S’inspirer de ce grand livre ouvert qu’est la nature pour innover et produire en se développant résume le biomimétisme que propose d’aborder, sur deux jours à partir d’aujourd’hui et pour sa troisième édition, « Créer Demain » à besançon. Événement de l’Agence Economique Régionale (AER) consacré à l’innovation, cette fois-ci tourné vers le vivant, expliqué comme une fabuleuse boîte à outils économique (*). Alain Renaudin, l’un de ses meilleurs spécialistes et intervenant de la conférence plénière : « Quand le vivant inspire l’innovation », décortique les atouts du biomimétisme. Philippe Rouballay, dirigeant de Symbiose Technologie à Montceau-les-Mines et inventeur de Daisy, une toile à récupérer beaucoup d’eau grâce à la rosée du matin, démontre avec succès la preuve du concept.
• Alain Renaudin ne cesse de témoigner sur l’urgence à mieux produire en respectant la nature mais également en s’en inspirant. Diplômé de Sciences Po, il a été directeur général adjoint de l’institut de sondages Ifop durant près de sept ans. Ce poste stratégique lui a permis d’observer les grands courants d’opinion liés au développement durable et comprendre qu’écologie et économie peuvent très bien se marier. En novembre 2011, Alain Renaudin fonde l’agence NewCorp Conseil, implantée à Senlis (Oise) pour accompagner et conseiller autour des problématiques de la RSE et de l’innovation.
• Pouvez-vous nous donner une définition simple du biomimétisme que peu de monde connaît encore ?
Il s’agit d’une invitation à redécouvrir le vivant qui nous entoure et le lire comme un modèle de développement durable. Une fois cela dit, on peut sourire, me prendre pour un doux rêveur, mais le développement durable existe partout autour de nous et depuis très longtemps.
La terre a environ 4,5 milliards d’années, la vie est apparue il y a 3,8 milliards et l’homme qui nous ressemble, l’homo sapiens, seulement 250.000 à 300.000 ans. Et voici que ce dernier arrivé, détruit dorénavant à vitesse grand V, cette éternité qui le précède au lieu de s’en inspirer, de s’en faire une alliée pour reconstruire un monde harmonieux et pérenne. Il y a maintenant urgence à entrer dans le plus grand laboratoire mondiale de R&D que constitue la nature qui nous entoure.

• Et si l’on sort de la théorie pour illustrer concrètement vos propos, peut-on connaître quelques applications ?
La structure osseuse d’un corps contient plus d’air que de matière, car le vivant est économe en matériaux. Une fois modélisé, un avionneur peut ainsi concevoir et réaliser des ailes d’avion où l’on injecte 30 à 40% de matière en moins car, juste là ou il faut. Economie à la production, économie énergétique à l’utilisation, la valeur ajoutée est au rendez-vous.
Autre exemple, la tige d’une pâquerette offre sans doute le procédé le plus abouti de fabrication additionnelle. Il est temps que le biologiste parle à l’oreille de l’ingénieur. L'entomologiste aussi. J’en veux pour preuve ce papillon d’un bleu magnifique, le Morpho.
La couleur qui le caractérise découle de la diffraction de la lumière sur ses quatre strates d’écailles. Il n’y a donc aucune chimie, tout ceci s’opère sans pigment. Outre la coloration, le phénomène rend ses ailes hydrophobes et lui procure une parfaite régulation thermique.
• Si je suis une PME, voire une plus petite entreprise, je n’aurais pas forcément les moyens en ressources humaines et financières pour engager ce type d’action ?
Et vous auriez tort car ce n’est ni une question d’argent ni de recrutement. Partez déjà de la réflexion suivante : quels sont les deux à trois facteurs bloquant de mon entreprise et dans la même proportion, les enjeux structurants à ma croissance.
Sortez de votre schéma de pensée sectoriel et demandez-vous qui peut répondre. Partout en France, grosses villes comme moyennes : à Besançon, Colmar, Nevers ou Troyes, il y a des compétences à explorer dans les laboratoires et auprès des start-up locales. Provoquez la collégialité, impliquez vos clients, vos fournisseurs. Le rétention ne fait grandir que soi-même sur l’instant. Et décidez en fonction d’une économie circulaire, de proximité.
Laissez-moi pour conclure vous raconter la fabuleuse défense de certains grillons qui, aveugles, ne peuvent voir leur prédateur : l’araignée. Pour y échapper, ils possèdent des poils hyper-sensibles qui détectent le moindre déplacement dans l’air. Le grillon sauve sa vie en agissant au bon moment, en fonction de son environnement. Ce qui il y aussi d'extraordinaire ici, est que ces poils commandent directement aux pattes de fuir et non à la tête.
(*) Pour en savoir plus sur le programme : https://creerdemain.aer-bfc.com/programme/
Symbiose Technologies récolte l’eau de la rosée

Cette entreprise de Montceau (Saône-et-Loire), fondée par Philippe Rouballay en 2003, a imaginé une toile de 12 mètres de diamètre baptisée Daisy qui, le matin, récupère par un réseau de gouttières, pas moins d’un litre d’eau par m2, soit 100 litres d’eau par nuit.
Ce prélèvement sans détruire la nature, qui s’inspire de la germination des gouttes d’eau sur un gazon, des feuilles…, procure une ressource précieuse à l’entreprise. Son métier : gérer la problématique des liquides (eaux potables, grises, souillées) pour des installations temporaires ou définitives. « D'une simple base de vie de chantier au festival international, en passant par des sites isolés ou inaccessibles », indique Philippe Rouballay.
Symbiose Technologies - 15 personnes, 1,8 million de chiffre d’affaires, en croissance de 15% - intervient ainsi pour des chantiers de BTP, de maintenance nucléaire, d’extraction minière ou pétrolière. Et jusqu’à 270.000 personnes, comme pour le festival Solidays. « L’eau n’est parfois pas accessible, à nous de la trouver, de la traiter et de la retraiter pour ensuite la rejeter dans le milieu naturel », explique le dirigeant qui réfléchit à un développement plus large. Il cherche à recruter trois techniciens spécialisés en bon sens (!) et un ingénieur eau et assainissement.










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