Chaque lot d'explosifs est testé sur une espace dédié, soit à l'air libre, soit comme ici en piscine de tir.
Chaque lot d'explosifs est testé sur un espace dédié, soit à l'air libre, soit comme ici en piscine de tir.

CHIMIE. Le numéro un français des explosifs civils multiplie les initiatives pour contrecarrer une légère baisse d’activité.

Sous l’impulsion d’Hervé de Saint-Pierre, son nouveau président du directoire, il conjugue ventes et prestations de mise en œuvre de ses produits détonants.

R&D, investissement matériel et croissances organiques comme externes entrent également dans sa stratégie de développement, fortement exportatrice.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Notre titre peut induire en erreur, car le groupe Titanobel (79 millions d’€ de chiffre d’affaires, 9,3 millions de marge brute d'exploitation, 450 salariés) ne fabrique pas de dynamite, mais des explosifs issus de la poudre noire, d’émulsions sous forme pâteuse, et de nitrate fioul en granulats.

Le numéro un français du secteur, avec 58% d’un marché annuel de 38 000 tonnes, n’ouvre que très rarement les portes très sécurisées de ses deux vastes sites de Vonges et Pontailler-sur-Saône en Côte-d'Or (*).

Aussi, goûtons le plaisir de vous faire découvrir une activité pas comme les autres en raison même de la nature des produits commercialisés et employés dans les carrières, travaux publics, mines, matériaux de construction (ciment, gypse…), stations de ski, afin de lutter contre les avalanches, ou encore en démolition.

Emmanuel Martin, directeur industriel des deux unités, explique déjà que contrairement au passé (**) les risques intempestifs d’explosion n’existent aujourd’hui plus vraiment.

« Nous pouvons lâcher sur nos explosifs une masse de 30 kg de 4 mètres de haut sans qu’il ne se passe rien ».

Fabrication de l'émulsion explosive qui sera ensuite encartouchée.
Fabrication de l'émulsion explosive qui sera ensuite encartouchée.

Forte présence en Afrique

Car ces explosifs, plus concentrés et stables, ont besoin pour remplir leur office d’être rendus actifs par des cordons, détonateurs et autres procédés de mise à feu.

Leur composition les rend aussi plus respectueux de l’environnement.

« Nous utilisons des matières premières et sensibilisants non toxiques et travaillons à rendre les fumées de tir à faible impact », précise Emmanuel Martin.

Face à une baisse constante de ses ventes nationales, Titanobel mise sur le service. Ses camions, véritables usines sur roues fabriquent les explosifs sur sites et tout spécialement pour les carrières à ciel ouvert. D’autres poids lourds de la filiale Sofiter (60 engins) effectuent forages et minages.

« Nos spécialistes peuvent également mesurer et analyser les vibrations, optimiser les plans de tir, former les boutefeux (***), contrôler les déviations et réaliser des audits », relate Hervé de Saint-Pierre, le président du directoire.

Sans délaisser le marché hexagonal (16 dépôts, dont 5 assurent une production), le fabricant se tourne de plus en plus vers l’étranger, avec aujourd’hui une présence dans 32 pays.

Avec 63 % du chiffre d’affaires et la majeure partie des 17% d’exportation, l’Afrique est devenue son terrain de chasse privilégié.

« L’international est un axe fort de croissance et nous ne nous interdisons aucune croissance externe », relève le président du directoire.

L'un des nombreux igloos de stockage des explosifs sur le site de Vonges.
L'un des nombreux igloos de stockage des explosifs sur le site de Vonges.

Propriété du fonds d’investissement LFPI

Mais pas seulement, car l’entreprise réduit aussi ses coûts de production par une forte politique d’investissement.

Ces quatre prochaines années, elle va ainsi injecter 5 millions d’€ dans son outil industriel : robots d’encaissage, automatisation d’équipements…, et dans la mise en sécurité de certains bâtiments.

La R&D, avec une aire d’essais des tirs emploie par ailleurs 5 personnes et bénéficie d’un budget allant jusqu’à 5% du chiffre d’affaires.

« Nous pensons atteindre 84 à 85 millions d’€ de chiffre d’affaires groupe sur l’exercice en cours », prédit Hervé de Saint-Pierre.

Titanobel est née en 2008 de la fusion de Nobel Explosifs, ex-filiale de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE) et de Titanite que contrôlait depuis 2004 le fonds d’investissement La Financière Patrimoniale d’Investissement (LFPI), gestionnaire de 2,2 milliards d’actifs.

Elle appartient depuis lors à ce dernier par le biais d’un LBO (acquisition avec effet de levier) qui prendra fin dans cinq ans.

À noter que l'entreprise, toujours baptisée la Poudrerie de Vonges, atteint dorénavant l’âge plus que respectable de 322 ans.

Hervé de Saint-Pierre, président du directoire de Titanobel.
Hervé de Saint-Pierre, président du directoire de Titanobel.

Qui est Hervé de Saint-Pierre ?

Agé de 59 ans et diplômé en sciences politique, cet homme calme et très convivial a travaillé 30 ans dans les ciments pour le groupe familial transalpin Italcementi.

Ces pas professionnels l’ont conduit très souvent à l’étranger. Il a notamment vécu sept ans au Maroc et en Espagne en tant que président de filiales.

Les développements internationaux de l’un des cinq grands producteurs mondiaux de ciment lui a permis également de découvrir l’Asie. Nommé président du directoire de Titanobel en 2011, Hervé de Saint-Pierre est membre du Cercle des Entrepreneurs de Côte-d’Or et conseiller du commerce extérieur.

Emmanuel Martin, directeur industriel des sites de Vonges et Pontailler-sur-Saône.
Emmanuel Martin, directeur industriel des sites de Vonges et Pontailler-sur-Saône.

(*) Celui de Vonges s’étend sur 300 hectares avec 200 bâtiments. Pontailler-sur-Saône (150 hectares) possède une centaine de bâtiments. L’ensemble, classé Seveso seuil haut, est interdit de survol.

(**) Le 7 juillet 1920, quatre explosions se produisent dans l’atelier de malaxage de cheddite (classe d'explosifs à base de chlorates), faisant 10 morts et 30 blessés.

(***) Préposé au tir.

Crédit photos : Titanobel et Traces Ecrites

Commentez !

Combien font "8 plus 1" ?