La jeune pousse créée en 2021 dans la cité comtoise développe un matériau acoustique programmable qui stoppe le bruit en laissant passer l’air. Vibiscus vient de boucler une levée de fonds d’amorçage et travaille à la mise sur le marché d’un premier produit adapté aux systèmes de ventilation des transports publics.
Faire circuler l’air tout en bloquant le bruit. La prouesse technologique réalisée par Vibiscus se double d’une promesse sociétale : lutter contre la pollution sonore. « L'enjeu est colossal : le bruit a des effets sur la santé, on peut même en mourir », rappelle Gaël Matten, le président de cette start-up de Besançon (Doubs) en citant une étude (*) qui a évalué à 147 milliards d’€ par an le coût social du bruit en France.
Avant de créer Vibiscus en 2021, le dirigeant et les deux autres fondateurs, Manuel Collet et Morvan Ouisse, travaillaient ensemble sur les vibrations et l’acoustique. Au sein du département de mécanique appliquée de l’institut de recherche bisontin Femto-St, ils ont mis au point des systèmes acoustiques basés sur des matériaux programmables.
Ce procédé breveté, les trois chercheurs, associés à l’investisseur Robin Rivaton, espèrent l'amener désormais jusqu’à l’industrialisation. La jeune entreprise innovante vient d’atteindre un premier palier important en bouclant une levée de fonds d’amorçage d’environ 2 millions d’€ : 400.000 € d’augmentation de capital auprès du capital-développeur UI Investissement et le reste en dette bancaire, obligations convertibles et subventions publiques (État et région Bourgogne-Franche-Comté). Ce tour de table permettra de renforcer l’équipe en passant de 5 à 10 salariés d’ici début 2024.
Le matériau acoustique de Vibiscus est formé par l’association de cellules contenant des membranes et des capteurs. Assemblables comme des legos, ces modules sont nourris d’intelligence artificielle et contrôlés électroniquement afin de modifier la pression et la vitesse de l’air qui les traverse. « On peut conférer à n’importe quelle surface la propriété d’absorber le bruit dans un encombrement réduit. C’est comme un super amortisseur pour dépolluer l’air », compare Gaël Matten. Le volume sonore serait ainsi diminué de 40 décibels.
L’invention est particulièrement adaptée aux basse fréquences. Soit le type de nuisances sonores émises par les systèmes de ventilation des transports publics. Il n'est pas étonnant, dès lors, que la RATP ait retenu, en mai dernier, la deepetch bisontine dans son accélérateur de start-ups.
Applications à venir dans le bâtiment

Une telle rampe de lancement est idéale pour la jeune société qui avait été auparavant incubée par la structure régionale Deca-BFC et qui est hébergée par la pépinière de Temis Innovation, à la maison des microtechniques. Des prototypes sont testés dans les transports parisiens et chez des industriels. « La mise en relation avec les acteurs du ferroviaire et les services de la RATP nous donne accès à énormément de cas d’usage », se réjouit Gaël Matten. En participant, en juin dernier, au salon VivaTech de l'innovation technologique à Paris sur le stand de l’opérateur francilien, Vibiscus a pu enregistrer « une cinquantaine de contacts qualifiés », rapporte son dirigeant.
La mise sur le marché des systèmes conçus par la start-up et fabriqués par des sous-traitants français est espérée à l’horizon 2027-2028. Au-delà des premières applications pour les transports, Vibiscus cible aussi le marché du bâtiment à moyen terme. Conséquences indirectes du réchauffement climatique, la multiplication des pompes à chaleur – bruyantes pour le voisinage – ainsi que le recours accru aux solutions de ventilation naturelle – à coupler avec une isolation phonique - offrent en effet de belles perspectives à cette innovation de rupture. Qui pourrait bien faire du bruit, mais au sens figuré...
(*) Etude réalisée par le Conseil national du bruit et l’Agence de la Transition écologique (Ademe), dont les résultats ont été publiés en juillet 2021.

















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