La situation vaut pour tous les bassins d’emploi, mais celui du Belfort est particulièrement fragile en raison de sa spécificité industrielle, avec deux donneurs d’ordre majeurs, General Electric et PSA. Les élus de la CCI du Territoire de Belfort ne se font aucune illusion quant aux répercussions du confinement sur le devenir d'un certain nombre d'entreprises, mais ils veulent en limiter l'ampleur.


« Nous sommes dans la phase la plus délicate de la crise », expliquait Emmanuel Viellard, vice-président de la CCI du Territoire de Belfort, dans une conférence de presse lundi 15 juin. Un mois après le déconfinement, les chefs d’entreprises savent que c'est maintenant qu’ils doivent prendre les décisions organisationnelles des mois à venir s’ils veulent les concrétiser à la rentrée.

Pour avancer, les élus consulaires attendent de l'Etat qu'il prenne des mesures concrètes afin de limiter les effets de l'arrêt de l'activité et de l'absence de recettes pendant le confinement, et d’une trop lente reprise depuis le déconfinement. Quelle que soient l'activité et la taille de leur entreprise, tous font le même constat. Qu’il s’agisse de l’industrie, représentée par Emmanuel Viellard, PDG de Lisi, du commerce, par Alain Seid, du bâtiment et des travaux publics avec Alain Albizati, trésorier et Patrick Robert, secrétaire, le premier dans une entreprise familiale, le second chez un major, ou encore des services, représentés par Louis Deroin, agent d'assurance et président de la CPME 90.

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Certaines des mesures préconisées sont fiscales : la suppression pure et simple de trois mois d'impôts de production (C3S, CVAE, CFE, TRLPE) et de trois mois de charges patronales, la pérennisation du chômage partiel dans les conditions actuelles, l'incitation aux collectivités territoriales à investir via une avance de TVA, un plan massif de rénovation énergétique dans l'habitat par des incitations fiscales, la TVA à 5,5% pour les travaux chez les particuliers.


D'autres sont organisationnelles, comme l'allègement des conditions sanitaires, la reprise des activités scolaires (annoncée dimanche par le Président de la République pour le 22 juin), l'ouverture des frontières (celle avec la Suisse étant intervenue ce lundi 15 juin).

D'autres, enfin relèvent de la confiance et de ce qu'on pourrait appeler « l'esprit d'équipe territorial. » Parmi ces idées, l’invitation à consommer local, donc dans les commerces de proximité, la lutte contre l'absentéisme (qui va souvent de pair avec la reprise des écoles et collèges), la création d'outils financiers innovants pour mobiliser l'épargne, afin d'aider à reconstituer les fonds propres des entreprises locales.

Autant de mesures qui se veulent correspondre à « la vraie vie » des entreprises, selon l'expression d'Alain Seid, le président de la CCI, et que les chefs d'entreprise terrifortains souhaitent voir prises rapidement par le gouvernement « au-delà des discours. » Tous expriment une attente de visibilité pour arbitrer rapidement et préparer la relance de l’activité.

Une convalescence estimée entre un et trois ans

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De gauche à droite : Emmanuel Viellard, Alain Albizati, Alain Seid, Louis Deroin. © Pierre-Yves Ratti

Les chefs d’entreprise ne cachent pas leurs craintes pour le devenir de leurs affaires et des emplois d'ici à l'automne prochain. Comme à l'échelon national, ils estiment qu’un quart à un tiers des entreprises locales pourraient déposer le bilan. Et même si les commerces et la restauration sont les plus fragilisés, leurs inquiétudes portent aussi sur l’industrie et les services s’y afférant. Car dans le nord Franche-Comté, le poids de l'automobile reste prépondérant.

Le site de PSA Sochaux n'a connu aucune activité ni en avril ni en mai, souligne Emmanuel Viellard, et seulement 60% en juin. 
Pour passer le cap, les sous-traitants de l'automobile n’ont eu de solution que de se satisfaire de leurs stocks, contracter un PGR (prêt garanti par l'Etat), et consommer leurs éventuelles réserves de trésorerie.

Selon le dirigeant de Lisi, la fin du report de charges prévu durant l'été, risque de déboucher sur des cessations de paiement. « Les plans sociaux sont incontournables, avertit-il, et ils se décident maintenant. » D'où la demande de prolongation du chômage partiel et des allègements fiscaux, pour, sinon éviter les suppressions d'emplois, du moins en limiter l'ampleur. « Nous n'avons aucune envie de nous priver des compétences dans nos entreprises ; c'est notre première richesse », souligne Patrick Robert.

Les mesures sanitaires, quant à elles, généneraient une perte de 15% de  la productivité. Dans le bâtiment notamment, elles provoquent un ralentissement des chantiers dans la mesure où certains donneurs d'ordres préfèrent éviter la cohabitation de différents corps de métiers pour limiter les risques de contagion.

A plus long terme, les chefs d'entreprises terrifortains veulent croire en une remise en question de chacun. « Tout est à réinventer, explique Alain Seid. Nous avons un devoir d'optimisme, autrement dit, de savoir détecter des opportunités dans les difficultés. » Des opportunités qui naîtront peut-être de l'expérience du télétravail et des bouleversements des modes de consommation (Internet, vente à emporter, consommation locale).

Cette période de « redimensionnement » et de convalescence est estimée entre un et trois ans. D'où l'impatience des chefs d'entreprise de s'y lancer pour aller le plus vite possible vers un nouvel équilibre.

General Electric renonce à délocaliser des heures pour rattraper son retard

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General Electric, fabricant de turbines à gaz à Belfort et Bourogne, est depuis quelques années dans une situation instable. © Thibaut Quartier/ le Trois
Principal employeur du bassin de Belfort, en direct et par la sous-traitance, General Electric a redonné un vent d’espoir le 12 juin en contractant un accord avec les syndicats, Sud Industrie et CFE-CGC, pour une relocalisation des heures de travail, que le fabricant de turbines avait prévu de transférer en Arabie Saoudite et aux États-Unis pour rattraper son retard dû au confinement.
L’usine belfortaine conserve un volant de 33.000 heures (sur 40.000). Tous au plus, 7.000 heures seront sous-traitées soit auprès du fournisseur Haut-Saônois RFPM, à Villers-sur-Port, soit chez Abrasive Form, installé près de Chicago, aux États-Unis. En contrepartie, 20 samedis consécutifs seront travaillés par une vingtaine de salariés volontaires, que 8 jours de RTT seront reportés en 2021 et le volant d'intérimaires sera renforcé d'ici fin 2020.
Reste maintenant à préserver le projet industriel (Lire ici l'article de Traces Ecrites News) qui s’est dégradé depuis l’an dernier avec 1.400 départs volontaires depuis le début de l’année. Il se sera débattu le mercredi 24 juin à Bercy.
Pendant le confinement, General Electric avait déjà créé un tollé dans le Territoire de Belfort en demandant à ses fournisseurs de baisser sans condition leurs prix de 20 %. Il avait fallu l’intervention du médiateur national des entreprises, au ministère de l’Economie et des Finances pour le faire renoncer. C.P.


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