Le site de PPC à Thann.
Le site de PPC à Thann.

CHIMIE. C’était une nouvelle attendue avec impatience et anxiété par toute une vallée.

A Thann (Haut-Rhin), l’usine PPC (Potasse et Produits Chimiques)  investira 53 millions d’€ pour recycler le brome et changer de technologie d’électrolyse.

Sans quoi, c’était la fermeture du site de 240 salariés et la fragilisation de son voisin Millennium Inorganic Chemicals, en somme le début de la fin d’une saga de 200 ans sur la plus ancienne plate-forme chimique de France encore en activité.

Retour avec Philippe Robin, président de PPC, sur les raisons de la décision.

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La contrainte règlementaire

C’est l’élément le plus connu du dossier. PPC savait depuis des années que la règlementation française, en application d’une directive européenne, lui imposerait un jour de renoncer au mercure qu’elle utilise depuis sa création il y a plus de 80 ans pour fabriquer son chlore et ses dérivés de la potasse.

Plusieurs fois repoussée, l’échéance est connue depuis un arrêté ministériel de 2007  : le 31 décembre 2019. Ne pas changer de technologie aurait donc signé purement et simplement l’arrêt de mort de l’entreprise.

L’interdiction du mercure obéit à une raison environnementale : il se rejette dans l’atmosphère et il se retrouve à l’état de traces dans la nappe phréatique. « Nous avions divisé par deux les rejets par une série d’investissements », rappelle Philippe Robin. Mais des conflits revenaient sporadiquement, avec les pêcheurs locaux notamment.

La nouvelle technologie qui sera mise en œuvre entre le milieu et la fin de 2015 reste une électrolyse : on fait passer un courant électrique dans une solution saline.  Mais, elle ne fera plus couler un lit de mercure.

 A la place seront installées des membranes de quelques mètres carrés.

Le développement dans la chimie fine

L’électrolyse à membranes a été régulièrement estimée autour de 35 millions d’€ (PPC ne détaille pas les chiffres). Pour porter l’investissement à  53 millions, le site ajoute le recyclage de brome (*).

« Nous accueillerons des effluents chargés en résidus bromés en provenance de sources extérieures et nous les réinjecterons dans le process pour la production de nos dérivés bromés, comme nous le faisons déjà avec nos résidus internes », détaille Philippe Robin.

Cette valorisation diminuera l’achat de brome sur le marché, donc réduira les coûts.

Cet aspect de l’investissement focalisait beaucoup moins l’attention, au point de donner le sentiment d’être exhumé au dernier moment. « Il était inscrit au même titre que l’électrolyse dans la stratégie d’entreprise 2009 », corrige Philippe Robin.

Un plan d’entreprise à long terme

« Le changement de technologie, le développement de la chimie fine et l’optimisation des coûts forment un tout », souligne le dirigeant. Ce tout, c’est un projet d’entreprise arrêté en 2009 par son prédécesseur Jean-Pierre Soufflet avec l’aval de son actionnaire ICIG (International Chemical Investors Group).

Il s'agit d'un groupe allemand d’investisseurs privés qui a multiplié les rachats de sites chimiques depuis huit ans pour totaliser aujourd’hui 19 sociétés, soit 3 000 salariés et 900 millions d’€ de chiffre d’affaires.

ICIG avait sauvé PPC de la fermeture en la reprenant en 2006 à l’américain Albemarle qui ne croyait plus en l’avenir du site. « Quand ICIG rachète, c’est dans une optique de développement de long terme », souligne Philippe Robin. Le postulat s’est vérifié.

Des marchés nouveaux pour un retour à la profitabilité

Sous le giron de son nouveau propriétaire, « PPC s’est organisée en une société à part entière, un peu comme une PME, en se dotant de services commerciaux. L’amélioration ne passait pas que par la réduction des coûts, elle se fonde aussi sur la hausse du chiffre d’affaires », rappelle Philippe Robin.

Dans son activité traditionnelle de chlore et dérivés potassiques (hydroxyde de potassium, carbonate de potassium), l’usine a ajouté à l’industrie du verre, des détergents ou de l’agrochimie, des débouchés nouveaux comme les catalyseurs de biodiesel.

Elle a surtout développé sa transformation du brome, la « chimie fine ».  Celle-ci voyait ses débouchés traditionnels s’éteindre : photo argentique, tubes cathodiques…

Philippe Robin, président PPC (à gauche) et Jacques Sturm, responsable commercial.
Philippe Robin, président PPC (à gauche) et Jacques Sturm, responsable commercial.

Après avoir exploré plusieurs pistes, elle s’est focalisée sur l’agrochimie et la pharmacie qu'elle fournit pour la fabrication des principes actifs de molécules de pesticides/fongicides, ou d’un traitement contre le cholestérol par exemple.

PPC fabrique aussi de l’acide bromhydrique pour la gravure de plaques dans l’électronique.

Ce pôle s’inscrit dans WeylChem, une société constituée par ICIG pour fédérer quatre de ses usines à spécialités dans la chimie fine. « Des synergies se développent entre nous », indique Philippe Robin. Outre Thann, WeylChem comprend trois sites en Italie, en Allemagne et aux États-Unis pour un total de 800 salariés et 300 millions d’€ de CA.

L’impact sur les comptes s’est ressenti. « Après quatre années de pertes, nous sommes revenus à des résultats positifs depuis 2011 », annonce Philippe Robin.

La construction du plan de financement

C’est l’aspect qui a pris le plus de temps, celui qui explique l’intervalle de quatre ans entre le projet d’entreprise et la décision d’investissement, souligne Philippe Robin.

Ses fonds, ICIG les a trouvés auprès de la CommerzBank qui a consenti à un prêt.

L’actionnaire participe aussi par une augmentation de capital de PPC. Et l’agence de l’eau Rhin-Meuse apporte sa subvention au volet électrolyse. Les détails du financement n’ont pas été communiqués.

Le soutien de l’environnement local

Philippe Robin relève l’importance qu’ont revêtu la mobilisation de l’administration pour faciliter les procédures et le soutien affiché des élus locaux et de la population qui ont marqué leur attachement à leurs bons vieux Chimiques de Thann, comme on les appelle toujours sur place.

Ce n’est pas de pure convenance, appuie-t-il : « C’est la conjonction actionnaires - financeurs - environnement local qui a permis de l’emporter ».

L’impact social

Revers de la médaille, l’investissement s’accompagnera de suppressions de postes : entre 45 et 55.

« La nouvelle technologie est moins consommatrice de main d’œuvre et nous devons poursuivre l’optimisation de nos coûts », justifie Philippe Robin.

Mais sans l’investissement, ce sont 240 emplois qui passaient à la trappe. Et la fermeture aurait menacé dans la foulée Millennium Inorganic Chemicals, son voisin et client.

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(*) Elément chimique de la famille des halogènes ; les autres halogènes étant le fluor, le chlore, l'iode et l'astate (source : Wikipédia).

Photos : Christian Robischon et PPC.

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