MÉTALLURGIE/HAUT-RHIN. Pour ses fournisseurs en plaques d'acier, Tecta met un point honneur à rester européen. Ouest européen même. Ses débouchés le sont aussi, mais la croissance se déplace de plus en plus loin, vers l'est.
L'oxycoupeur d'Ottmarsheim, l'une des filiales de l'Allemand Rosenberger de ce côté-ci du Rhin, solde une série de mesures antibruit.

Le pont-roulant de 32 tonnes plante le décor au premier coup d’œil : Tecta, c’est du lourd. Cette entreprise d’Ottmarsheim (Haut-Rhin) transforme des plaques en acier de 14 mètres de long, 3,5 mètres de large et jusqu’à 30 centimètres d’épaisseur, qu’elle stocke au bout de son vaste hall « cathédrale » qui donne sur le canal d’Alsace. Jean-Luc Ruffenach, le directeur général, ne boude pas son plaisir de se faufiler au milieu des diverses machines qui sculptent une à une le métal.
Principale activité du site, l’oxycoupage se répartit entre un ensemble d’appareils classiques et deux machines à plasma. Puis, l’on croise la grenailleuse, l’ébavureuse, la chanfreineuse… Le tout dans une atmosphère certes bruyante, mais qui n’est plus le vacarme assourdissant d’il y a quelques années.
« Avec le soutien technique de la Carsat et l’aide financière de la Région Alsace, nous avons pu mettre en oeuvre toute une série de mesures correctives. En particulier, l’oxycoupage s’opère désormais sur une couche d’eau - et même sous l’eau pour les machines plasma - ce qui amortit le bruit », décrit Jean-Luc Ruffenach.
De pointes à 96-97 décibels, le dirigeant assure avoir descendu le plafond sous le niveau règlementaire de 85 décibels et travailler en ce moment sur le nouveau seuil de 82 décibels. Les mesures antibruit ont représenté un investissement de 240 000 €, venant s’ajouter aux 450 000 € engagés il y a trois ans pour la dernière récente rénovation d’ampleur de l’outil de production.
Pour ses livraisons en plaques d’acier, Tecta met un point honneur à rester européen. « Ouest-européen même, avec une garantie sur la provenance géographique précise de l’acier », insiste le directeur général. Les allemands ThyssenKrupp et Dillinger Hütte (la Rolls des tôles fortes) répondent à ces critères, souligne-t-il, si bien qu’ils constituent les principaux fournisseurs.
A 90 %, la matière parvient à l’usine par la voie fluviale à laquelle elle est embranchée grâce à sa localisation dans le port d’Ottmarsheim. « Nous recevons 1 000 à 1 500 tonnes chaque mois, ce qui représente quelque 40 à 50 camions de moins sur la route ».
Second pilier de la maison-mère allemande
Cette matière, la PME la transforme pour l’essentiel en plaques pour appareils à pression destinés à l’alimentation gaz ou ayant vocation à fonctionner à très basse température, jusqu’à moins 50 degrés. « Nous comptons parmi nos clients des sous-traitants d’Areva, de Total, de Shell ou encore des fabricants d’échangeurs thermiques », précise Jean-Luc Ruffenach.

Comme pour les approvisionnements, l’Europe de l’Ouest constitue la destination privilégiée des expéditions : la France pèse 55 % de l’activité, devant l’Allemagne (30 %). Mais pour ses débouchés, la croissance se déplace de plus en plus loin, si bien que la PME cherche et trouve des volumes d’affaires complémentaires en Europe centrale et de l’Est : ses pièces peuvent partir en Pologne, en Tchéquie ou en Slovénie par exemple.
Au total, Tecta produit 15 à 18 000 tonnes annuelles. En 2014, son activité lui a procuré un chiffre d’affaires de 14 millions d’€. Ce qui fait d’elle le second pilier de sa maison-mère allemande, l’entreprise familiale Rosenberger, dont les effectifs totaux se montent à 140 salariés pour un chiffre d’affaires de 80 millions d’€.
Les deux autres unités de production se situent de l’autre côté de la frontière franco-allemande… dont Ottmarsheim n’est d’ailleurs distante que de quelques kilomètres. Rosenberger a repris en 1998 le site auparavant propriété d’une entité suisse qui l’avait convertie à l’oxycoupage. A son origine remontant à 1971, Tecta fabriquait des treillis soudés.
L’usine d’Ottmarsheim emploie 48 salariés. Elle a recruté ces dernières années, mais pas au point de passer le seuil des 50 salariés, confie Jean-Luc Ruffenach avec un petit sourire entendu. L'oxydécoupeur n’a pas ménagé ses efforts de formation et le dirigeant estime avoir bien reçu en retour de ses collaborateurs où Français et étrangers se mélangent. « Notre métier s’apprend sur le tas. J’ai rencontré et conservé plein de jeunes motivés et compétents ».
Qui est Jean-Luc Ruffenach ?
La métallurgie, c’est sa vie professionnelle. Quarante ans que Jean-Luc Ruffenach baigne dans cette spécialité. Sa carrière s’est déroulée longtemps dans les achats, notamment au sein de la société alors appelée Davum à Strasbourg.
Après avoir créé et dirigé une société de négoce en acier, il est entré chez Tecta comme acheteur en 1995. Il en a pris la direction en 2007. Beau parcours pour ce "simple" bâchelier.
A 62 ans, son plaisir paraît intact et le mot retraite n’est pas encore inscrit dans son ordre du jour. Il se l’est promis : « Je ne vais pas encore embêter mon épouse à la maison ! »




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