Innovateur et discret, le groupement d’intérêt public CPage gère le cœur informatique de nombreux hôpitaux en France et prépare ceux-ci à un futur toujours plus numérique. Il vient de remporter son plus gros marché, Les Hospices Civils de Lyon, et met en test son assistant numérique à l’accueil à l’hôpital de Semur-en-Auxois.

C’est un éditeur important qui reste pourtant largement méconnu : les logiciels de CPage sont au cœur d’environ un tiers des établissements publics de santé français. Ils y prennent en charge tous les aspects du fonctionnement administratifs. Un logiciel gère la partie administrative du dossier des patients : sa facturation, celle destinée à la sécurité sociale et aux caisses complémentaires, un autre gère les commandes fournisseurs de l’hôpital, et un dernier ses ressources humaines : planning, barèmes, primes, formation, etc.
L’entreprise dijonnaise se développe sur un terrain meuble, et doit en permanence ajuster son offre aux réglementations en vigueur, qui fluctuent souvent à haute vitesse.
La réforme de la tarification à l’activité donne encore, rétrospectivement, des sueurs froides aux équipes de développeurs. « Du fait de notre position, nous sommes des observateurs privilégiés de l’évolution des coûts de la santé, autant que de l’évolution permanente des réglementations, que l’on ne prend pas le temps de bien évaluer. C’est à notre sens vraiment dommageable, celles-ci affectent évidemment le fonctionnement et les finances des hôpitaux  », estime David Boussard, le nouveau directeur général de CPage, nommé le 1er janvier 2019.

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CPage est né il y a 40 ans, dans un service informatique du CHU de Dijon, comme un outil interne qui s’est vite répandu, son adéquation aux besoins ayant été vite remarquée. En 2004, les adhérents utilisateurs du logiciel décident de monter un groupement d’intérêt public (GIP) pour officialiser l’autonomisation de celui-ci et respecter la nature publique des établissements de santé engagés.
« Nos 300 adhérents sont les hôpitaux et établissements publics de soin, de toute taille », confirme le directeur. Cette structure publique s’accompagne d’un fonctionnement interne privé. « Nous sommes une entreprise, qui travaille au service de nos adhérents clients », résume David Boussard. Cette année, CPage a remporté son plus gros marché, Les Hospices Civils de Lyon, seconde plus importante structure de santé nationale. Une équipe technique et d’assistance entière est dévolue à ce nouveau client.
Le GIP revendique un chiffre d’affaires de 21,5 millions d’€ en 2019, en croissance de 5% par rapport à 2018 (20,6 millions), ainsi qu’un développement régulier. « Sur ces 8 dernières années, nous enregistrons une croissance de 30 % de notre chiffre d’affaires, de nos effectifs et de notre clientèle », précise le directeur. CPage emploie 210 agents et collaborateurs, dont seule une douzaine est dévolue à l’autre grosse activité du GIP : la gestion directe des fiches de paie des personnels de santé, qui représente 25 % de son chiffre d’affaires. Chaque mois, la société envoie 180.000 bulletins de salaire aux salariés de la santé.


Un défricheur de futur

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Cpage emploie 210 personnes, dont une douzaine est dévolue à la gestion directe des fiches de paie des personnels de santé. © Arnaud Morel.

En choisissant David Boussard comme directeur, le conseil d’administration de CPage n’a pas simplement entendu promouvoir un talent interne reconnu, mais bien inscrire l’entreprise dans l’avenir. Car ce titulaire d’un DEA d’informatique de 49 ans est l’homme qui a conduit le plus important chantier interne à ce jour  : la réécriture totale de toute l’offre logicielle pour la débarrasser d’une des plaies de l’informatique, à savoir les scories et les couches inutiles de code qui s’empilent durant les constantes évolutions des logiciels.
Ainsi gonflé par le poids de son histoire, le logiciel devient moins performant, et plus facilement instable. « Nous sommes désormais totalement à jour, avec un code neuf, mais ce travail a mobilisé 30 millions d’€ et 55.000 jours-hommes de développement. Un chantier de cette taille, on en réalise au mieux un dans sa carrière », se félicite-t-il.
Sur ces bases saines, CPage peut esquisser des projets d’avenir. La société travaille notamment sur le développement d’une approche prédictive du fonctionnement des hôpitaux. En agrégeant les multiples données dont elle dispose, en les corrélant avec d’autres (la météo par exemple) et en donnant tout ça à moudre à des algorithmes d’apprentissage profond, l’éditeur espère pouvoir anticiper les fluctuations d’activités des hôpitaux. Savoir, par exemple, combien de personnel il faudra mobiliser pour répondre à un pic de chaleur, et l’impact de celui-ci sur les commandes de telle ou telle fourniture, afin d’anticiper, au mieux et au meilleur coût.

 

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Le Kiosk, un assistant numérique à l’accueil

CPage finalise un projet dont elle attend beaucoup, anticipant une forte demande. Le Kiosk, un dispositif intégré destiné à être placé à l’accueil des hôpitaux. Celui-ci permet au patient de remplir son dossier d’admission, de numériser les pièces nécessaires à la prise en charge, d’utiliser ses cartes Vitale et bancaire et d’être guidé vers son service de prise en charge.
Un assistant numérique à l’admission, en quelque sorte, dont la mission est de fluidifier celles-ci, tout en délestant les agents d’une partie de leur travail. Un peu d’humain en moins, mais pour le meilleur des mondes assure-t-on.
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Le prototype du Kiosk qui vise une meilleure fluidité des admissions dans les hôpitaux. © Arnaud Morel.
« Nous travaillons depuis 3 ans dans un processus itératif permanent avec des spécialistes de l’ergonomie et des professionnels de santé pour peaufiner l’ergonomie du Kiosk et le rendre très simple à utiliser », assure  le responsable. Le produit, en tout cas, intéresse plusieurs hôpitaux qui regarderont de près la mise en fonctionnement, courant de ce mois, des trois premières bornes Kiosk à l’hôpital de Semur-en-Auxois (Côte-d'Or).

 

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