Yannick Benezeth, de l’Université de Bourgogne, a imaginé des techniques d’estimation de paramètres physiologiques à partir d’une simple caméra. Son invention trouve ses premières applications commercialisables par le transfert d’une licence, négociée par la Société d'Accélération du Transfert de Technologie (SATT) Sayens, avec une start-up de la région parisienne, Deepsense, spécialisée dans l’identification biométrique.
Entre l’invention étonnante d’un chercheur de l’Université de Bourgogne, et sa mise en application pratique, à des fins de sécurisation des transactions bancaires, par la start-up parisienne Deepsense, il se sera écoulé deux petites années. Deux années de maturation technique, et de recherche de valorisation économique, financées par la SATT Sayens.
La Société d’Accélération du Transfert de Technologies (*), qui a accès aux compétences de 6.500 chercheurs et 4.000 doctorants issus des 140 laboratoires de la recherche publique des régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, est entièrement dévolue à cette mission d’interface entre la recherche publique et le monde économique.
Une aubaine pour Yannick Benezeth, un enseignant chercheur du laboratoire Imagerie et Vision Artificielle (ImVia) de l’Université de Bourgogne. « J’avais le désir d’aborder l’entrepreneuriat pour valoriser mes recherches autour d’une technologie nommée rPPG (pour “remote PhotoPlethysmoGraphy”), qui permet d’estimer certains paramètres physiologiques d’une personne, à partir du simple flux vidéo d’une caméra classique », décrit-il.
« Nous pouvons mesurer le pouls, en observant de subtiles variations dans la quantité de lumière réfléchie par la peau. Quand le sang passe, cette lumière est moins forte », précise-t-il. Outre la mesure du rythme cardiaque, les algorithmes du chercheur peuvent également estimer le rythme respiratoire, et intervenir en dermatologie.
C’est pourtant une autre application de ces recherches qui séduit la start-up parisienne DeepSense (voir encadré), spécialisée dans la biométrie faciale. « Nous avons rencontré Yannick lors d’une conférence, et nous avons tout de suite vu les potentialités de sa technologie pour notre solution d’authentification des transactions bancaires par Internet », commente Yassine Mountacif, CEO de Deepsense.
Avec le rPPG, la start-up muscle sa capacité de « liveness detection », chargée de vérifier qu’une transaction est réalisée par une personne physique, vivante, ceci afin d’éviter les arnaques lors d’authentification plus simples, réalisées à partir, par exemple, d’une simple photographie. L’algorithme du chercheur va vérifier la pulsation cardiaque sur une vidéo d’authentification. « La solution de Yannick est totalement logicielle, et on peut donc la déployer, et la dimensionner aisément. Elle est complètement “scalable” (NDLR : adaptable, évolutive) », précise Yassine Mountacif.
Négociation commerciale et financement

L’accord de licence exclusif pris par Deepsense a été négocié par Sayens. « Ils m’ont déchargé de cette phase de négociation. Je suis informaticien, le commerce c’est un autre métier », sourit Yannick Benezeth. Outre un paiement frontal, DeepSense, si elle dégage du chiffre d’affaires avec sa technologie en reversera une fraction à Sayens, et, éventuellement au chercheur, lorsque cette dernière aura amorti son investissement. « Je ne suis pas philanthrope, si je peux gagner un peu d’argent c’est très bien, mais l’intérêt pour moi va au-delà. »
Car, durant la phase de maturation, les capitaux de Sayens ont permis de recruter un autre développeur, qui s’est chargé de peaufiner le code informatique de la technologie. « De fait, nous avons pu développer un logiciel très performant, que mon laboratoire utilise tous les jours. C’est le côté gagnant/gagnant de cet accord », se félicite le chercheur, âgé de 37 ans.
Deepsense, spécialiste de l’authentification biométriqueFondée fin 2018 à Paris, par Yassine Mountacif, (en photo), 29 ans, ingénieur polytechnicien ayant suivi un cursus d’entrepreneuriat à l’UC Berkeley, Deepsense emploie aujourd’hui 20 personnes, avec une dizaine de recrutements en projet pour 2021.
Accompagné de l’incubateur DeepTech français Agoranov, Deepsense a réalisé sa première levée de fonds de 3 millions d’€ auprès du fonds américain SEAF et de business angels fin 2020.
Elle développe une interface de programmation simple d’emploi auprès de ses clients - essentiellement des institutions financières - chargée de vérifier si l’identité d’une personne est réelle à travers une transmission vidéo. « À partir d’une vidéo selfie que nous passons à travers plusieurs algorithmes, nous permettons de valider l’identité d’une personne », précise Yassine Mountacif, le CEO de Deepsense.
(*) Sayens (ex SATT Grand Est) est une SAS de transfert de technologie avec pour actionnaires les universités et écoles d’enseignement supérieur de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est (sauf l’Alsace): AgroSup Dijon, École Nationale Supérieure de Mécanique et Microtechniques (Ensmm), les universités de Franche-Comté, de Lorraine et de Bourgogne, l’Université de Technologie Belfort-Montbéliard (UTBM) et celle de Troyes, le CNRS, l’Inserm, ainsi que l’État opéré par Bpifrance. Son siège est à la Maison de l’Innovation à Dijon et elle a des antennes à Besançon, Nancy et Troyes. L’Alsace fait « bande à part » avec la SATT Conectus.




















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