En 2020, Solibois a entrepris de diversifier son activité traditionnelle de sciage en lançant un atelier de fabrication de boîtes d’emballage du Mont d’Or. Un pari qui semble réussi pour l'entreprise de Levier (Doubs) devenue le fournisseur de huit (sur dix) des plus importantes fromageries productrices du fameux fromage qu’on ne trouve en étal que 7 mois de l’année. La saison a ouvert le 10 septembre et se prolonge jusqu’au 10 mai 2022.


Avec son atelier de fabrication de boîtes à Mont d’Or, ouvert l’an dernier, la scierie Solibois à Levier (Doubs) est entrée dans le cercle fermé des fabricants d’emballage de ce fromage typiquement comtois dont la singularité, en plus de la recette, tient à une période de commercialisation bien encadrée, du 10 septembre jusqu'au 10 mai. Ils ne sont que quatre fabricants aujourd’hui en Franche-Comté avec EBT au Touillon-et-Loutelet, le leader, la Boissellerie Petite à Frasne, tous les deux dans le Doubs, et Juraboîte à Foncine-le-Haut, dans le Jura. 



Pour le PDG de Solibois Etienne Renaud, la création d’un atelier d'emballage du Mont d’Or allait quasiment de soi. La situation de Levier dans la zone AOP (Appellation d’Origine Protégée), la tension sur l’approvisionnement en boîtes, la proximité de la matière première – en l’occurrence l’épicéa –, et une tradition du travail du bois vieille de cinq générations… autant de motifs pour la scierie de développer ce marché.
« Le cahier des charges de l’AOP exige de l’épicéa », rappelle Etienne Renaud qui transforme des résineux en charpentes, planches et produits finis. Avec 44% du territoire régional, soit 700.000 ha, en surface boisée, à majorité de résineux, il y a de quoi faire…




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Recrutement fait d’un jeune chef de production, César Ferrario, et après conception d’un process de fabrication innovant, ce sont un million de boîtes qui ont été fabriquées dès le premier exercice, avec un objectif de 2,5 millions pour la saison 2021/2022. La fabrication est répartie en quatre zones. Trois d’entre elles sont entièrement automatisées : la ligne des fonds de boîtes, celle du montage et celle de l’impression.

Seule la ligne de fabrication des targes, le pourtour de la boîte et du couvercle en bois souple, demeure artisanale, avec l’intervention manuelle de deux opérateurs. A ce poste, il faut d’un côté, le savoir-faire pour débiter les targes, de l’autre, la main et l’oeil humains pour le contrôle de la qualité. En somme, un process 2.0 pour un produit de pure tradition…


Que l’échange organoleptique opère

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Seule la ligne de fabrication des targes, le pourtour de la boîte et du couvercle en bois souple, reste manuelle. © Laurent Cheviet
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Les targes en attente de montage. © Laurent Cheviet


« Si la sangle en épicéa qui cercle le Mont d’Or est fournie par les sangliers, [ bûcherons qui écorcent l’épicéa en fines lamelles, NDLR ] nous, nous fournissons uniquement la boîte », précise César Ferrario. « Notre secret de fabrication permet une qualité de surface du couvercle et du fond (les « ronds ») extrêmement lisse. » La targe est tirée de la partie qualitative du bois : il n’y a donc ni nœuds, ni aspérités. Selon la demande des fromagers, les emballages sont fournis imprimés ou vierges, en différentes tailles. Une fois passées à la station de montage, les boîtes sont livrées, en flux tendu, encore humides pour que l’échange organoleptique opère, que la sève parfume la pâte au lait cru.

 

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Spécialisée dans le sciage, le traitement et le séchage de résineux blancs indigènes (épicéa, sapin) et de Douglas (qui viennent, eux, de Bourgogne, du Morvan principalement), Solibois transforme chaque année 50.000 m3 de grumes sur son site de 10 ha à Levier. Le bois transformé est destiné à des distributeurs (négociants en matériaux), à des revendeurs (grande distribution pour le bricolage) et à des industriels (seconds transformateurs, raboteurs, assembleurs…). Se doter d’une unité de fabrication d’emballage en épicéa pour une filière typiquement comtoise complète la gamme de prestations et doit porter le chiffre d’affaires au-delà des 15 millions d’€ en 2021.

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Machine d'impression du nom du fromager sur les targes. © Laurent Cheviet
César Ferrario,
chef de production de l’atelier de boîtes à Mont d’Or

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César Ferrario, responsable de l'atelier de fabrication de boîtes à Mont d'Or. © Laurent Cheviet

Prendre la tête de l’atelier de fabrication des boîtes à Mont d’Or, c’était en 2020 pour César Ferrario opérer un retour chez Solibois.  C’est en effet dans la scierie de Levier (Doubs) qu’il avait effectué son stage de fin d’études en 2016. Au sortir de l’Enstib (École Nationale Supérieure des Technologies et Industries du Bois, Université de Lorraine) à Epinal dans les Vosges, avec un diplôme d’ingénieur bois, il a d’abord été près de trois ans responsable adjoint d’une scierie des Vosges, avant de rejoindre à nouveau Solibois. Une famille d’artisans, dont deux menuisiers, le «  prédisposait à une carrière au contact de la matière, au travail du bois en particulier. » A cette différence près qu’il supervise un parc de machines entièrement automatisé et un effectif qui atteint la quinzaine de salariés en saison.
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Ronds en épicéa pour le fond et le couvercle. © Laurent Cheviet
 La filière Mont d’Or en chiffres

10 fromageries
400 éleveurs laitiers
7 litres de lait cru pour 1kg de Mont d’Or
Près de 10 millions/an de Mont d’Or vendus (soit près de 6.000 tonnes)
Zone AOP (depuis 1996) : 95 communes au-delà de 700 m d’altitude + 46 communes supplémentaires en cours d’officialisation par l’Union Européenne (de Levier à la frontière suisse, et de Maîche à la Chapelle-des-Bois)
Saison de fabrication : d’août à mars
Saison de vente : du 10 septembre au 10 mai

Source Syndicat interprofessionnel du Mont d’Or

 

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