Passée dans le giron du groupe suisse Coltène, l’entreprise spécialisée depuis plus d'un siècle dans les instruments de chirurgie dentaire poursuit sa mue industrielle et commerciale. D’ici à 2025, 8 millions d’€ seront injectés dans un programme qui se traduira notamment par la restructuration du site historique de Micro-Mega à Besançon.
En 1905, Etienne Garnier créait Micro-Mega dans le quartier Saint-Claude à Besançon. Deux ans plus tard, il rencontrait un succès mondial en inventant le premier tire-nerf dentaire, un petit outil mécanique utilisé en endodontie. Près de 120 ans ont passé et l’entreprise, qui emploie 110 salariés et une trentaine d’intérimaires est toujours experte, sur le même site, de la conception, fabrication et distribution d’instruments de cette partie de la médecine dentaire traitant les racines des dents et les maladies liées à la pulpe dentaire.
La continuité n’empêche pas la remise en question, tout au contraire. Pour survivre sur un marché de niche très concurrentiel, la société centenaire a dû complètement se réinventer. Elle veut ainsi conserver une longueur d’avance et maintenir ses savoir-faire spécifiques en micromécanique : le taillage, le traitement thermique, l’usinage et l’assemblage de plus de 3.000 références d’instruments.
Un premier virage a déjà été amorcé à partir de 2013, avec la reprise de Micro-Mega par le petit groupe allemand Sanavis. La modernisation de l’outil industriel, l’automatisation de certaines opérations et la réorganisation des process ont permis d’améliorer la productivité et la rentabilité de l’entité bisontine. Une nouvelle étape a été franchie, après l’opération de fusion-acquisition menée en 2018 par le suisse Coltène, spécialisé dans les consommables dentaires (1.300 collaborateurs dans le monde, 280 millions d’€ de chiffre d’affaires).
Adossée à ce groupe coté à la bourse de Zurich, l’entreprise centenaire passe à présent à la vitesse supérieure : elle injecte, dans les trois prochaines années, 8 millions d’€ dans un programme d’investissement baptisé « Ambition 2025 ». « Notre objectif est de passer d’un chiffre d’affaires situé entre 16 et 20 millions d’€ à 30 millions d’€ en 2025 », annonce Stéphane Claude, le directeur de Micro-Mega.
Nouvelle stratégie commerciale

Pour y parvenir, l’industriel se concentre sur son cœur de métier, à savoir le taillage et l’usinage, après avoir externalisé l’injection plastique – via VP MedTech, la nouvelle filiale du groupe du haut-Doubs Lamenplast – et redéployé les activités d’assemblage et d’emballage au plus près de ses clients, en Chine et au Brésil.
« Ambition 2025 » repose également sur une nouvelle stratégie commerciale avec le lancement d’une marque générique Gen-ENDO, complémentaire des gammes existantes. « En termes de prix, celle-ci est positionnée de manière plus agressive pour faire face à l’arrivée de concurrents asiatiques », précise le dirigeant. Stéphane Claude mise aussi sur la fabrication en marque blanche, un segment en fort développement grâce au nouveau règlement européen sur les dispositifs médiaux en vigueur depuis 2021. Le rehaussement du niveau d’exigence offre une opportunité aux fabricants européens, que la société franc-comtoise compte bien saisir afin de gagner des parts de marché.
La lime « anti-casse », une innovation prometteuse

Autre levier de croissance : l’avancée technologique. En 2021, Micro-Mega a lancé un programme de recherche appliquée, e-Endo, en collaboration avec la faculté d’odontologie de l’université de Lorraine à Nancy, autour du « cabinet digital » et de la numérisation des soins de la pulpe dentaire. Présentée comme « unique en Europe », cette collaboration dispose d’un budget de 3 millions d’€ sur trois ans.
Les résultats ne se sont pas fait attendre : dès novembre dernier, l’équipe d’une dizaine de chercheurs a dévoilé un projet de lime intelligente « anti-casse », pour lequel deux brevets ont déjà été déposés. L’industrialisation du premier prototype est en cours. « Une lime qui se brise peut entraîner une infection, elle représente donc un facteur de stress pour les dentistes. Ce serait une innovation de rupture formidable », s’enthousiasme Stéphane Claude.
La rénovation préférée au déménagement
En 2025, Micro-Mega devrait fêter ses 120 ans dans des locaux complètement réhabilités. Après avoir réalisé 1,5 million d’€ de travaux en 2020 pour rénover son site historique, la moitié du programme « Ambition 2025 » – soit 4 millions d’€ - sera consacrée à la restructuration des bâtiments et à la modernisation des matériels : extension des ateliers et de la salle blanche, acquisition d’une trentaine de machines d’usinage de nouvelle génération, doublement d’une ligne de production… Alors qu’ils avaient envisagé un déménagement sur le campus Temis, les responsables de l’entreprise ont finalement décidé de rester rue du Tunnel, dans un quartier plutôt résidentiel. « En termes de RSE, c’est plus cohérent d’investir dans la rénovation d’un site déjà bien intégré dans son environnement urbain que dans un projet d’immobilier neuf », justifie Stéphane Claude.
Photos fournies par l'entreprise.




















































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