AVIS D'EXPERT. Fille du Programme des investissements d’avenir, la Société d’accélération du transfert de technologies (Satt) Conectus Alsace est la première à s'être constituée, en début d’année (1).

Premier point avec son président Nicolas Carboni, ancien directeur général du pôle de compétitivité Alsace Biovalley  (sciences de la vie–biotech).

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Une Satt, ça sert à quoi ?

Pour faire court, à trouver la compétitivité et les emplois de demain et après-demain dans les laboratoires publics d’aujourd’hui. Sur notre territoire, elle constitue l’interface entre recherche publique et entreprise. Elle est le produit de la fusion des nombreuses structures de valorisation - au nombre de cinq en Alsace -, de façon à accélérer et à dynamiser le transfert de technologie.

A quel stade intervient-elle ?

La Satt investit dans des projets d’innovation technologique développés par les chercheurs du territoire, et qui ont vocation à être transférés vers les entreprises, existantes ou en création (start-up). Elle vient combler un manque dans la chaîne de financement de l’innovation : l’intervention au stade de la preuve de concept, entre la phase de la recherche fondamentale et le transfert vers l’entreprise.

Pour les start-up, la SATT se situe en amont du financement de l’amorçage, celui-ci jouissant de fonds dédiés (NDLR : côté public, le fonds interrégional d’amorçage Alsace–Franche Comté récemment créé et doté de 25 millions d’€). Cette étape rebute bon nombre de capital-risqueurs, étant jugée trop risquée.

Le fonds que nous gérons est appelé fonds d’investissement dans la maturation : notre mission consiste à investir aux côtés des porteurs de projet. Au moment par exemple, de la réalisation d’un prototype fonctionnel, de tests de validation dans l’optique de la cession de licences à une entreprise existante, ou de la création d’entreprise.

La Satt négocie également les contrats de transfert de technologie pour le compte de tous les établissements alsaciens de recherche publique. Pour une partie d’entre eux, elle  s’occupera aussi de la mise en place et de la gestion de ces contrats de recherche partenariale.

Nous n'intervenons pas en direct auprès des entreprises régionales pour développer des partenariats avec les laboratoires publics : nombreuses sont les organisations qui s’en occupent en Alsace, et bien. Nous articulerons nos actions avec elles pour assurer la synergie dans notre écosystème régional d’innovation.

Pourquoi l’Alsace a-t-elle-retenue comme pionnière des Satt ?

Depuis 5 ans, l’outil existe de fait dans la région :  c’est le réseau Conectus (2) qui s’est constitué de lui-même entre les organismes de valorisation de la recherche, avec le support financier de la Région et des collectivités alsaciennes, de l’Etat et d'Oseo. Conectus a apporté 5 millions d’€ à 45 projets. 30 d’entre eux sont aujourd’hui terminés dont 17 ont abouti à la création d’entreprise (effective ou en cours) et 3 à des cessions de licences.

Il faut aussi rappeler que l’Alsace dispose d’un atout décisif : une recherche académique de calibre international. Affirmer cela, ce n’est pas enjoliver les choses, c’est une réalité. Le succès des projets régionaux dans le Programme des Investissements d’Avenir vient l’attester.

Quels sont les objectifs d’activité et les premiers résultats ?

Il est un peu tôt pour les premiers résultats, mais nous visons 5 millions d’€ d’investissements par an pour un ticket moyen de 200 000 € dans le fonds d’investissement pour la maturation de projets innovants. C’est donc une accélération par rapport au réseau Conectus qui avait atteint le même montant, mais en 5 ans.

Nous démarrons dans le bon tempo, puisqu’au bout de six mois de fonctionnement effectif, nous avons 25 dossiers à l’étude représentant un potentiel d’investissement de 4 millions d’€. Trois projets se sont déjà concrétisés. Ils représentent autant de technologies qui viendront renforcer la compétitivité de nos entreprises, ou susciter la création de start-up.

Nous disposons de 36 millions d’€ de fonds initiaux apportés, dans le cadre du Programme Investissements d’Avenir, par le groupe Caisse des Dépôts, le but étant de maximiser l’impact socio-économique de nos investissements tout en parvenant à terme à un autofinancement par les revenus que nous générerons de notre activité, organisée sous la forme d'une SAS de droit privé.

En ce sens, l’objectif n’est pas de maximiser les revenus à tout prix, au détriment de la compétitivité du territoire ou de nos entreprises. Si toutes les licences cédées à la Satt partent à l’étranger, nous n’aurons pas respecté notre vocation, ni atteint le cœur de nos objectifs.

Pour les contrats de recherche collaborative, le volume géré par la Satt se situe entre 8 et 10 millions d’€ par an.

Les trois premiers dossiers se situent dans le domaine de la santé/biotech. Ne va-t-on pas vers la monopolisation des crédits par ce secteur bien rôdé à l’exercice ?

Certes, vous avez raison, la santé/biotech a plus d’antériorité pour ces pratiques, elle a toujours été un moteur de l’innovation en Alsace, soutenue par un pôle de compétitivité Alsace Biovalley, seul de la région au statut de vocation mondiale.

Nous avons un travail de proximité à accomplir pour aider à l’émergence de projets issus des laboratoires d’autres secteurs, y compris de  l’industrie traditionnelle et, surtout, transférables vers eux. La chimie, les matériaux, l’énergie, l’électronique, la métallurgie, etc... regorgent de potentialités.

(1).  Les quatre autres pionnières qui ont suivi peu après dont situées en Ile-de-France (2), Midi-Pyrénées et PACA-Corse. Quatre autres doivent se former prochainement en Languedoc-Roussillon, Nord, Ouest et Aquitaine

(2). Conectus Alsace est une SAS dont l’actionnariat se répartit entre la Caisse des dépôts (33 %), l’Université de Strasbourg (26 %), le CNRS (26 %), l’Université de Haute-Alsace (8 %),  l’Inserm (5 %), les écoles d’ingénieurs Insa et Engees (1 % chacune).

Les trois projets :

Air-CPG, détection de pathologies asthmatiques par prise de sang. Montant apporté de 193 000 € sur 18 mois. Projet porté la directrice de recherche Inserm du laboratoire d’innovation thérapeutique d’Illkirch (Bas-Rhin). Objectif du soutien : valider un biomarqueur, puis développer un kit de diagnostic pour les médecins.

Synaggreg, détection de nouvelles molécules contre les maladies du système nerveux : Huntington, Alzheimer.... Montant apporté de 101 000 € sur 18 mois. Projet porté par un directeur de recherche de l’institut IGBMC (biologie moléculaire et cellulaire) d’Illkirch (Bas-Rhin). Objectif : améliorer la méthode de détection, la commercialiser, trouver les combinaisons de principes actifs pour le traitement.

CLD, délivrance d’acides nucléiques contre les maladies respiratoires. Montant apporté de 141 000 € sur 18 mois. Projet porté par un directeur de recherche de la faculté de pharmacie d’Illkirch. Objectif : réaliser les tests-clés de non-toxicité et d’efficacité, notamment dans l’optique de thérapies géniques.

Photo: Jean-François Badias

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