La coopérative d’opticiens, dont le centre de production et de logistique se trouve à Beaune en Côte-d'Or, lance une gamme Origine France Garantie, fabriquée par trois entreprises du massif du Jura, Special Eyes, Lucal et Bondet. Un pari d’équilibriste.
La société en nom collectif Atol les Opticiens, dont le siège social se situe à Antony (Hauts-de-Seine) mais qui compte sa principale implantation logistique et de production à Beaune (Côte-d’Or), se relance dans l’aventure d’une production française. Ce mouvement concerne sa gamme de montures Oneo, lancée en mars dernier.
Fruit d’une réflexion post-Covid sur la relocalisation industrielle, celle-ci répond à un triptyque d’exigences : décrocher le label Origine France Garantie (OFG), proposer une monture aux tarifs du marché et, pour autant, afficher un design séduisant pour les consommateurs. « En 8 mois de commercialisation, nous avons déjà écoulé 10.000 pièces, ce qui fait d’Oneo un vrai succès », assure Olivier Pribille, responsable marketing et commercial d’Atol les Opticiens.
Pour concevoir et fabriquer ces montures, la coopérative d’opticiens a mobilisé ses fournisseurs du bassin lunetier jurassien de sorte à recréer une chaîne de production disparue. La conception a été assurée par la SAS Special’Eyes de Lons-le-Saunier (Jura), qui compte une quinzaine d'employés. Les designers ont adopté une approche « design-to-cost » : imaginer des principes de fabrication qui impliquent le moins de process et de matériaux possibles, afin de réduire les coûts.
Ainsi, fabriquer une monture Oneo demande trois fois moins d’opérations qu’une monture classique. Grâce à un approvisionnement de proximité au niveau des matières premières et à une fabrication locale, Atol les Opticiens revendique aussi un coût carbone 20 fois inférieur à une production classique. L’essentiel des pièces est français, seule les charnières, de fabrication allemande, font exception.

La production est assurée par deux entreprises d’Oyonnax (Ain) : Bondet réalise par injection la face des montures, tandis que Lucal industrialise les branches et assure la coloration et la finition de la monture. « Pour parvenir à respecter le cahier des charges, nous réalisons des charnières sans soudure pour les branches, ce qui optimise grandement la fabrication, sans attenter à la valeur perçue du produit, qui reste séduisant », détaille Jean-Michel Calamand, président de la SAS Lucal.
Une conjoncture qui ne facilite pas le projet

Son entreprise familiale de fabrication de lunettes, qui a réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de 7 millions d'€, vend 200.000 montures à l’année, principalement des modèles haut de gamme. Oneo représente déjà 10 % de ce volume et une diversification bienvenue vers des modèles de lunettes abordables. « Nous allons effectuer quelques recrutements dans les prochains mois, et avons étendu notre usine sur 500 m2 supplémentaires, mais nous n’avons pas jusqu’à présent recruté spécifiquement pour Oneo », explique Jean-Michel Calamand.
Là se situe une des faiblesses de la chaîne de production : elle repose sur deux PME de moins de vingt salariés chacune, qui peuvent difficilement absorber de gros pics d’activité. « Nos process de fabrication demeurent lents, et nos capacités de production un peu faibles, ce qui entraîne des difficultés de disponibilité des montures », reconnaît Olivier Pribille.
Ce n’est pas le seul danger qui menace le projet. Sous le double impact de la hausse des matières premières et de l’explosion des coûts de l’énergie, l’équation prix - les montures sont vendues 175 € au public - devient difficile à tenir. « Nous allons augmenter nos tarifs au premier janvier, de sorte à répercuter une hausse des coûts de production que nous estimons autour de 10 %. Pérenniser notre modèle dépend de notre capacité à absorber cette inflation, toutes nos réflexions actuelles portent sur ce sujet », annonce le responsable d'Atol les Opticiens.
Autre inconnue, l’attrait pour des produits fabriqués en France sera-t-il durable, ou, au contraire, un feu de paille conjoncturel ? « Nous avons conduit des études internes qui montrent qu’environ un quart de nos clients sont sensibles à une production française, mais qu’ils ne sont pas prêts à payer un tarif significativement plus élevé. Nous avons comme objectif une part de marché de 20 % avec Oneo », poursuit Olivier Pribille.
Le réseau Atol les Opticiens compte 630 associés et a réalisé un chiffre d’affaires de 414 millions d’€ en 2021, en croissance de 15 % par rapport à 2020 et de 5 % par rapport à 2019. Elle a ouvert, cette année, près de 60 nouvelles boutiques en France, ainsi que trois nouvelles enseignes, dans l’audition, la lunette à bas prix, et la lunette mode. « Nous rencontrons des difficultés de recrutement, nous recherchons pas moins de 300 opticiens salariés. Nous pouvons même former, au sein de notre école à Antony, dans les Hauts-de-Seine, des non-spécialistes jusqu’au diplôme d’opticien-lunetier grâce à la validation des acquis par l’expérience (VAE) », détaille Olivier Pribille, responsable marketing et commercial.












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