Le développeur de la technologie des « plantes à traire » Plant Advanced Technologies à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), tire les bénéficies de l’alliance nouée en 2018 avec le chimiste suisse Clariant. Les deux partenaires viennent de mettre sur le marché un nouvel actif cosmétique extrait des racines de la patate douce.


Dans les serres de Plant Advanced Technologies (PAT) à Laronxe (Meurthe-et-Moselle) les plants de patates douces s’épanouissent sur de vastes tables de culture. Il ne faut cependant pas s’y tromper. Ce sont avant tout les racines qui intéressent la biotech fondée en 2005 à Vandœuvre-lès-Nancy, dans l’agglomération de Nancy.

Sa technologie de « plantes à traire » vise à extraire des organes souterrains de ce végétal, une substance active en cosmétique sur le contour des yeux. Le produit développé autour de cet actif naturel a été lancé en avril dernier par l’un des partenaires de PAT, le chimiste suisse Clariant. « Près de 150 échantillons nous ont été demandés à travers le monde, ce qui est très prometteur pour un produit qui ne devrait atteindre sa maturité sur le marché que d’ici quatre à cinq ans », éclaire Samy El-Khoury, en charge des ingrédients naturel chez Clariant.

 


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Les deux entreprises ont déjà lancé quatre actifs cosmétiques depuis le scellement de ce partenariat en 2019. « Plusieurs autres sont dans notre pipe-line, à raison d’un nouveau lancement par an », se félicite Frédéric Bourgaud, vice-président de PAT. Ce rapprochement s’est traduit par une prise de participation de Clariant à hauteur de 10% du capital du groupe de 60 salariés coté sur Euronext Paris (2,3 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2021).

Jean-Paul Fèvre, le président de PAT détaille le système de culture aérienne utilisé pour cultiver la patate douce, ainsi que de nombreuses autres espèces. Une centaine est étudiée chaque année à Laronxe, mais aussi dans la filiale PAT Zerbaz à la Réunion pour des utilisations en cosmétique, mais aussi les industries pharmaceutiques, des compléments alimentaires et de l’agrochimie.

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Les racines de la patate douce prennent une couleur rose clair, signe qu'elles regorgent de molécules actives. © Philippe Bohlinger


L’entreprise commence par soigner ses hôtes. Toutes les trois minutes, elle vaporise les racines d’une solution nourricière composée d’eau et de minéraux et stimule leur production d’actifs par différentes technologies de génie biologique. « Ces stimulations entraînent une surproduction de molécules de défense au niveau racinaire. Les teneurs peuvent-être multipliées par 10 voire 1000 par rapport à une culture en plein champ », poursuit le président de PAT. Dans le cas de la patate douce, les racines prennent une couleur rose clair, signe qu'elles regorgent de molécules actives comme les polyphénols ou les anthocyanes.

Les « machines à traire » entrent en action une fois les organes souterrains suffisamment étoffés. Ce procédé industriel repose sur le principe de double macération.

Les tables de culture sont placées au-dessus d’un bain de solution hydroalcoolique dans lequel sont plongées les parties racinaires. En trente minutes, cette première macération extrait 80% des principes actifs. Ensuite la plus grande partie des racines est coupée par un système automatisé puis macèrent pendant 24 à 48 heures, afin de récupérer les 20% des actifs restants. Les plantes repartent pour leur part dans leur zone de production pour un à trois mois de culture.

Les solutions ainsi obtenues passent à travers un système de nanofiltration qui permet de concentrer dix à vingt fois le liquide. « Dès lors que nous recevons un ordre de fabrication, nous assemblons les lots et terminons cette préparation par une filtration profonde afin de livrer des conditionnements de 1 à 25 litres », conclut Jean-Paul Fèvre.


 Transfert d’un laboratoire de Nancy

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Les « machines à traire » de PAT entrent en action une fois le réseau racinaire suffisamment étoffé. © Philippe Bohlinger


L’entreprise, bâtie sur un transfert de technologie du Laboratoire agronomie et environnement (Université de Lorraine, Inrae) à Nancy, est intégrée de A à Z. En bout de chaîne, sa filiale belge Straticell, acquise en 2015, lui permet de tester elle-même ses actifs cosmétiques, mais aussi ceux d’autres laboratoires.

Le procédé d’extraction de PAT atteint cependant ses limites, en termes de coût, lorsqu’il s’agit de récupérer une molécule pour la pharmacie ou l’agrochimie. La société innovante confie alors le projet à sa filiale Cellengo fondée en 2020. « Dans le cas de la patate douce, nos recherches nous ont amené à découvrir que la substance anti-inflammatoire contenue dans son système racinaire pouvait s’avérer intéressante à plus forte concentration pour des applications pharmaceutiques », détaille Frédéric Bourgaud. Cellengo a étudié la manière dont la plante synthétise l’enzyme productrice de cette substance. « Ensuite, nous avons programmé génétiquement une levure pour fabriquer cette fameuse enzyme .»


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Cette technologie d’ingénierie métabolique a permis à PAT de développer un actif pharmaceutique contre le psoriasis. Le projet porté par la société de projets Temisis, filiale à 100% du groupe, termine actuellement la phase d’étude pré-clinique. Elle vise rien moins que le marché de l’aprémilast, la molécule de référence contre cette maladie de peau, indique Temesis.

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