Elle est inférieure de 15 à 20% à la moyenne. Maintenant, il faut sauver les meubles, d’où l’utilité d’un tri méticuleux des baies et nous pourrons avoir un millésime correct, voire bon.

Cette situation aura t-elle des répercussions sur vos ventes ?

Oui, évidemment ! Le bourgogne va inévitablement augmenter, mais nous ne savons pas encore dans quelle proportion. Tout sera ensuite fonction du marché. Comme je vous vois venir, je précise que la cherté de nos vins n’est pas uniquement due à ce type d’aléa climatique. Les coûts de production à l’hectare l’expliquent en grande partie. Pour être tout à fait clair, je précise aussi que nous entretenons savamment le système pour maintenir des rémunérations correctes auprès de nos fournisseurs de raisin et des marges suffisantes nous concernant.

Comment réagissez-vous à tous ces cris d’orfraie poussés parce qu’un Chinois achète le château de Gevrey-Chambertin ?

Contrairement à la teneur du tapage médiatique qui a été fait, avec de mauvais relents de patriotisme, je dis qu’il s’agit d’un non-événement et d’une bonne nouvelle. Au nom de quoi devrait t-on reprocher à un investisseur, fusse t-il Chinois (de Macao), d’acquérir des vignes en Bourgogne ? Les Chinois interdisent-ils à Bernard Arnault (LVMH) ou encore à la société Castel d’acheter chez eux des vignobles. De surcroît, il paye le prix fort pour deux hectares et un château en ruine (8 millions d’€), et va fortement investir dans les murs pour réhabiliter ce patrimoine avec un architecte français. Louis Ng Chi Sing est, de plus, un amoureux du vin. Sa cave peut faire saliver d’envie tous les amateurs et connaisseurs au monde. Pour vinifier son domaine bourguignon, il fait appel à Eric Rousseau, un excellent vigneron. Enfin, il destine ses millésimes à l’exportation en Asie : Chine, Macao, Hong-Kong… Quel meilleur ambassadeur du bourgogne !

Pourquoi la maison Bichot pointe t-elle depuis 14 ans à la première place des acheteurs de vin des Hospices de Beaune ?

Tous ceux qui connaissent le vin savent que la vente annuelle des Hospices de Beaune veut dire quelque chose d’important. Au-delà de l’aspect caritatif, du côté affectif, le vin que nous achetons en fût, puis élevons et mettons en bouteilles prend une dimension particulière. Voilà pourquoi nous sommes le plus gros acheteur, avec entre 700 000 € et un million d’€ dépensés à chaque vente. Et même en ce qui concerne la pièce de charité, acquise trois fois en cinq ans. Et puis, je suis né aux Hospices, mes ancêtres leur ont légué des vignes. Dernière petite précision : c’est aux bourguignons d’acheter, quitte comme c’est notre cas à ce que tout soit déjà pré-vendu à une clientèle de passionnés.

Comment se déroule le partenariat engagé avec le groupe Loiseau ?

Bernard Loiseau a toujours voulu avoir un restaurant à Beaune et un vin à son nom. Dominique, sa femme, a accompli ses deux vœux. La maison Bichot travaille en co-branding parfait avec le groupe Loiseau. Nous avons commencé avec quatre vins, il y a maintenant douze appellations, sélectionnées par nos soins communs. Reste à en faire la plus grande promotion, car ce sont des produits qui, soyons un peu vantard, conjuguent deux talents.

Que pensez-vous de la libéralisation des droits de plantation ?

Il y a en Bourgogne entre 2000 et 2500 hectares d’AOC à replanter. Ce travail doit se faire de façon encadrée. Il faut travailler appellation par appellation et en fonction des besoins du marché.

Les Américains demandent que la commission européenne les autorisent à utiliser les mentions traditionnelles «Clos et Château» sur leur étiquette. Cela peut-il créer une confusion et galvauder une terminologie viticole très précise ?

Vous faites surtout référence à Clos pour la Bourgogne, Château étant plus Bordelais. Là encore, il faut dépassionner l’affaire. Les Américains utilisent déjà les deux mentions, mais pas à l’exportation vers l’Union Européenne. Pour eux, c’est du marketing, car la notion très précise d’un vin, fait avec des raisins issus de la même parcelle, ils s’en moquent bien. Si l’Europe leur refuse cette utilisation, ils iront devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et nous allons perdre dans la mesure ou aucune de ces expressions ne relèvent de la propriété intellectuelle. Je crois qu’il est plus utile aujourd’hui de protéger les indications géographiques d’éventuelles tentatives d’usurpation. En outre, les Etats-Unis représentent notre premier marché à l’export et je fais ici valoir le principe de réalité.

Faut-il revoir l’organisation et le fonctionnement de votre interprofession, connue sous l’acronyme BIVB ?

On peut toujours améliorer tel ou tel point, mais fondamentalement je ne le pense pas. La recherche agronomique y est au top, les études économiques sont pertinentes et le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) porte la bonne parole de nos produits dans le monde entier. En outre, c’est un lieu propice pour débattre et s’engueuler. Il n’est pas facile de gérer les deux familles que sont les viticulteurs et les négociants et je tire, au passage, mon chapeau à Michel Baldassini, notre président, de savoir si bien nous supporter.

Crédit photo : Albert Bichot

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