Fondée en 2012, Elexinn à Migennes (Yonne), s’est spécialisée dans les innovations autour de l’élevage bovin. L’entreprise a investi un secteur de niche qui lui permet de vendre ses inséminateurs dans le monde entier. Evoluant dans l'univers coopératif, elle peut s'appuyer sur un précieux réseau de 500 experts pour le test de ses nouveautés.


Si l’insémination animale existe depuis 1946, le procédé n’avait pas évolué jusqu’à ce qu’Elexinn développe XtremiA. L'inséminateur ainsi dénommé possède une tige souple qui s’adapte à l’anatomie de la vache et améliore ainsi la fertilité. « Elexinn a été fondé du fait que nous rencontrons, dans l’Yonne, un problème de baisse de l’élevage et des besoins de diversification des activités sur le territoire. Cumuler les sources de revenus apporte aux éleveurs l’assurance de vivre mieux, notamment en développant l’élevage de multi-espèces animales », introduit Agathe Decherf, ingénieure agricole et directrice des opérations chez Elexinn depuis sa création en 2012.

La structure avait alors été la première coopérative d’insémination française. Dotée d'un capital de 424.000 euros, elle appartient à quatre coopératives de reproductions animales (Cecna, basée à Migennes, pour 51% des parts ; XR Repro en Haute-Loire à 28% ; Genes Diffusion dans les Hauts de France et Inovéo en Vendée). Les coopératives d’insémination ne manquent pas de moyens financiers : « nous investissons entre 300.000 euros et 400.000 euros dans la R&D en moyenne chaque année », précise Agathe Decherf. 

 

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Un marché de niche extrêmement puissant et mondialisé

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XtremiA est un inséminateur dont la tige souple s’adapte à l’anatomie de la vache et améliore ainsi la fertilité. © Elexinn


Et la jeune femme de 35 ans de préciser plus en détails comment fonctionne XtremiA, cet appareil sorti en 2016 après quatre ans de travaux de recherche-développement« Traditionnellement le pistolet est en inox et les inséminateurs risquent de blesser la vache si le geste est mal fait. Alors que celui-ci, souple, permet de glisser les huit gouttes de semences de taureau jusqu’à 25 cm dans la corne utérine, sans contrainte pour l’opérateur. On parle d’insémination profonde. »

Le marché de la fertilité bovine est un débouché de niche, « mais extrêmement puissant et mondialisé. Les doses de spermes achetées par les éleveurs viennent du monde entier ! », souligne la dirigeante.

La force d’Elexinn réside dans sa capacité à accéder, au travers de ses différents associés, à un réseau de 500 experts (vétérinaires, techniciens d’insémination…) qui peuvent tester ses différents produits. Car depuis Xtremia, les technologies continuent d’avancer. La société travaille actuellement sur le transfert embryonnaire en extrémité de la corne utérine avec un nouvel appareil nommé XtremET.

 

Une forte croissance

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Il y a 10 ans, 2 % des éleveurs inséminaient eux-mêmes, aujourd’hui ils sont 14 %.© Elexinn


Pour commercialiser les solutions d’Elexinn, les coopératives ont créé la sociétéAxce en 2019. D'un seuil d'1 million d’euros en 2023, le chiffre d'affaires est passé à 1,5 million d’euros en cette fin d’année 2024 pour un effectif de 3 salariés chez Axce et 2 postes et demi chez Elexinn : une alternante travaille en binôme avec Agathe Decherf. « Aujourd’hui nous vendons nos pistolets d’insémination dans le monde entier - un quart des modèles partent à l’étranger - et c’est ce qui me rend le plus fière. J’ai croisé sur un salon d’élevage un utilisateur de nos modèles qui venait d’Amérique Latine ! Le potentiel de marché est aussi très fort sur le transfert embryonnaire dans les pays en voie de développement… », se félicite la jeune femme.

Et parce qu'un nombre croissant d’éleveurs cherchent à être autonomes et à ne plus passer par un vétérinaire ou un technicien d’insémination, un autre outil est proposé par Elexinn depuis 2019, l’Eye Breed. « En quatre heures, nous formons les éleveurs. Ce projet représente un changement profond de pratique et certains professionnels voient évidement d’un mauvais œil cette technologie, car cet outil concurrence leur geste initial… », poursuit la directrice qui précise qu’elle fait appel les femmes de la prison de Joux-la-Ville (Yonne), à proximité d’Auxerre, pour le montage d’une partie de ce système.

 

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Le produit, d'un prix de 4.000 euros, a été vendu à 900 exemplaires pour la première version et à 300 exemplaires pour la seconde. « Avec l’Eye Breed, nous nous situons sur une innovation de rupture car personne n’a réussi à faire comme nous, à savoir ne plus passer par le rectum des bovins. Il y a 10 ans, 2 % des éleveurs inséminaient eux-mêmes ; aujourd’hui ils sont 14 %. Ce produit est rentabilisé en 2 ans à partir d’un cheptel 70 vaches », plaide Agathe Decherf.

 

Vigivel, le capteur nouvelle génération de vêlage 
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Agathe Decherf présente Vigivel, le capteur nouvelle génération qui permet d’anticiper le vêlage.
© Déborah Levy
Afin d’anticiper les vêlages et de gagner en confort de vie, le capteur Vigivel s’installe sur la queue des vaches proches de mettre bas et va mesurer les mouvements de celle-ci dans les trois dimensions ainsi que la température de l’artère. Sur le marché depuis octobre, cette application connectée, qui prévient les éleveurs par SMS que le veau va arriver dans environ une heure, rencontre déjà un franc succès. « Le pack de démarrage avec quatre capteurs coûte 3.000 euros. Nous avons écoulé 200 systèmes en deux mois ! », souligne Agathe Decherf.

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