Qui aurait imaginé en mars dernier que des vins réputés chers et rares, pour moitié exportés, allaient aussi bien se vendre durant cette crise sanitaire qui s’éternise. Au point de ne baisser que très légèrement, en chiffre d’affaires comme en volume. Le cas des Etats-Unis faisant toutefois exception, mais pour une autre raison que la pandémie. Explication avec Pierre Gernelle de l’Union des Maisons de Vin de Grande Bourgogne avec un focus sur le négociant Olivier Leflaive.

 

Les négociants en vin de Bourgogne ne se plaignent pas des conséquences de la crise sanitaire, à l’image de Jean Soubeyrand, président du directoire de la maison Olivier Leflaive (Lire notre encadré), installée à Puligny-Montrachet (Côte-d’Or). L’année 2020 ne sera certes pas à immortalisée dans les annales viticoles, mais les ventes ne baissent que très peu au global : -5% en valeur et -8% en volume.

 

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Qui l’aurait cru au début du confinement du printemps dernier ? Certainement pas Pierre Gernelle, directeur de l’Union des Maisons de Vin de Grande Bourgogne qui intègre les vins du Beaujolais (*). Si les affaires demeurent bonnes, les raisons conjuguent plusieurs facteurs.
« Nos derniers millésimes sont excellents, la notoriété de la région est au top, nous avons une profondeur de gamme qui offre de la souplesse commerciale en terme de tarifs et quant au prêt garanti par l’Etat, il a sauvé le court terme en besoin de trésorerie », explique Pierre Gernelle.

 

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L'entrée symbolique d'une des parcelles d'un grand blanc de Bourgogne produit par la maison Olivier Leflaive. © Olivier Leflaive

 

Une petite récolte en rouge et des stocks jugés à un niveau convenable

Le millésime 2020 donne une récolte de 1,556 million d’hectolitres, dont 994.000 de blanc et 362.000 de rouge, soit pour cette couleur l’une des plus faibles récoltes enregistrées qu’explique la sécheresse. De leur côté, les stocks chez les négociants s’établissent à 3,180 millions d’hectolitres, soit 29 mois de commercialisation et plus de deux ans de récolte (**). Un atout précieux pour les ventes futures. 

 

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Pierre Gernelle, directeur de l'Union des Maisons de Vin de Grande Bourgogne.

En France, les ventes du vin de Bourgogne régressent de 4% en valeur et de 12% en volume. Dans le détail, on constate – sans surprise – que le secteur des cafés, hôtels, restaurants (CHR) s’effondre (-36% en chiffre d’affaires et -46% en volume). Mais cette chute est en grande partie compensée par la vente directe et l'e-commerce compensent (+30% en volume). Quant aux ventes en grande distribution, elles restent étales.

Les Anglais aiment le bourgogne

A l’international, le plus grand bonheur des négociants bourguignons vient de l’autre côté de la Manche. Le Brexit ne pénalise pas les vins de Bourgogne : Les ventes progressent au Royaume-Uni de 5% en valeur et 11% en volume, boostées essentiellement par les blancs. « Les Anglais aiment les produits européens, ils n’ont pour la plupart pas de cave de conservation et consomment bien à domicile », argumente Pierre Gernelle.

Quelques autres destinations internationales font aussi plaisir aux professionnels du négoce. Les pays à monopole comme le Canada et la Suède affichent des hausses respectives de + 14% en valeur et 12% en volume et 21% en valeur et 12% en volume. Restent les mauvaises nouvelles à trouver au Japon, victime d’un trou d’air (-11% en  valeur et -6% en volume).


La plus importante des déconvenues vient des Etats-Unis avec la taxe dite Trump de 25% sur les importations des vins français. Première destination à l’international, cette Amérique du Nord qui vient de changer de président ne modifiera sans doute pas la donne avec Joe Biden.
Car pour cette taxe, Donald Trump n’y était pour rien.  Elle a été autorisée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) suite au conflit entre Boeing et Airbus et vient même d’être étendue aux vins de plus de 14 degrés. Bilan des courses : un effondrement des ventes de 18% en valeur et 28% en volume. Qui en profite en Europe ?  Ce sont les vins italiens.

Des résultats complets publiés par le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), qui fédère les deux familles viticoles : négoce et vignerons, sont attendus pour la mi-mars.

(*) Si le beaujolais nouveau continue de souffrir, les dix crus opèrent un rebond avec l’une des meilleures performances à l’export depuis très longtemps. Ces vins sont commercialisés à hauteur de 65% par les négociants bourguignons.

(**) Les vins d’appellation régionale ont 12 à 14 mois de stock, quant aux grands crus, ils affichent 48 à 50 mois de réserve.

 

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Tout sur la filière viti-vinicole en Côte-d'Or

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Le négociant Olivier Leflaive confirme une conjoncture favorable

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Jean Soubeyrand, à gauche, en compagnie d'Olivier Leflaive, président du conseil de surveillance de la maison qui porte son nom. © Olivier Leflaive


Connu pour ses grands vins blancs, la maison de Puligny-Montrachet (Côte-d’Or) ne ressent pas les effets de la crise sanitaire. Son chiffre d’affaire moyen de 13 millions d’€, dont 85% à l’international, demeure quasi-stable, enregistrant seulement une légère baisse de 5%.
En cause, la perte des ventes auprès du réseau CHR de l’ordre de 20%. Rien de majeur, si ce n’est les mêmes tendances à l’export que l’ensemble des sociétés de négoce : moins de ventes au Japon (-10%), une chute drastique en Espagne en raison d’une longue période de confinement.
Les bonnes nouvelles viennent de la Scandinavie (+35%), de l’Allemagne et étonnement de la Grèce. Si le Royaume-Uni ne progresse pas du fait de la défection de l’un de ses cinq importateurs, aux Etats-Unis l’activité reste dynamique. La taxe dite « Trump » épargne le négociant. « Comme avec la crise de 2008-2009, les acheteurs découvrent des vins moins chers, comme ceux de la côte chalonnaise : Rully, Montagny…, » évoque Jean Soubeyrand, le dirigeant opérationnel.
Olivier Leflaive exploite un vignoble de plus d’une centaine d’hectares, dont 20 hectares en pleine propriété. La société emploie 45 personnes, dont 18 pour l’hôtel 4 étoiles et restaurant gastronomique.

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