Une offre foncière à la dimension de ses besoins – 12 hectares pour construire 60.000 m2 –, dans la zone Axioparc, sur le site de l’ancienne raffinerie Total au nord de Strasbourg, décide l’ETI allemande d’implanter sur la rive française du Rhin, sa nouvelle usine de produits d’étanchéité. Bauder compte prendre des parts de marché dans l’isolation énergétique des bâtiments en France, mais pas seulement.


Même en Alsace, les créations de nouvelles usines ex-nihilo (les « projets greenfield » pour les amateurs d’anglicismes) se sont faites rares ces dernières années. L’allemand Bauder renoue avec la tradition. Ce spécialiste des produits d’étanchéité et autres systèmes pour les toitures a dévoilé vendredi 30 octobre, depuis son siège de Stuttgart, le projet d’une nouvelle unité de production à Drusenheim, au nord de Strasbourg (Bas-Rhin). 


Sur le site Axioparc, il programme pour 2025 la mise en service d’une ligne de membranes d’étanchéité bitumineuses et d’une autre de mousses isolantes en polyuréthane, à destination des marchés français, suisse, britannique et de l’extrémité sud-ouest de l’Allemagne limitrophe de l’Alsace. La création de 100 emplois dans quatre ans marquera l’aboutissement de l’investissement de 60 millions d’€. Le projet est aujourd’hui au stade du compromis de vente et du dépôt du dossier, en décembre, de la procédure de classement ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement).

 

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« Nous pensions initialement implanter les deux lignes en deux temps, en commençant par celle de polyuréthane. Mais nous les réaliserons très probablement de façon simultanée », précise Mark Bauder, co-dirigeant, avec ses frères Jan et Tim de l’entreprise familiale dont ils représentent la 4ème génération.

L’optimisme du dirigeant est motivé par les perspectives de marché prometteuses des produits de Bauder : « ils contribuent à rendre l’enveloppe des bâtiments énergétiquement efficace, or la réduction des émissions de C02 dans le secteur de la construction ne peut pas se passer de cette caractéristique », estime Jan Bauder.



Le plus fort volume d’investissement de l’histoire de l’entreprise

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Alpha Aménagement & Villes et Projets aménage pour le compte de la communauté de communes du Pays Rhénan la zone d’activités économiques Axioparc à Drusenheim, au nord de Strasbourg, où Bauder s’installera. © Atelier LD

 
L’investissement à Drusenheim s’inscrit d’ailleurs dans un programme pluriannuel dont il constitue à la fois le principal poste budgétaire et le terme. Entretemps, de 2022 à 2024, Bauder va mettre en service cinq nouvelles lignes de membranes synthétiques, bitumineuses et PVC, de mousse polyuréthane et de résine synthétique liquide, réparties dans trois de ses huit usines actuelles : Landsberg et Schwepnitz dans l’ex-Allemagne de l’Est, et Bruck en Autriche, jusqu’alors seule implantation industrielle hors d’Allemagne. L’ensemble mobilise une enveloppe d’un peu plus de 100 millions d’€, « le plus fort volume d’investissement de l’histoire de l’entreprise », annonce sa direction, pour 200 nouveaux emplois.

Ces effectifs s’ajouteront aux 1.200 actuels de la société, archétype de l’ETI familiale allemande, dont le chiffre d’affaires suit une pente invariablement ascendante, y compris en 2020 avec un total de 732 millions d’€, contre 672 millions en 2019 et 385 millions il y a dix ans.

Cette croissance s’opère uniquement de façon organique donc sans rachat. Ce point distingue Bauder de son principal concurrent : le groupe Soprema fort de 9.000 salariés et 3 milliards d’€ de chiffre d’affaires, qui siège à Strasbourg. De là à dire que son challenger allemand vient le défier sur ses terres, il y a un pas que les frères Bauder se refusent à franchir.

« Nous n’avons pas de position forte en France pour l’instant, nous allons nous efforcer d’y progresser pas à pas, en apportant une offre alternative de haut niveau. Et ce site alsacien est conçu pour un marché plus large que la France », rappelle Mark Bauder.


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Sa localisation sur la rive française du Rhin résulte d’ailleurs d’un concours de circonstances, dans une certaine mesure. Les frères Bauder avaient ciblé en priorité le secteur entre Karlsruhe et Freiburg-in-Brisgau le long de l’A 5 allemande. Mais malgré des contacts multiples, « aucune commune n’a été en mesure de nous proposer la surface foncière dont nous avions besoin, de l’ordre de 12 hectares », relatent-ils.


Une telle disponibilité – pour y bâtir 60.000 m2 – a été offerte au contraire par l’Axioparc, qui développe au total quelque 100 hectares sur le site de l’ancienne raffinerie Total dépolluée. L’agence de développement économique alsacienne Adira a su accompagner l’entreprise et constitué un groupe projet bilingue à destination de l’investisseur, dont les dirigeants se disent « heureux d’avoir été accueilli les bras ouverts. »


Il lui faudra à présent trouver le management germanophone et la main d’œuvre qualifiée en mesure de donner corps à son expansion. Trois ans ne seront pas de trop. En marge de la conférence de presse à Stuttgart, le 30 octobre, les nombreuses questions des frères Bauder, au chargé de mission de l’Adira et à Traces Ecrites News qui représentait la presse française, sur l’état de l’emploi et de la formation, ou encore la pratique de l’allemand en Alsace montrent qu’ils ont conscience de l’importance du sujet pour leur réussite.

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