A Behren-lès-Forbach (Moselle), le spécialiste français de la vente de puzzles en ligne ajoute la pièce qui manquait à sa stratégie : la production industrielle. Alizé Group fabriquera à la rentrée ses deux marques sur son site mosellan, jusqu’alors sous-traitées en Pologne et en Turquie. Le soutien du fonds de relocalisation et les ventes exceptionnelles de l’an passé l’ont convaincu à franchir le cap.


« Les Français sont les troisièmes plus importants adeptes de puzzles en Europe, pourtant notre pays ne compte aucun fabricant », s’étonne Éric Lathière-Lavergne, le président d’Alizé Group. Le distributeur de Behren-lès-Forbach (Moselle), via son site planet’puzzles.com, va combler ce vide.
Le Plan de relance a fonctionné comme le déclencheur d’un investissement de 2,6 millions d’€ synonyme de 17 recrutements a minima. Dans son bureau, le dirigeant déballe un emporte-pièce qui découpera ses premiers puzzles à la rentrée. Il viendra équiper une presse qui sera couplée à une machine à impression numérique, une vernisseuse industrielle, etc.

A terme, la PME de 30 salariés également implantée en Allemagne compte fabriquer en France l’essentiel de ses deux marques, Grafika et BlueBird. Le tout sans hausse de prix, assure le dirgeant. – il faut compter 10 euros pour un 1.000 pièces. L’entreprise conservera cependant une part de sa production en Pologne et en Turquie. Pour l’anecdote, c’est son partenaire turc qui a permis à Alizé Group de décrocher dernièrement le record du monde du plus important nombre de pièces. 54.000 !

 

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L’année 2020 et ses longues soirées de confinement ont fait exploser les ventes de ce jeu de patience. Cet engouement a donné à l’entreprise les capacités de financement nécessaires à son projet, à savoir 2 millions d’€ d’Ebitda (ratio financier de rentabilité opérationnelle) pour un chiffre d’affaires de 11 millions d’€.
Le fonds de soutien à l’investissement industriel du Plan de relance et la Région Grand Est ont allumé l’étincelle nécessaire avec respectivement 650.000 € et 260.000 € d’aides. « Ces fonds publics restent en Europe puisque nous achetons la quasi totalité de nos équipements sur le vieux continent », résume le dirigeant.


Alizé Group mûrissait ce projet depuis cinq ans. Mais des chantiers prioritaires l’avait laissé en suspens, comme la construction d’un entrepôt qui, avec la location d’un autre bâtiment, lui permet de disposer de 5.500 m² d’ateliers à Behren-lès-Forbach. Par ailleurs, le dirigeant ne souhaitait pas mettre en péril l’équilibre de la société en engageant le nantissement de ses titres et ses garanties personnelles ainsi que celles de ses deux associés.


Amateur de formules, Éric Lathière-Lavergne cite Victor Hugo. « Rien ne peut arrêter une idée dont le temps est venu. » Le moment de la relocalisation est donc arrivé. Le dirigeant en veut pour preuve la demande des géants de la grande distribution en loisirs « made in France », même si Alizé Group réalise l’essentiel de son chiffre en ligne.
Parallèlement au déploiement de ses propres marques (40% des ventes), l’entrepreneur compte étoffer son panel de références étrangères, à l’instar de l’américain SunsOut dont il est le distributeur exclusif pour l’Europe.



Risques de surcapacités industrielles

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5.500 m² d’entrepôts à Behren-lès-Forbach. © Philippe Bohlinger

 
Éric Lathière-Lavergne s’est fixé un horizon « raisonnable » à 25 millions d’€ de chiffre d’affaires d’ici cinq ans et un autre  objectif presque trois fois plus élevé.  L’homme n’est pourtant pas un doux rêveur. Converti au réalisme par son parcours entrepreneurial (Lire l’encadré), il a conscience que le regain d’intérêt du public pour ce jeu génère des investissements également chez ses concurrents, avec des risques de surcapacités à terme.

Mais le dirigeant a envisagé tous les scenarii : « Une équipe d’une dizaine de personnes suffira à faire tourner notre ligne de production pour fabriquer un million de boîtes par an. A ce rythme ça sera déjà très rentable. Et en fonction de la demande, nous pourrons ajouter une, voire deux équipes supplémentaires. »

Surtout, la ligne industrielle dote l’entreprise de deux atouts : la possibilité de fabriquer des petites séries grâce à l’impression numérique et la réduction des délais de livraison. « Un produit personnalisé sur lequel il n’existe pas de délais ? C’est le puzzle idéal ! », conclut-il.

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Qui est Éric Lathière-Lavergne ?

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Etudiant en maths-physiques, Éric Lathière-Lavergne a tué le temps en assemblant compulsivement des puzzles. Les prémices de sa success-story actuelle ? Pas vraiment. L’homme se définit avant tout comme un spécialise de la vente en ligne.
Le président d’Alizé Group a d’ailleurs déjà eu plusieurs vies entrepreneuriales. Fondateur d’Avenue des Jeux en 2004 à Vieillevigne (Loire-Atlantique), il a fait prospérer cette société de vente de jouets sur Internet avant de devoir la céder en 2013 sous le coup d’une procédure de redressement judiciaire.
« J’ai fait les frais de la montée en puissance du géant du e-commerce Amazon », analyse le dirigeant. Le passionné n’en a pas moins remonté un projet dans la foulée. Dans le puzzle cette fois. Pour que sa nouvelle idée prospère, il s’est implanté au cœur de son marché, l’Europe. « J’ai pris ma voiture pour remonter la frontière franco-allemande de Mulhouse au Luxembourg jusqu’à trouver un entrepôt », raconte l’intéressé. Alizé Group était né !

Photo : Éric Lathière-Lavergne, le président d’Alizé Group. © Philippe Bohlinger

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