L’entreprise alsacienne qui fabrique du linge de maison haut de gamme, a ouvert en juin dernier un musée, à côté de sa boutique pour renseigner sur son histoire de près de deux siècles et sa technique si particulière : l'impression au cadre plat à la main.


Discrète de tradition, la Manufacture d’Impression sur Etoffes (MIE) à Ribeauvillé, près de Colmar (Haut-Rhin), s’ouvre davantage. Cette volonté nouvelle est insufflée par Maxime Borin, qui a rejoint depuis trois ans son père, Jean-Michel, président du directoire.

Le jeune directeur du développement avait à cœur d’ouvrir un musée afin de montrer les différentes étapes de fabrication et l'ensemble du process artisanal tel qu'il est perpétué par la manufacture alsacienne, dont la création remonte à près de 200 ans. « On n’imagine pas tout ce qu’il y a derrière une nappe. Notre procédé de fabrication nécessite plus de 20 étapes et beaucoup de travail manuel », précise-t-il.

 

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L’entreprise est l’une des dernières en Europe à utiliser la technique du cadre plat à la main. Les motifs sont appliqués sur le linge à partir d’un cadre en acier gravé de façon à pouvoir les reproduire. Superposer des couleurs nécessite de réaliser un cadre par teinte différente. La technique demande une grande précision : à l’aide d’une racle manuelle, les deux imprimeurs répandent la couleur dans le cadre, autant de fois qu’il y en a dans le dessin. A chaque fois, ils attendent que la couche précédente soit sèche avant d’en imprimer une autre : ce principe a pris le nom de « mouillé sur sec. »

Le tissu imprimé est ensuite vaporisé pour fixer les couleurs. Grâce à deux réactions chimiques inverses, la molécule du colorant est piégée dans les fibres de coton. Puis, le tissu est apprêté et contrôlé, avant d’être découpé et cousu. Ce procédé de fabrication intégré à 100%, de la création des motifs au pinceau à la confection, ne fait appel à aucune sous-traitance. Il fait vivre une centaine de salariés, répartis dans 32 bâtiments occupant 5 hectares couverts.

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Le minutieux procédé de production à partir de tissu imprimé est entièrement réalisé en interne.


Via ce musée, ces équipes sont fières de montrer leur savoir-faire.
« Il apporte un plus à notre entreprise. Mais nous ne sommes pas muséographes », précise Maxime Borin. Ainsi, ce nouvel espace est ouvert aux mêmes horaires que la boutique (car situé dans son prolongement) et l’entrée est gratuite. Beauvillé organise seulement des visites guidées payantes pour les groupes, accompagnées d’un verre de crémant pour agrémenter d’un moment de convivialité. Sur une quarantaine de mètres carrés, une vidéo et une exposition retracent l’histoire et le savoir-faire de la manufacture textile haut-rhinoise.

 

70% du chiffre d’affaires réalisé à l’export

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Une vidéo et une exposition retracent l’histoire et le savoir-faire de la manufacture textile haut-rhinoise.


L’investissement dédié à la création de cet espace muséographique n’a pas été communiqué, mais il a été financé à 100% sur les fonds propres de l’entreprise.

Par le biais du musée, les visiteurs peuvent découvrir l’autre activité en dehors de la fabrication et vente des produits de marque Beauvillé, à savoir la création et production de tissus d’ameublement à façon. La Manufacture d’Impression sur Etoffes honore ainsi des commandes pour des éditeurs de tissu d’ameublement comme la Maison Pierre Frey, pour des châteaux en France et en Allemagne, des demeures prestigieuses, des ambassades et consulats, etc.

 

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Ce deuxième pôle représente la moitié de la production et contribue à faire rayonner l’expertise de l’entreprise à travers le monde. La MIE réalise 70% de ses ventes à l’export, autant pour sa marque que pour les créations à façon, en premier lieu aux Etats-Unis et en Allemagne. « Mais la France reste un gros marché », assure le directeur du développement.

 

Premiers pas dans le coton bio

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La technique du cadre plat à la main consiste à appliquer les motifs sur le linge à partir d’un cadre en acier gravé
de telle sorte à pouvoir les reproduire.


La marque Beauvillé crée deux collections par an. La nouvelle d’automne-hiver qui vient d’être présentée a été imprimée pour la première fois sur du tissu en coton bio, matière que l’entreprise se fixe pour objectif de devenir à terme l’unique source d’approvisionnement de sa collection. Un autre projet consiste à proposer la personnalisation des produits : prénom ou initiales sur les serviettes, torchons…

Près de deux siècles après sa naissance, la Manufacture d’Impression sur Etoffes de Ribeauvillé continue à innover et à embaucher. Elle parvient à attirer régulièrement de nouveaux talents, notamment grâce à la semaine de 4 jours, qu’elle a mise en place depuis plus de dix ans.

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Maxime Borin (à gauche), directeur du développement, a rejont depuis trois ans dans l'entreprise son père Jean-Michel, président du directoire. Il se trouve à l'origine de la création du musée, ouvert en juin 2023 sur le site de fabrication.


Photos fournies par l'entreprise.

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