AVIS D’EXPERT ET POINT DE VUE. Denis Liébé, 42 ans, dirige le golf de Norges situé au nord de Dijon. Copropriétaire avec l’entrepreneur Jean-Philippe Girard et Jacques Lafitte, ancien pilote de F1, devenu consultant pour les grands prix automobile, il s’interroge sur la pérennité de ce site de 160 hectares qui compte parmi les plus écologiques de France.

La raison essentielle tient au refus des pouvoirs publics d’autoriser la construction d’une résidence touristique de 60 chambres, d’une zone d’habitation d’une quarantaine de cottages et de nombreux autres équipements sportifs et ludiques, sources à ses yeux d’un formidable potentiel de développement.

Mais pas seulement !

Il juge par ailleurs dévastatrice la politique de la Fédération Française de Golf voulant doter la France, à l’horizon 2018 (*), d’une centaine de petites structures golfiques de proximité.

Explications.

Comment évolue économiquement le Golf de Norges ?

Depuis 2002, la société d’exploitation (20 salariés) subit chaque année une légère perte et ce,  malgré les 90 compétitions que nous organisons chaque année et un portefeuille de 500 membres, auxquels s’ajoutent 200 adhérents à notre club de tennis. Le chiffre d’affaires global stagne à 1,5 million d’€, dont un million pour la seule activité golfique. Il faudrait doper la fréquentation, mais le marché n’est pas là car on ne fabrique plus de golfeurs. En outre, notre politique d’entretien volontairement écologique : 100% de fertilisation naturelle, arrosage grâce à un bassin de rétention des eaux de pluie de 26 000 m3 et traitement intégralement mécanique des espaces verts, nous fait supporter 30% de coûts de fonctionnement supplémentaires.

Quelle solution de rebond envisagez-vous ?

Aujourd’hui, avec Jacques Laffitte et Jean-Philippe Girard, les deux autres propriétaires, nous ne savons pas et sommes très inquiets au point de réfléchir à l’impensable : une vente du site. Ceci est d’autant plus rageant que nous avions imaginé avec Norges Resort un formidable projet de développement, non seulement pour notre structure qui aurait triplé son activité, mais également pour le territoire dijonnais. Mais les politiques en ont décidé autrement, refusant au final la création d’une soixantaine de nouveaux emplois, un investissement entièrement privé de 30 millions d’€ et pas moins de 10 millions d’€ de retombées dans l’économie locale.

Pourriez-vous repréciser l’architecture de ce projet ?

Nous allions créer un complexe hôtelier, avec une résidence de 60 chambres, dotée d’un club-house, de salles de séminaires, d’un centre de remise en forme, d’un espace de détente, d’une boutique de produits régionaux, et une quarantaine de cottages ouverts à la location à la journée ou à la semaine. Le financement du complexe, évalué à 16 millions d’€, était rendu en partie possible par la réalisation d’une zone d’habitation de 35 lots en accession et de 8 logements sociaux, entièrement pensée selon les normes haute qualité environnementale (HQE), et pour le solde, par l’implication des sociétés Home Business et Vinci Immobilier. La surface totale de l’emprise constructible ne représentait que 1,72% de la forêt des Bois de Norges. Vous avez de très nombreux golfs en France qui intègrent de l’habitat et le quart d’entre eux sont déjà équipés d’un hôtel.

Pourquoi jugez-vous dévastateur la politique de votre fédération qui défend la mise en place d’une centaine de petites structures golfiques de proximité à l’horizon 2018 ?

Parce que je suis un ancien professeur de tennis et que j’ai pu constater ce qu’a donné le plan d’équiper la moindre commune de cours. Combien sont aujourd’hui laissés à l’abandon et au seul développement des mauvaises herbes. Pour atteindre l’objectif louable de doubler à 800 000 le nombre de pratiquants, il aurait bien mieux fallu aider les structures existantes, favoriser leur ouverture aux jeunes, les accompagner à monter des écoles de formation. En un mot les conforter dans leur potentiel de vecteur social mais, au lieu de cela, on va déshabiller Paul pour habiller momentanément Jacques.

(*) Année où elle organisera la Ryder Cup, la plus prestigieuse des compétitions de golf opposant les meilleurs compétiteurs européens et américains.

Crédit photo: Golf de Norges

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