Ses clients s’appellent Rolex, Bic ou Tag Heuer. La PME en compte aussi de plus anonymes : des usines ou des fabricants de machines pour l’alimentaire, la défense, l’équipement électrique, le médical… Le sous-traitant franc-comtois leur fournit des ensembles de distribution pour leurs presses, de l’outillage, des micro-pièces techniques surmoulées ou les trois à la fois. Si Roland Bailly a pu maintenir une activité correcte pendant la crise, la PME espère maintenant une reprise des commandes.


« On a travaillé normalement jusque-là mais maintenant tout est bloqué », explique Thierry Bailly, le président de Roland Bailly à Besançon. Créée dans les années 1960 par son père, Roland Bailly, l’entreprise est spécialisée dans la distribution automatique de pièces pour robots industriels, et notamment dans les bols vibrants qui représentent 60% d’un chiffre d’affaires de 4,4 millions d’€ en 2019 (dont 30% à l’export). L’autre activité réunit, dans une division baptisée Microplast, injection et outillage associé.
« On a dû geler certains investissements et les salons, comme Micronora, ont été annulés. Du coup nous allons refaire tout le référencement de notre site Internet qui deviendra une sorte de salon à l’année », détaille le dirigeant mi-inquiet, mi-optimiste. « Nous avons une trésorerie solide, nous nous en sortirons mais l’année 2020 sera difficile. »


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Jusque-là, donc, tout allait bien pour la PME installée depuis 1973 dans le quartier industriel des Tilleroyes, à Besançon, dans des ateliers suffisamment vastes pour mettre en les règles sanitaires sans avoir besoin de renvoyer les 38 salariés à la maison. Roland Bailly était même en phase de recrutement. Un monteur vient d’arriver et deux postes sont encore à pourvoir au bureau d’étude outillage et à la production dans la partie bols vibrants.
L’activité bols vibrants consiste à distribuer des pièces à une machine de façon ultra-précise et ultra-cadencée. Des équipements sur-mesure : à l’atelier, chaque cuve a son matériau, ses dimensions, sa rampe et sa forme en fonction de la pièce à distribuer. Associée à une base vibrante, la cuve est positionnée devant la machine qu’elle alimente. « Ces bols vibrants concernent toutes les productions automatisées : l’alimentaire, l’automobile, la défense, etc. Nos clients sont des fabricants de machines ou des manufactures. Nous maîtrisons totalement le savoir-faire et nous sommes autonomes technniquement », assure Thierry Bailly.

Une diversification dans l'injection plastique

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Dans l’atelier production de l'outillage moule injection plastique. © Laurent Cheviet

La PME avait connu son essor dans les années 1970, avec les montres Swatch qui avaient besoin de sous-traitants. C’est ce gros client qui avait poussé les activités outillage et moules à injection plastique, parallèlement au développement des bols vibrants. Au milieu des années 1990, Roland Bailly avait anticipé le départ de Swatch en Asie et s’était diversifié dans les secteurs du médical, de la connectique, de la défense…

Une dizaine d’années plus tard, ses clients de l’outillage lui demandent d’aller plus loin dans la prestation, et la PME bisontine s’équipe de presses à injecter pour faire de la mise au point et de l’échantillonnage. « Et en 2005, on décide de produire nous-mêmes des pièces plastiques avec une partie injection, des pièces techniques de petites dimensions, pour l’horlogerie haut de gamme, la connectique, le médical… Nous avons maintenant sept presses à injecter. » Et en s’inscrivant dans cette tendance des donneurs d’ordre à réduire leur panel de fournisseurs, la société Roland Bailly compte désormais 25% de ses clients, demandeurs de ses trois métiers pourtant bien distincts : la fabrication d’outillage, les pièces injectées et les bols vibrants. 

 

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Qui est Thierry Bailly ?

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Thierry Bailly a pris la succession de son père en 2003. © Laurent Cheviet
Dans le bureau du PDG, au premier étage, on devine sa passion pour les belles mécaniques, montres et voitures, et pour la montagne. Plus tard, Thierry Bailly aimerait s’installer à Chamonix, où la famille a un pied-à-terre qu’il rejoint souvent pour changer d’air. Adepte de randonnée, il s’est mis il y a quelques années à la haute-montagne. « J’ai fait quelques sommets avec un guide », dit-il modestement. Renseignement pris, le dernier gravi, en Italie, dépassait les 4.000 mètres d’altitude.
Son père Roland Bailly, qui avait travaillé chez Lip et Kelton comme beaucoup de Bisontins à l’époque, a créé l’entreprise de sous-traitance micromécanique qui porte son nom en 1964. Lui y est arrivé en 1987, juste après ses études.
Titulaire d’un BTS en commerce international, il maîtrisait l’anglais et l’allemand – aujourd’hui il apprend l’italien en cours du soir au CLA – et débuta dans la filiale suisse de l’entreprise, à Lausanne : un petit atelier spécialisé dans les bols vibrants qu’il tenta de développer en parcourant le pays des belles montres à la rencontre de nouveaux clients.
Revenu à Besançon en 1990, Thierry Bailly s’investit de plus en plus jusqu’au départ à la retraite officiel de son père, en 2003 (qui ne quitta véritablement le navire qu’en 2008) et sa nomination comme PDG. Un métier appris en marchant, guidé par son père puis en formation continue, notamment auprès de l’UIMM.

 

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Travail sur un joint d’étanchéité pour une montre de luxe dans l’atelier des presses à injection plastique de Rolland Bailly. © Laurent Cheviet

 

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Montage d'un système de distribution. © Laurent Cheviet

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