Pour diversifier son économie, la cité thermale de Vittel mise sur la blockchain, une technologie de stockage et de sécurisation des données numériques. La démarche portée par le réseau d’entrepreneurs EcoPlaine et la communauté de communes Terre d’Eau s’est traduite par la création d’un incubateur de start-up. Et la cryptomonnaie fait son entrée au centre thermal.


Entre thermalisme et embouteillage d’eaux minérales, le territoire de Vittel, dans la plaine des Vosges, s’imagine un nouveau destin dans le numérique. Tout ne va pas si mal pourtant dans la cité thermale et son bassin de 18.000 habitants. Nestlé Waters, mais aussi Fromageries de L’Ermitage y garantissent pas loin de 2.000 emplois directs, tandis que les hôtels Club Med contribuent au rayonnement touristique.

Le temps serait cependant venu de trouver de nouveaux relais de croissance à cette mono-industrie, selon le réseau d’entrepreneurs EcoPlaine, le bras armé de la Communauté de communes Terre d’Eau en matière de développement économique. L’association qui fédère 60 entreprises, de la TPE à la multinationale, a donné carte blanche à son secrétaire, Thomas Léger, 34 ans, fondateur de la start-up Market Green House.
Un pari audacieux qui s’est concrétisé par l’ouverture, il y a un peu plus d’un an, de l’incubateur de start-up Vittel Blockchain Valley. La structure installée dans 350 m² de bureaux à proximité du parc thermal, a d’ores et déjà été labellisée par Semia, le réseau d’incubateurs soutenu par la Région Grand Est.

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L’intéressé souligne, avec humour, que « les élus et les entrepreneurs du territoire ont fait un véritable pari sur le bonhomme ! » Pour le moment, le jeune incubateur accompagne six porteurs de projet et vient d’être rejoint par Anne-Claire Mansion, doctorante à l’Université de Lorraine qui planche sur les impacts juridiques et politiques d’une technologie de confiance décentralisée comme la blockchain.

En ces lendemains de crise sanitaire, les deux piliers sur lesquels EcoPlaine fonde son projet bénéficient d’un écho tout particulier. Tout d’abord, l’association promeut le cadre de vie verdoyant d’un territoire bien identifié grâce à ses eaux minérales.
Une alternative, selon ses membres, à la centralisation à outrance de l’activité dans les métropoles et à la saturation des espaces de vie en région parisienne. 
Les nouveaux enjeux liés à la sécurisation des données numériques constituent le second pilier de sa stratégie. 

Quand les thermes acceptent les paiements en cryptomonnaies

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L’incubateur est porté par le réseau d’entrepreneur EcoPlaine représenté par Justine Claude et Axel Jourdan respectivement animatrice en écologie industrielle et chargé d’affaires. © Philippe Bohlinger

 « La sécurisation des flux d’informations apparaît désormais comme un enjeu majeur pour les Etats. La blockchain constitue une réponse à ces enjeux. C’est une base de données distribuée et transparente fonctionnant sans organe de contrôle. Cette technologie, à l’origine des cryptomonnaies, permet d'effectuer des transactions sans avoir besoin d'un tiers de confiance. Elle pourrait également garantir la fiabilité des votes électroniques », illustre Thomas Léger.

La cité de 5.000 habitants s’apprêterait-t-elle à devenir un pôle d’excellence en matière de blockchain ? En tous cas, les idées du jeune entrepreneur circulent d’ores-et-déjà dans la cité thermale : une application a été imaginée pour que les commerçants puissent utiliser les cryptomonnaies. cette année, les Thermes de Vittel accepteront les paiements en Bitcoin, Ethereum et autres Litecoins. « Une offre touristique qui autorise un paiement en monnaie numérique serait un gros atout différenciant à long terme, car le marché des cryptomonnaies pèse plus de 500 milliards de dollars de capitalisation au niveau mondial », expose le président de Vittel Blockchain Valley. 

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L’avenir du territoire se joue maintenant, estime l’entrepreneur qui s’abreuve à des sources d’inspiration comme Guy de la Motte-Bouloumié, 99 ans, l’homme qui a contribué au rayonnement de la marque Vittel sur le plan international et dont la famille a fondé la station hydrothermale au XIXe siècle. Thomas Léger imagine une formation certifiante de développeur blockchain dans la ville « qui ne compte ni lycée, ni université pour retenir ses jeunes générations. » En attendant, l’installation programmée d’une antenne du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) dans la cité thermale lui parait un bon signal.

Qui est Thomas Léger ?

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© Philippe Bohlinger
Originaire des Vosges, cet autodidacte a commencé son parcours par un baccalauréat professionnel auprès de la très réputée Ecole d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes (Vosges). Entrepreneur dans l’âme, ce passionné de technologies numériques a commencé par créer sa société de paysagiste, avant de rejoindre l’armée. « J’avais quelque chose à me prouver », commente pudiquement ce fils de militaire. Thomas Léger s’y formera à la cyber-intelligence à Strasbourg, autrement dit l’analyse du renseignement numérique.
L’installation du jeune trentenaire à Vittel, son envie de s’appuyer sur la blockchain pour développer le territoire a fait mouche auprès de l’association EcoPlaine. « Un climat de confiance s’est installé », résume-t-il.

 

 

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