La liberté d'expression individuelle et les toutes les libertés en général sont le creuset d'une démocratie. Mais elles se voient de plus en plus grignotées par le « gris préfectoral », dans « le silence ouaté de la vie administrative auquel nous avons cédé », comme l'exprimait François Sureau, avocat et écrivain, chez nos confrères de France Inter, le 24 septembre dernier dans l'émission Le Grand Entretien. Nous publions, sous le soutien exprimé à notre confrère par le Syndicat National des Journalistes, l'interview de cet homme qui réfléchit avant de parler, d'écrire et d'agir. Un grand moment par l'intelligence de ses propos et la pertinence de ses arguments.

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Un de nos collaborateurs est mis au ban de la préfecture de région Bourgogne-Franche-Comté pour avoir exprimé une opinion personnelle liée à un communiqué de presse du préfet Bernard Schmeltz, que ce dernier lui dénie d'exploiter comme citoyen. Ce procédé d'un autre âge, souvent de triste mémoire, n'est pas acceptable et nous le réprouvons. À Traces Ecrites, nous pensons comme Charb (1967 - 2015), dessinateur satirique et journaliste français, mort assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat contre Charlie Hebdo : « En France, la liberté d'expression n'est pas assez utilisée par ceux qui ont les moyens de s'en servir.»

Il est rare qu’à Traces Ecrites News nous fassions ce qu’il est coutume d’appeler du « corporatisme », pour défendre coûte que coûte notre chapelle. Le métier d’éditeur de presse, comme la profession de journaliste, ne sont guère exempts de critiques et elles sont parfois fondées. Les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs ne se privent d’ailleurs pas de rappeler à l’ordre, au moindre faux pas, les  « plumitifs » que nous sommes.

Quoi de plus sain et naturel car nous avons le devoir en nous adressant - surtout depuis l’Internet - au plus grand nombre de rester dans les limites de pratiques respectueuses et même scrupuleuses qui nous obligent, en matière de légalité, d’éthique et de déontologie. 

Mais nous possédons aussi tous les droits d’un citoyen ordinaire, comme celui d’exprimer une opinion à titre privé. Relisons à ce propos l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 (*) : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »
Peut-on alors publier cette dite opinion sur un réseau social – reprécisons sur un compte privé - sans encourir les foudres d’un représentant de l’Etat, en l’occurrence Bernard Schmeltz, l’actuel préfet de la région Bourgogne – Franche-Comté ? 

Ce dernier ne semble pas le croire en « blacklistant » un de nos journalistes salariés, c’est-à-dire en le privant officiellement d’obtenir la moindre information, d’être convié à toute manifestation… émanant, via ce haut fonctionnaire, de cette noble institution fondée par Bonaparte le 17 février 1800 (**).

Directeur de publication de Traces Ecrites News, comme du magazine 60, le best of, je ne peux que réagir à cette atteinte à la liberté individuelle de notre journaliste salarié et le dénoncer. Je ne peux aussi que m’insurger contre le mélange des genres qui pénalise un professionnel talentueux et les médias qu’il représente, dont un grand hebdomadaire national et un magazine régional de l'art de vivre. 

Sans entrer dans le fond du sujet - qui importe peu ici -, notre collaborateur s’est félicité d’une décision judiciaire qui annule « une ordonnance du juge de la liberté et de la détention ayant validé la rétention administrative d’une personne », et l’a fait savoir sur son compte privé d’un réseau social.

Le « croquignolesque » de l’histoire est qu’il l’a appris par un communiqué de presse du préfet lui-même, publié sur le site de la préfecture, accessible à tous, émanant d’une institution publique qui répercute une décision judiciaire publique à l’adresse du public le plus large possible.

Le « picrocholinesque » maintenant de l’affaire, c’est ce qu’a répondu Bernard Schmeltz à Christiane Perruchot, la rédactrice en chef de Traces Ecrites News qui souhaitait contester cette mise à l’index, à l’occasion d’une rencontre avec la presse : on ne peut utiliser un communiqué de presse à titre privé, même si la préfecture en fait état, de son côté, via un réseau social. Gageons que si la décision de justice avait été favorable, le préfet régional n’aurait sans doute pas voulu ainsi réécrire la charte des journalistes. 

Pour conclure, notre collègue exprimait juste sa pensée sur une question qui lui tenait à cœur. Ce qui est son choix et ne mérite que le respect lié à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions, qui sont le socle d’une vraie démocratie.

Et non les foudres du plus important des fonctionnaires d’État en région qui pratique une forme moderne d’ostracisme. Nous l’invitons donc à revenir sur sa décision et exprimons le plus vif soutien à notre collaborateur.

Didier Hugue
Co-éditeur et directeur de la publication du site Traces Ecrites News et du magazine 60, le best of.

(*) Texte qui a valeur constitutionnelle puisqu’il est repris dans le préambule de la constitution de 1958.
(**) Empereur déchu, Napoléon qualifiera (affectueusement) les préfets, dans le Mémorial de Sainte-Hélène, « d'empereurs au petit pied. » 

bestoffeminin

 

6 commentaire(s) pour cet article
  1. Paul-Even du FOUdit :

    A Madame Perruchot, Je comprend encore mieux votre décision de ne pas passer un de mes commentaires, dont l'ironie pouvait porter à interprétations Bravo pour votre éthique ( je dirais conscience ) dans l'exercice de votre travail.

  2. Jean-Paul Ropiotdit :

    Et bien ...Et nous sommes en 2019 !!!.....il faut faire de plus en plus attention à nos écritures sur les sites sociaux ....notre liberté s'effrite....notre dignité aussi ...nous sommes fragiles très très fragiles......

  3. Jeandit :

    Je suis prompt à vous soutenir. Or l'article se limite à l'indignation. J'aurais aimé que les faits soient rappelés et documentés.

  4. Pierre TERRIERdit :

    Les hommes de haut rang ont seulement les pouvoirs qu'ils se donnent. Heureusement que le 4° pouvoir les tient dans leurs stricts responsabilités. A suivre fermement. Bravo pour votre initiative.

  5. Bruno Gravelledit :

    Bonjour les éclaireurs de conscience, Je pensais (naïvement) qu'un réseau social n'était pas le support officiel d'un média et que chacun pouvait s'y exprimer librement (ou à mentionner d'y être mandaté par une organisation). Soyons vigilants : les ennemis de la démocratie peuvent prendre le pouvoir ... même en France. Je suis Charlie. Vous avez mon soutien.

  6. Marc SOUVETdit :

    Ce sont des pratiques d'un autre âge qui ne grandissent pas le premier représentant de l'Etat dans notre Région... Pathétique...

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