Créer Demain : en baptisant ainsi ses journées consacrées à l’entrepreneuriat et l’innovation qui se sont déroulées fin novembre à Chenôve, dans l’agglomération de Dijon, l’Agence Régionale de Développement (AER) de Bourgogne-Franche-Comté a fait le tour des modèles économiques disruptifs, ceux qui peuvent changer le quotidien de l’entreprise. Digitalisation et automatisation bien sûr, mais aussi écoconception et management moins vertical. Quelques découvertes au fil des stands et des conférences.


• Avec des tonneaux usagers, L’ Autre Part des Anges fabrique des lunettes


Jean-Baptiste Bouvier donne une seconde vie aux fûts usagés, que les viticulteurs remplacent régulièrement par des neufs. Dans le bois du cœur de la douelle (la planchette qui sert de base à la fabrication d’un tonneau), ce designer qui a fait une grande partie de sa carrière dans la lunetterie dans le Jura, découpe des montures de lunettes. « Dans un fût, on peut faire 40 paires de lunettes », le dirigeant de l'Autre Part des Anges. Un travail entièrement artisanal, réalisé avec la complicité d'un ébéniste à Saint-Claude, du fabricant de lunettes Ellaps à Champagnole pour les charnières des branches, et de Dalloz Créations à Saint-Claude pour les verres de lunettes. « Il y a juste les vis [ pour les charnières, Ndlr ] que je n’ai pas trouvées en France et qui viennent d’Italie. »
L’idée de recycler ainsi les tonneaux est venue d’une rencontre avec le vigneron Jean-François Gavenat, producteur de vin du Jura. Dans quelques fûts que le viticulteur lui a confié, Jean-Baptiste Bouvier a taillé des montures de lunettes, signées du nom du domaine et offertes en cadeau à ses meilleurs clients. Même opération avec  le Bourguignon Jacques Carillon à Puligny-Montrachet. « En marketing, cela se nomme des goodies. » Une autre rencontre avec, cette fois, un opticien le convainc de mettre ces lunettes pas comme les autres sur le marché. La mise en place d’un réseau suit son cours. L’idée plaît : aux journées Créer Demain, Jean-Baptiste Bouvier dit avoir eu une trentaine de demandes d’achat.

 

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• Le plasturgiste Simon ajoute une puce aux pochettes souples

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Christophe Bertrand, PDG de Simon SA, transforrme la banale pochette souple – ici le format pour carte bancaire –, en objet connecté. © Traces Ecrites

Une pochette souple, tout le monde en a une : pour ranger sa carte bancaire, son chéquier, sa carte grise, ses ordonnances, etc. Simon SA à Avallon (Yonne) en fabrique 10 millions par an. Lorsqu’il a racheté l’entreprise il y a 2 ans, Christophe Bertrand [ Lire ici l'article de Traces Ecrites News lorsqu'il est devenu lauréat du réseau Entreprendre Bourgogne ] avait six projets d’innovation dans la tête. Il en concrétise un cette année : la pochette connectée. Une puce insérée dans le plastique peut recevoir toutes sortes de messages : un lien de connexion sur un site Internet, une publicité, une information.
L’utilisateur scanne la puce avec son smartphone et accède au message, sécurisé via une plateforme numérique. Le commanditaire, banque, distributeur d’un produit de grande consommation ou commerçant, enrichit cet objet banal en lui donnant une fonction de relation avec son client. Un brevet a été déposé début 2019. Plusieurs exemplaires de pochettes connectées sont en phase de test dans des pharmacies, des banques et des magasins de sports et loisirs.

 

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L'acier super costaud de Miniabilles. Lorsqu’il reprit l’entreprise paternelle, en 2017, Maxime Sandoz avait un défi à relever : trouver les débouchés commerciaux pour une nouvelle bille d’acier que son père, Jean, ingénieur en mécanique spécialisé dans la métallurgie des poudres, avait mis au point. Son alliage mixte, titane et acier, la rend plus résistante à l’usure et permet d’obtenir un frottement sans grippage malgré des charges élevées.  Ces billes en acier ne sont pas destinées aux cours de récréation, mais permettent la friction dans les machines industrielles.
La perspicacité conduit le jeune diplômé de l’école d’ingénieurs Sigma à Clermont-Ferrand sur les marchés de l’aéronautique et du spatial. Un travail avec les experts du Cetim  – lire encadré  –,  a débouché sur d’autres géométries avec le même matériau pour réaliser du broyage de poudre ou de peinture. Une aide de 45.000 € de Bpifrance va l’accompagner dans d’autres diversifications de la production historique de Miniabilles, située dans la Nièvre, à Saint-Gratien-Savigny, qui est les billes en carbure de tungstène.


• GP Portail digitalise son modèle de vente et de production

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GP Portail est en train de mettre en place un boutique en ligne qui déclenche automatiquement la fabrication de la commande. © GP Portail

C’est un projet très ambitieux que développe la menuiserie GP Portail, basée à Pont-sur-Yonne (Yonne). Une commande en ligne depuis un site Internet dédié va déclencher automatiquement la fabrication de ses portails et clôtures, en aluminium et PVC.  Pour automatiser le process, les produits sont repensés. Ni vis, ni soudure, ni joint : Nicolas Garnerone, PDG de cette PME de 25 salariés, ne s’attarde pas sur la technique mise en œuvre, son projet n’est encore bouclé.
Mais l'objectif est clair : réduire le délai entre la commande et la livraison, à 15 jours. Trois fois moins qu’aujourd’hui ! La boutique en ligne pour les particuliers est déjà opérationnelle. C’est en formulant ce besoin aux équipes du Cetim, « afin de ne pas dépendre de la grande distribution », que le dirigeant a remis à plat la totalité de l’organisation de ses ateliers. Un site B to B, de mise en relation avec les installateurs et artisans, est en préparation, et un réseau d’agents commerciaux est en construction.

 

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• Habitat EcoRes imagine une nouvelle forme d’habitat

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L'habitat de demain selon Habitat EcoRes : des maisons modulaire en bois, sur pilotis voire sur caissons de flottaison. © Habitat EcoRes

Programmateur informatique et bricoleur avisé, Bruno Gobert a imaginé  une autre forme d’habitat, basée sur l’analyse du cycle de vie qui consiste à évaluer l'impact environnemental de toutes les étapes de la vie d'un produit, de sa fabrication à son éliminination, en passant par son utilisation et son transport.
Lui qui se dit un homme de la nature, mais ni un architecte, ni un thermicien, et pas davantage un constructeur, a développé une structure en bois qui combine les techniques du poteau poutre et de  l’ossature bois – avec une « une bande comprimante entre les deux, servant à la fois d’étanchéité et de protection sismique », précise t-il. Autre particularité : la maison est sur pilotis qui peuvent être remplacés, dans les zones inondables, par des caissons de flottaison.
Le projet Habitat EcoRes est encore en incubation chez DECA BFC à Besançon. Il devrait se transformer en société d’ingénierie au premier trimestre 2020. La fabrication et le montage seront réalisés par un réseau d’artisans, en premier lieu en Bretagne « où les gens sont plus sensibilisés au bois que dans l’Est », puis dans les régions forestières, le Morvan, le Jura, le Sud-Ouest. Première livraison espérée fin 2020.

 

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• Micro Erosion pratique le management par la confiance

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L'innovation dans l'entreprise passe aussi par le management, selon Alain Laude, PDG de Micro Erosion, surtout pour la nouvelle génération de salariés. © Stywell Bouvot/ Agence Sequane

L'innovation n'est pas réservée à la technique, elle peut s'appliquer aussi au management. Implantée à Pontarlier, à la frontière suisse, Micro Erosion a une localisation délicate pour garder du personnel qualifié et jeune (80% des salariés ont moins de 35 ans) qui pourrait être tenté par les salaires plus avantageux du pays voisin. Alain Laude qui a créé cette PME d'usinage de précision (chiffre d'affaires de 2,6 millions d'€, 26 salariés) il y a 20 ans, a mis en place un management que l'on pourrait qualifier de participatif. « Je délègue beaucoup et le pouvoir de décision se situe à tous les niveaux de postes », explique t-il.
Les opérateurs ne sont pas de simples exécutants, ils suivent un projet de bout en bout, de l'étude de plan à la programmation et au réglage de la machine. Une ou deux réunions hebdomadaires avec les équipes de production permettent d'aborder tous les sujets, les commandes en cours, l'organisation, la qualité etc. Cette confiance, que le dirigeant dit toute naturelle, faisant partie de sa culture, se double de conditions sociales appréciables, comme la semaine de 4 jours ou pour certains postes, le télétravail. L'innovation technique, « même si parfois on prend des risques » est aussi un letimotiv pour fidéliser ses salariés.

Les Journées Créer Demain ont donné l’occasion aux services, publics et privés, d’accompagnement des entreprises de se faire connaître des porteurs de projets.
Ce fut le cas du Cetim (CEntre Technique des Industries Mécaniques). « Tous les entrepreneurs ont des idées mais beaucoup n’aboutissent pas, faute de temps ou d’absence de ressources internes », explique Gérard Vallet, délégué régional du Cetim. Cette fin d'année, il clôture une première phase du programme Coriin (pour Compétitivité et relocalisation par l’industrialisation de l’innovation) destiné à aider les entreprises à concrétiser leurs projets d'innovation.
Lancé en Bourgogne-Franche-Comté avant d’être généralisé aux autres régions, et financé par le conseil régional, l’Europe et le Cetim lui-même, ce programme d'accompagnement comprend des missions d’expertise, financière, commerciale et technique qui valident chaque étape d’un projet d'innovation, permettant au chef d’entreprise de décider en connaissance de cause sa poursuite ou non.
« Une PME de 25 personnes n'a pas les capacités à s'offrir une force de frappe constituée de plusieurs consultants en stratégie, gestion de projet, finances et digitalisation », témoignait Nicolas Garnerone, dirigeant de GP Portail.
2 commentaire(s) pour cet article
  1. Vincent Lapierredit :

    Superbe rencontre avec L’ Autre Part des Anges, concept très original et passionnant ! Je vous souhaite un très beau développement. Vincent Lapierre - MK3D

  2. Patrick Dutartredit :

    Superbe manifestation, au bon endroit, avec les bons acteurs et une bonne organisation!! bref un vrai succès qui devra être renouvelé dès l'année prochaine!!! A noter que les petites mains qui accueillaient, guidaient, aidaient les congressistes étaient les étudiants du master Management et Innovation en Biotechnologies et leur association Biochallenge, association qui cherche à développer les relations entre le monde des étudiants universitaires et celui des entreprise set de l'innovation... Une expérience innovante pour eux aussi, une occasion de voir le fonctionnement d'une manifestation de ce genre, de développer leur réseau à un moment où leur recherche de stages et leur projet professionnel se finalisent. Merci à l'AER de leur avoir donné cette opportunité.

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