AVIS D'EXPERT. Jean-Luc Boehrer est le directeur d’Actal, "Action pour les conditions de travail en Alsace", une structure paritaire membre du réseau national Anact-Aract pour l’amélioration des conditions de travail.

Actal a récemment rassemblé 300 acteurs socio-économiques de la région pour une rencontre sur le stress au travail : "On ne badine pas avec le stress".

Elle a donné l’occasion à son dirigeant d’exposer l’approche de ce débat sensible auprès des employeurs.

Quel argumentaire développez-vous auprès des employeurs pour les convaincre de s’atteler à la question souvent taboue du stress au travail ?

La notion de coût, toute entreprise y est sensible. Alors, nous nous efforçons de lui montrer que le stress au travail a un coût. C’est d’abord celui de l’absence et de ses induits : le temps passé pour remplacer l’absent, le coût d’embauche d’un intérimaire. Autre impact sensible : l’image. L’absence répétée peut se remarquer, par exemple si des fonctions dont la personne détient l’exclusivité ne sont plus assurées.

Le cercle vicieux : absence, augmentation de charge pour les autres et perte de savoir-faire, n’est pas une situation exceptionnelle. Une étude référence de 2005 estimait que le stress affectait 22 % des travailleurs de l’Union européenne, représentant le premier problème de santé dans l’entreprise.

Le problème se limite-t-il aux absents ?

Nullement. La question des présents forme l’un de nos axes d’intervention majeurs. Des indices doivent interpeller : le salarié qui multiplie les heures supplémentaires, qui reporte sans cesse ses vacances, qui ne prend pas ses RTT.

Quand les salariés sont présents mais épuisés, physiquement mais aussi moralement, les conséquences pour l’entreprise sont une baisse de la productivité et de la créativité, deux autres notions à surveiller par ailleurs.

Sans parler de pathologie, quels sont les premiers symptômes concrets qui touchent un salarié stressé ?

Les troubles du sommeil constituent une caractéristique fort directe. La personne a du mal à s’endormir, elle repense à ce qu’elle n’a pas réussi à faire dans la journée, à ce qui l’attend le lendemain, elle se réveille longuement en cours de nuit. Elle se dit qu’elle doit s’endormir et à force de se mettre cette pression, elle n’y parvient pas.

On citera aussi les troubles digestifs, des problèmes cardiaques. Et au niveau du comportement,  l’irritabilité, la perte d’envie de pratiquer des activités même extra-professionnelles, la perte de confiance en soi et envers les autres, la peur de se tromper qui rend compliquées les tâches les plus simples. Le salarié stressé s’isole des autres.

Quels sont vos axes principaux d’intervention ?

Nous intervenons au stade de la prévention. Le sujet du stress n’est pas facile, il est souvent occulté ou négligé et personne ne prétend atteindre le risque zéro. Dans un autre sens, l’entreprise ne doit pas s’imaginer qu’elle peut avoir l’ambition de rendre tous ses collaborateurs heureux au travail.

Les entreprises qui s’engagent dans la démarche prennent le temps d’identifier les sources du stress au travail, et de les comprendre. Leurs leviers d’actions concernent le management et l’organisation du travail. Elles font le point sur le réalisme des objectifs.  En disant cela, j’ai bien conscience que plus le centre de décision est éloigné, plus la mise en œuvre de ce principe se complique.

Le changement étant source de stress, il faut y impliquer les salariés. Les entreprises cherchent tant à augmenter cette implication du personnel : voilà un sujet qui s’y prête.

Commentez !

Combien font "5 plus 1" ?