Le charpentier métallique amorce un nouveau programme de modernisation à Dampierre-sur-Salon après les 7 millions d’€ engagés en 2021 et 2022. Histoire de cultiver un savoir-faire centenaire orchestré par les représentants de la 6ème génération de la famille fondatrice.
Le constructeur métallique Waltefaugle poursuit sur la voie des investissements dans son fief de Dampierre-sur-Salon (Haute-Saône). Il entame une nouvelle phase de modernisation de son outil de production pour environ 3 millions d'€ jusqu'en 2025, pratiquement dans la foulée du programme de 7 millions d’€ qu’il a déployé en 2021 et 2022, Celui-ci s'est réparti entre 1 million d’€ d’extension immobilière et 6 millions d’€ de renouvellement de matériel : nouvelles machines de perçage et lignes de peinture, révision des flux et des méthodes d’organisation avec mise en place d’une démarche, de type lean, de management visuel de la performance…
En amorce de la nouvelle phase, Waltefaugle a acquis une machine de découpe laser. Et en attendant de réinvestir dans la production, l'entreprise a consacré cette année 2023 à l’informatique, avec l’installation d’une GPAO (gestion de production assistée par ordinateur) et le renouvellement de son ERP.
La succession de modernisations s’impose de par la mutation que connaît le métier de la PME haut-saônoise : « Le cycle de renouvellement des matériels s’accélère. Là où la durée de vie des machines se situait à dix ans (celle par exemple de la précédente découpeuse laser que nous venons de remplacer), elle est plutôt ramenée à 5 à 7 ans, désormais », témoigne le président David Saugier, représentant la sixième génération à la tête de l’entreprise familiale.
« Le taux d’utilisation augmente également », ajoute-t-il. Il reflète un contexte de croissance qui a accompagné Waltefaugle ces dernières années, pour aboutir à un chiffre d’affaires de 70 millions d’€ pour la société-mère cette année. Soit une progression en un an de 10 %, due toutefois en majeure partie à l'effet de la hausse du coût des matières.
De même pour les effectifs, « nous sommes sur une trajectoire d’augmentation nette de cinq personnes par an (*) sur la décennie de 2016 à 2026 », précise David Saugier. Ainsi, l’entreprise compte actuellement 190 salariés en CDI, complétés d’une moyenne de 20 à 30 intérimaires en fonction des circonstances.
Le modèle économique Waltefaugle semble ainsi bien ancré dans sa pertinence. Il repose sur deux piliers de clientèle, situés pour l’essentiel dans le grand quart Nord-Est de la France. D’une part, les bâtiments « industriels » concentrent actuellement 60 % du chiffre d’affaires, une catégorie dans laquelle David Saugier range les bâtiments commerciaux, des plateformes logistiques et les programmes tertiaires des parcs d’activités, aux côtés des usines proprement dites. Dans ces segments, la prestation est centrée sur la charpente métallique.
Une filiale bâtiment à Epinal
© Waltefaugle
L’essentiel des 40 % restants trouve son débouché dans les constructions agricoles. « Pour elles et quelques autres secteurs comme l’artisanat, nous livrons un clos et couvert : nos propres charpentes, augmentées des toitures, murs et autres éléments, que nous faisons fabriquer », précise le président.
Pas de marchés publics donc sauf exception, ni d’ouvrages d’art comme les ponts. Waltefaugle est un acteur de la charpente, ce qui n’exclut pas la noblesse, en témoignent ses références d'équipements très esthétiques comme le Zénith de Nancy à porte-faux avec sa charpente de 110 mètres de long et 23 mètres de haut, pour le compte du groupe Vinci. Ces chantiers sont pilotés par la filiale Waltefaugle Bâtiment d’Epinal (Vosges), dont l’activité conjuguée à celle de la filiale en Suisse pour les marchés dans le pays voisin aboutissent à un chiffre d’affaires annuel de 85 millions d’€ (prévision 2023) et un effectif de 230 permanents pour le « groupe ».
Avec ses moyens techniques et son savoir-faire transmis de génération en génération, la PME aurait tort de se cantonner au standard. Elle se distingue par quelques modes constructifs, comme le « treillis rivé » dont Waltefaugle est le dernier représentant en ateliers en France : « une niche mais appréciée par de nombreux industriels dont Stellantis pour ses avantages en terme d’accrochage de lignes de production et de résistance aux vibrations », décrit David Saugier.
Au global, « on peut nous considérer comme les spécialistes des grandes portées », poursuit-t-il. Dampierre-sur-Salon est parfaitement dimensionné à cet effet : avec sa surface couverte de 50.000 m2, son atelier de charpente métallique « est le plus du genre d’un seul tenant en France », précise le dirigeant.
Un tel gigantisme consomme de l’énergie, électrique, rendant l’entreprise très attentive aux niveaux de consommation et à son mode d’approvisionnement. Rien de tel, pour cela, que de devenir son propre fournisseur : tel est le sens de l’installation, achevée début novembre, de panneaux photovoltaïques d’une puissance de 350 KW crête, dont l’industriel attend une couverture « de 10 à 15 % » de ses besoins en électricité. « L’exemple de nos clients exploitants agricoles adeptes de telles installations nous a donnés des idées », confie le président de Waltefaugle.
L’autre sujet de vigilance récurrent des dernières années touche les prix et la disponibilité en acier. Le constructeur franc-comtois en gère les variations par un recours délibéré à un niveau conséquent de stock : 7.000 à 8.000 tonnes en permanence, sur un besoin annuel de 17.000 tonnes. Une proportion rendue possible par l’amortissement de longue date des bâtiments, mais clairement assumée selon le postulat que le manque de matières au moment voulu « coûte » plus cher que la valeur du stock. Une marque de sagesse qui n’étonne pas de la part d’une entreprise plus que centenaire.
Son grand'père avait épousé une Waltefaugle. © Mathieu Noyer
Les racines de Waltefaugle plongent en 1856 avec une activité de fourniture pour les tonneliers de Bourgogne, avant la production de rondelles en acier. La charpente métallique a fait son apparition dans les ateliers il y a un siècle, pour devenir l’activité majoritaire dans les années 1960, puis l'exclusive depuis le début de ce millénaire. Elle constitue ainsi le fil rouge d’une histoire traversée immuablement par la même famille : les Waltefaugle, puis les Saugier lorsque le grand’père de l’actuel président a épousé une descendante du fondateur.
Le dirigeant, David Saugier, a suivi une formation supérieure de gestion à l’ISG Paris, avant de brièvement faire carrière ailleurs, puis intégrer rapidement l’affaire familiale. A 54 ans, il tient le gouvernail mais le reste de la famille n’est pas loin. Ses frères Michaël et Fabien occupent respectivement les « postes-clés » de directeurs technique et des achats, au sein d’un comité exécutif associant le directeur général Didier Cannac leur cousin, petit-fils de Jean Waltefaugle. Et la septième génération a poussé les portes des vénérables locaux de Dampierre-sur-Salon. En, prenant un visage féminin : Laurine, la fille de David, a intégré
le service comptabilité.
(*) l’entreprise recrute notamment à la sortie des BTS de construction métallique (aujourd'hui dénommés Architectures en métal) de la région, celui du lycée Cassin de Mâcon (Saône-et-Loire) et celui de Vesoul (Haute-Sâone, lycée Luxembourg) à la création duquel elle a contribué.




























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