Événement phare pour la filière viticole jurassienne, la Percée du vin jaune attend 20.000 visiteurs ce week-end des 4 et 5 février dans le village de Voiteur. L’occasion de mettre en lumière un vignoble du Jura dont la cote ne cesse de grimper. Au point que la production, malmenée par les aléas climatiques, n’arrive plus à satisfaire toute la demande.


Au pied de la colline de Château-Chalon, là où des religieuses auraient jadis inventé le vin jaune, le village de Voiteur accueillera, le week-end prochain, l’événement célébrant le plus illustre des breuvages du Jura. Organisée depuis 1997, la Percée du vin jaune est une fête itinérante.

Elle a contribué à faire croître la notoriété du vignoble jurassien, le plus petit de France avec 2.100 hectares de vignes en appellation d’origine contrôlée (AOC). La renommée des cépages locaux – savagnin et chardonnay en blanc, poulsard, trousseau et pinot noir en rouge – a grandi ces dernières années, sous l’impulsion d’une nouvelle génération de vignerons talentueux.

 

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Celle-ci a su faire reconnaître la qualité et la grande diversité de ce terroir. Malgré son exiguïté, il compte quatre AOC (Arbois, Côtes du Jura, L’Étoile, Château-Chalon) et des spécialités comme le vin de paille, le macvin et donc le prestigieux vin jaune. « Les vignerons ont toujours bien travaillé, mais les habitudes de consommation ont changé, analyse Bastien Baud, le président de la Percée 2023. Nos vins sont des produits de niche, très spéciaux, atypiques. C’est cela qui plait ». Les blancs représentent la plus grosse part des ventes (41 %) devant les crémants (25 %), les rouges (22 %), le macvin (6 %), le vin jaune (5 %) et le vin de paille (1 %).

 

Une clientèle internationale à 30 %

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Le succès des vins du Jura ne se dément pas auprès d'une clientèle plus internationale... et rajeunie. © Jérôme Genée


Après avoir été longtemps cantonnés à une clientèle régionale, ces bouteilles ont conquis ces dernières années des marchés internationaux, boostées par les missions collectives export de l’interprofession financées par la région Bourgogne-Franche-Comté et l'établissement national FranceAgriMer. La part des exportations est ainsi passée de 5 % en 2009 à 30 % aujourd'hui.

Au Vernois, le domaine Baud (25 hectares) commercialise par exemple plus de la moitié de ses volumes à l’étranger, dans une vingtaine de pays différents. « Le Canada représente notre plus important débouché, nous y vendons surtout du crémant. Mais nous sommes aussi présents aux États-Unis, au Brésil, en Norvège, en Chine, au Japon, etc. », témoigne le repreneur en 2016 du domaine familial avec sa sœur Clémentine.

Autre facteur de montée en puissance du vignoble jurassien : sa position de précurseur en matière de viticulture biologique. Celle-ci représente aujourd’hui 29 % des surfaces, une proportion bien au-dessus de la moyenne nationale (17 %). Réunis en collectif, les vignerons bio organisent « Le nez dans le vert », depuis 2012. Ce salon annuel propose une journée réservée aux professionnels afin de promouvoir leurs produits auprès des acheteurs, notamment des importateurs. La prochaine édition est programmée les 19 et 20 mars 2023 à Arbois.

 

Tensions sur les ventes et hausse des prix

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Plus petit vignoble de France avec ses 2.100 hectares en AOC, le Jura jouit d'une renommée grandissante de ses cépages : savagnin et chardonnay en blanc, poulsard, trousseau et pinot noir en rouge. © Jérôme Genée


S’il a gagné de nouvelles parts de marché, le Jura peine aujourd’hui à satisfaire la demande car, parallèlement, les volumes mis en vente ont chuté depuis 2011. « Les rendements ont commencé à baisser dès les années 2000 sous l’effet du verdissement des vignes », indique Jean-Charles Tissot, président du Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ) qui rassemble 170 producteurs indépendants, 19 maisons de négoce et 4 caves coopératives. En conséquence, 180 hectares de jeunes vignes ont dû être plantées ces six dernières années.

La production souffre également des conséquences du changement climatique. Après trois épisodes de gels printaniers en 2017, 2019 et 2021 occasionnant des pertes très significatives, la sécheresse et l’ensoleillement exceptionnel ont amputé la récolte de 2022 de 20 % de son potentiel - elle est estimée à 100.000 hectolitres. Pour les deux prochaines années, la filière anticipe, dès lors, des tensions sur les ventes en raison d’un faible niveau de stocks imputable à ces aléas climatiques à répétition. Plus recherchés et moins disponibles, les vins du Jura se renchérissent. « On constate une forte accélération depuis cinq ans en termes de tarifs », reconnaît Jean-Charles Tissot.

 

Une cité des vins en stand-by

Par ailleurs, l'atout du dynamisme de la filière demeure peu valorisé sur le plan touristique. Afin de développer l’œnotourisme, l’interprofession souhaite créer une cité des vins et, comme en Bourgogne, la déployer sur trois lieux : le Château Pécauld à Arbois, la Maison de la Haute-Seille à Château-Chalon et la Caborde, une « aire viti-culturelle » bâtie par la communauté de communes Porte du Jura à Orbagna, au sud du département.

 

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Initié en 2017, le projet, évalué à 4 millions d’€ et soutenu par les pouvoirs publics, devait aboutir en 2024. Or il semble patiner, en raison d’incertitudes planant sur l’opportunité du site d’Orbagna, à la suite d’études commandées par l’intercommunalité. « Il y avait un consensus qui est remis en question. Mais la cité des vins se fera, la phase de programmation et de scénarisation vient d’ailleurs de débuter », assure Jean-Charles Tissot.

 

La Percée du Vin Jaune se réinvente avec les préventes

Pas de cohue, ni d’interminables files d’attente devant les caveaux : c’est ce que promettent désormais les organisateurs de la Percée du vin jaune, après avoir été débordés, dans le passé, par le succès populaire de la manifestation. Depuis 2018, un système de prévente a été mis en place avec une jauge établie selon le nombre de vignerons participants. Samedi 4 et dimanche 5 février, pour effectuer des dégustations dans les 48 caveaux ouverts à Voiteur, il faudra avoir préalablement acheté son pass (22 € la journée ou 35 € le week-end) sur le site web de l’événement.

Plus select, une soirée prestige est proposée depuis l’année dernière le vendredi soir. Le ticket d’entrée à 45 € garantit des dégustations de vins en petit comité – 16 personnes maximum par caveau – accompagnées d’un repas. En 2022, la manifestation, décalée en avril pour raisons sanitaires, n’avait réuni que 15.000 visiteurs (tout de même...). Cette année, les organisateurs espèrent vendre au moins 20.000 pass afin d’équilibrer un budget de dépenses d’environ 600.000 €.

 

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