LOGISTIQUE. Le numéro un mondial du e-commerce préfère Chalon-sur-Saône à la ville toute proche de Beaune pour implanter sa troisième base logistique nationale.

Il refuse, en revanche, de confirmer la construction à terme d’une plate-forme, d’environ 100 000 m2, pourtant spécifiée dans son propre cahier des charges et rappelée par Marc Benner, président de l'agence Bourgogne Développement (*).

Son responsable national de la logistique ne connaît pas non plus le montant des aides publiques allouées et réfute toute intervention politique qui aurait pu favoriser la sous-préfecture de Saône-et-Loire.

Après Montélimar (Drôme) et Saran (Loiret), ses deux centres de distribution nationaux qui emploieraient 1 100 emplois permanents et jusqu’à 4000 en période de pic d’activité, Amazon (48,08 milliards de $ de chiffre d’affaires et 631 millions de bénéfices) en ajoute une troisième à Chalon-sur-Saône (relire : Amazon choisit Chalon-sur-Saône et non Beaune).

Frédéric Duval, directeur des opérations d’Amazon.fr Logistique SAS l’a officiellement annoncé, ce lundi 25 juin 2012, lors d’une conférence de presse un rien langue de bois dans cette sous-préfecture de Saône-et-Loire.

En présence d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif, ancien député et président du conseil général de Saône-et-Loire, qui a fait spécialement le déplacement, le dirigeant du premier site mondial de vente en ligne a affirmé :

«Notre décision découle de l’importance du bassin d’emploi, de la qualité de la main d’œuvre, de l’existence d’un noeud logistique et des services offerts : crèches, écoles…, pour la qualité de vie de nos collaborateurs».

La nouvelle plate-forme d’une superficie de 40 000 m2, dont l’investissement n’a pas été indiqué, s’installera sur la commune de Sevrey, dans l’agglomération chalonnaise sur le parc d'activités Val de Bourgogne et devrait être opérationnelle en septembre.

Elle pourrait créer jusqu’à 1000 emplois, en grande majorité de saisonniers, et 250 CDI, selon François Patriat, le président de région.

Frédéric Duval ne confirme pas, en revanche, la création dans un second temps d’un site d’environ 100 000 m2 spécifié pourtant dans le cahier des charges d’Amazon et que de nombreuses sources nous ont indiqué avec précision.

Beaune dénonce la méthode

À Beaune (Côte-d’Or), l’autre ville bourguignonne en concurrence pour accueillir le projet, on s’étonne du choix final du géant du e-commerce et de la méthode pour l’annoncer.

«Nous l’avons appris de votre bouche la tenue de cette conférence de presse à Chalon, sans même en avoir été préalablement informé par Amazon, ce qui est contraire à l’élémentaire des politesses», dénonce Alain Suguenot, le député-maire de la capitale du vin de Bourgogne.

L’élu pousse le bouchon plus loin. Il suspecte une intervention politique au plus haut niveau de l’Etat, en visant directement Arnaud Montebourg, pour faire pencher la balance.

«Je suis content pour la Bourgogne et les emplois à venir, car au départ le projet était prévu sur Metz ou Stuttgart, reste que je veux connaître les véritables critères en faveur de Chalon», interroge l’élu.

Selon lui, le dossier beaunois est objectivement bien meilleur, tant en termes de locaux locatifs adaptés, de fibre optique immédiatement disponible, de desserte, d’emplois saisonniers mobilisables que de terrain disponibles à seulement 800 mètres pour construire la future plate-forme.

«Si j’apprends que des aides supplémentaires, notamment de l’Etat ont été promises, alors je monterai au créneau», assure Alain Suguenot.

«Je peux certifier que nous n’avons pas été influencés politiquement et que le montant des subventions par emploi créé, dont je ne connais pas le détail exact, n’a pas joué», certifie Frédéric Duval.

«Arnaud Montebourg n’est pas intervenu au bénéfice de Chalon, il cherche simplement à récupérer politiquement le dossier qui le change de son combat quotidien pour éviter la fermeture de sites», argumente un interlocuteur de son ministère.

Pour le reste, on s’étonnera tout de même que l’ancien directeur financier qu’est Frédéric Duval ne connaisse pas la manne publique qu’il va recevoir, d’autant qu’elle risque d’être substantielle : jusqu'à 4500 € par contrat à durée indéterminée.

(*) Verbatim de Marc Benner, président de l’agence Bourgogne Développement

«Amazon est entrée en contact avec Bourgogne Développement via l’Agence Française des Investissements Internationaux dont nous sommes l’interlocuteur unique en Bourgogne. Nous étions alors mis en compétition avec d’autres régions françaises ainsi que Stuttgart. Pour rester dans la course et mettre toutes les chances de notre côté pour l’emporter, nous avons dressé avec la direction France d’Amazon, un dossier d’études de leur projet répertoriant tous leurs besoins techniques, humains et logistiques. Amazon souhaite louer dans un premier temps un bâtiment d’au moins 40 000 m2 ; dans une seconde phase, Amazon envisage de construire 100 000 m2 pour leur extension. Bourgogne Développement a, au fur et à mesure de ces échanges, affiné la liste de leurs exigences pour préparer la seconde étape déterminante, la visite en région. Nous avons ensuite transmis le cahier des charges aux partenaires territoriaux. Les dirigeants d’Amazon ont, grâce à notre intermédiation qui s’appuie sur les réseaux éprouvés d’«Invest Burgundy» et des acteurs économiques bourguignons, trouvé une solution d’implantation qui leur convient. Du premier contact à la visite en région et à la prise de décision, seuls trois mois se sont écoulés. Une réactivité qui a payé».

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