Le groupe familial Manuloc bouclera au premier semestre 2024 l’acquisition d’une société française de leasing financier. Cette opération permettra au distributeur lorrain de matériels de manutention, présent partout en France, d’élargir son périmètre à la location de solutions bas carbone.


Le tournant est qualifié « d’historique », ni plus ni moins. La présidente de Manuloc, Catherine Barthélémy, a annoncé le 14 mars dernier l’élargissement du périmètre de son groupe basé à Metz (Moselle) à « l’ensemble des solutions utiles à la décarbonation. »  Alors que l’entreprise de 1.100 personnes pour un chiffre d’affaires de 430 millions d’euros en 2023 s’apprête à célébrer ses 60 ans cette année, la dirigeante focalise son regard sur son nouveau challenge : le leasing financier de centrales solaires photovoltaïques, pompes à chaleur, batteries de stockage d'énergie, chargeurs intelligents, etc.

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Le distributeur de matériels de manutention, fondé en 1964 et propriétaire d’un parc de 23.000 unités en location longue durée (chariots élévateur, matériels de petit magasinage, etc.), ne se lance pas seul. Il s’offre les services d’un spécialiste française du leasing financier : une société réalisant environ 100 millions d’€ de chiffre d’affaires dont il bouclera l’acquisition au premier semestre 2024.

Si le nom demeure confidentiel pour le moment, Manuloc donne davantage de détails sur sa stratégie. Tout d’abord, la bonne santé financière du groupe, détenu à 77% par la famille Barthélémy et à 23% par le Crédit Mutuel, offrait d’intéressantes marges de manœuvre en vue d’une opération de croissance externe. « Notre chiffre d’affaires a progressé de 30% ces cinq dernières années et notre Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, amortissement, etc.) avoisine 40% du chiffre d’affaires annuel, ce qui nous donne énormément de moyens de développement », livre la présidente de Manuloc.

 

Partenariat avec le Chinois BYD 

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Les batteries électriques lithium-ion équipent déjà un certain nombre des engins, comme l’explique Philippe Woff, directeur de l'exploitation du groupe Manuloc. © Philippe Bohlinger.


Il devenait urgent de ne plus attendre, dans un contexte où les clients sont confrontés aux nouveaux objectifs du dispositif « Eco énergie tertiaire » imposant une baisse de 40% des consommations énergétiques dans les bâtiments à usage tertiaire, à l’horizon 2030. « Notre groupe a souhaité pouvoir leur apporter une réponse globale ; avec ou sans location d’engins de manutention », explique Johann Peyroulet, directeur général délégué de Manuloc.

Certains de ses fournisseurs, fabricants d’engins de manutention, sont déjà montés dans le train de la transition énergétique, en diversifiant leur catalogue. L’Italien Pramac commercialise des stations de stockage de l’énergie par batteries. Le chinois BYD vend des batteries lithium-ion, des chargeurs intelligents, des panneaux solaires photovoltaïques, etc. Manuloc lui-même avait déjà mis un pied dans la transition énergétique. Le groupe a fait évoluer ces dernières années son parc de 9.000 chariots élévateurs frontaux et il ne compte plus qu’un tiers d’engins à motorisation thermique (gaz, fioul) pour deux tiers en électrique.

Il a enfoncé le clou courant 2023 en signant un nouveau partenariat avec le nouveau géant chinois BYD, devenu le premier constructeur mondial de véhicules électriques, devant Tesla. Une centaine d’engins alimentés par des batteries lithium-ion a été acquise. Par rapport aux modèles traditionnels, Manuloc explique qu'elles bénéficient d’une durée de vie trois fois supérieure, de coûts de maintenance réduits, d'un temps de charge moindre, etc.

 

Centre de remanufacturing à Besançon

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Johann Peyroulet, directeur général délégué du groupe messin, présente les chargeurs intelligents que Manuloc va commercialiser avec les batteries lithium-ion. © Philippe Bohlinger.


En matière de décarbonation, le groupe lorrain mise également sur le reconditionnement de matériels usagés. Si cette activité « a toujours existé dans les ateliers Manuloc en parallèle de la préparation des équipements neufs » pointe Catherine Barthélémy, il promeut davantage cette économie circulaire au travers de son centre de « remanufacturing » de Besançon, renforcé ce mois de mars 2024 par l’ouverture d’un second atelier spécialisé à Lens (Pas-de-Calais).

En outre, le leasing financier ouvre à Manuloc les portes d’un marché européen. En effet, son métier « historique » de location de matériels avec services de maintenance associés rendait jusqu’à présent périlleuse toute aventure hors de son périmètre hexagonal, exception faite d’une solide implantation au Luxembourg voisin et de l’accompagnement de Renault, l'un de ses cinq plus importants clients, dans son usine roumaine. 

 (3) SUPPLY CHAIN 2024

Cette activité de location « opérationnelle » propre au groupe s'exerce au  sein de 18 ateliers répartis partout en France et mobilise 750 experts techniques. A l’inverse, le leasing de batteries de stockage ou encore de centrales solaires photovoltaïques nécessite pas ou peu de services associés, donc pas de personnels.

L’entreprise collabore avec 150 marques différentes auxquelles ses salariés sont formés via une école interne. « Nous cherchons à travailler avec les meilleurs de la classe, ce qui implique de tester les produits », insiste Johann Peyroulet. Au final, la solution de Manuloc a également vocation à simplifier le virage des industriels, dans la mesure, explique le groupe, où elle intègre le coût de la transition énergétique dans des charges d’exploitation et non dans les dépenses d’investissement.

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