La petite entreprise de mécanique Cézériat Yves, dans le Jura, illustre à merveille le concept d’entreprise familiale. Fondée en 1981 par Yves Cézeriat, elle est reprise au décès de celui-ci par Audrey, l’une de ses quatre filles, rapidement secondée par ses sœurs jumelles Laurie et Delphine.


Spécialisés dans la fabrication de pièces tournées, en acier, pour l’industrie plasturgique, les Établissements Cézériat Yves ont un trio de choc à leur direction. Trois soeurs qui sont les filles du fondateur en 1981. Audrey, l’aînée et la gérante, âgée de 37 ans, était déjà dans l’entreprise lorsqu’une brutale maladie emporte son père en 2007. « J’ai commencé à travailler en 2012 pour aider, et je ne suis jamais partie », glisse t-elle avec malice.


 

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Située dans un petit village jurassien nommé Vescles, à quinze kilomètres d’Oyonnax, l’entreprise revient de loin. La disparition du fondateur laisse un immense vide. « Nous avons été en mode survie pendant un long moment, mais à partir de 2013, grâce à un audit - conseil de la CCI, nous avons stabilisé l’activité », se souvient Audrey. Celle-ci, tout juste initiée au métier et présentée aux clients, prend les rênes de l’entreprise au débotté. « J’ai été contrainte d’apprendre rapidement la planification dans l’atelier et à gérer la pression des clients », se souvient-elle.

Très vite, et « heureusement », ses sœurs Laurie et Delphine la rejoignent, des jumelles de deux ans ses cadettes. Chacune a une responsabilité particulière. Audrey s’occupe de la gestion courante et des plannings. Laurie gère les achats et la sous-traitance. Sa sœur jumelle, Delphine, grâce à son BTS Étude et réalisation des outillages, s’occupe plus directement de l’atelier. « À l’époque, nous étions parmi les rares femmes d’un secteur très masculin, nous avons dû faire trois fois plus nos preuves que des hommes  », note-t-elle.


Concentration d'entreprises spécialisées dans le plastique

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Opération de fraisage et, en haut à gauche, différents stades d'usinage d'une pièce (de gauche à droite, matière brute, après tournage et après finition) réalisée par les Établissements Cézériat Yves. © Arnaud Morel.

Passées les réticences initiales, « les filles », comme on les appelle dans l’industrie, séduisent par leur réactivité, sans se départir d’un franc sourire totalement jurassien. Et elles cultivent leur discrétion. « Nos pièces seules ne servent à rien, nous sommes des sous-traitants. Et dans la Plastics Vallée qui contient la plus forte concentration d'entreprises spécialisées dans le plastique en Europe, chacun est un peu concurrent. Aussi, restons nous discrètes quant à nos clients. Nous n’avons pas apposé de logo sur nos voitures, par exemple, pour éviter que nous ne soyons repérées chez un industriel par ses concurrents », précise Audrey Cézériat.

L’entreprise qui emploie huit personnes – sœurs comprises – dont deux nouvellement recrutées, a réalisé un chiffre d’affaires plutôt exceptionnel en 2018, de 638.000 €. « Nous avons eu de grosses commandes, mais cette année nous visons un chiffre d’affaires plus classique de 560 000 €  », analyse la gérante.

 

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Le métier de fabrication de pièces tournées, qui servent notamment d’injecteur pour les matières plastiques, s’est nettement complexifié : désormais, les aciers doivent être traçables, et il devient difficile de recruter des salariés formés. « Nous avons embauché deux personnes, dont une fille, en reconversion professionnelle », explique Audrey qui désigne toujours ses salariés d’un retentissant « les gars ». 

Cette histoire de filles et de gars, en tout cas, s’écrit au futur : au premier semestre 2019, les établissements Cézériat ont acquis deux tours à commande numérique, ainsi qu’un local attenant à l’usine, en vue d’une extension notamment pour le stockage. « D’ici là, c’est une vraie partie de Tetris dans nos locaux quand il s’agit de faire rentrer une nouvelle machine », sourit Audrey.

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L'un des tours à commande numérique récemment acquis. © Arnaud Morel.

 

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Sauvetage !

Avec leur trio féminin de direction, les Établissements Cézériat misent sur l’esprit d’équipe. « Le mot d’ordre, c’est que nous sommes tous sur le même bateau. Nous formons nos salariés pour qu’ils restent, l’ambiance dans l’entreprise est déterminante », note Audrey Cézériat.
Et la sécurité aussi : les trois sœurs incitent tous leurs salariés à se former au brevet de sauveteur secouriste du travail (SST). « Nous sommes déjà quatre titulaires, et cette année, nous inscrivons les quatre autres. Pour nous, il s’agit de savoir quoi faire en cas d’accident, mais aussi de proposer des éléments de développement personnels à nos salariés », décrypte la dirigeante.
2 commentaire(s) pour cet article
  1. Miro Bentadit :

    Bravo Mesdames, longue vie à votre entreprise

  2. HélèneVdit :

    Chapeau bas ! Quel bel engagement familial partagé!

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