La Bourgogne-Franche-Comté et le Grand Est font partie des quatre régions dont l’activité économique a le plus souffert de la pandémie de la Covid-19 en 2020. Interrogés par la Banque de France, les chefs d’entreprises disent vouloir reprendre les investissements malgré des carnets de commande loin du niveau d’avant-crise, d’où peu de perspectives d’embauche. En 2021, les effectifs et la rentabilité des entreprises ne se devrait pas trop se dégrader grâce aux aides publiques, chômage partiel et Prêts Garantis par l’Etat.


Les observateurs n’imaginaient pas que les signes de ralentissement de l’activité économique qui apparaissaient il y a un an, allaient prendre autant d’ampleur à la suite d’une « bonne année 2019. » Les résultats de l’enquête annuelle de la Banque de France auprès des chefs d’entreprises, réalisée en ce début 2021, et rendus publics le 11 février en Bourgogne-Franche-Comté et hier 16 février dans le Grand Est, témoignent d’une économie en panne sèche. Les deux régions figurent d’ailleurs parmi les quatre (avec l’Ile de France et la Corse) où l’industrie a le plus souffert de la crise sanitaire : moins 12% (en terme de chiffre d’affaires) en Bourgogne-Franche-Comté et moins 13,6% dans le Grand Est.

Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est ont un point commun qui explique ce mauvais classement : le poids de l’industrie automobile. En arrêtant ses lignes de fabrication pendant plusieurs semaines au printemps dernier, le constructeur PSA à Sochaux et à Mulhouse a entraîné avec lui un grand nombre de sous-traitants de la mécanique et de la métallurgie.
L’activité automobile s’est contractée jusqu’à 29% dans le Grand Est. Le secteur « transports » est d’ailleurs le seul dans cette région à n’avoir pas remonté la pente au second semestre 2020, alors que précise Baptiste Allegrand, directeur adjoint de la Banque de France Grand Est, « les entreprises industrielles disent avoir retrouvé aujourd’hui 90% de leur activité normale. »


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Le recul de l’industrie cache cependant des « extrêmes forts », pour reprendre les termes de François Bavay, directeur territorial Bourgogne-Franche-Comté. Un quart des entreprises industrielles de cette région a connu une hausse d’activité en s’adaptant au contexte – notamment avec la production par des fabricants de biens d’équipements, d’outils « gestes barrières » ou pour les producteurs de produits de grande consommation en répondant à la demande des consommateurs -, tandis qu’un autre quart enregistre une baisse de plus de 20%.

Conséquence de la baisse du volume d’affaires, les industriels ont ajusté leurs investissements : moins 25% en Bourgogne-Franche et plus modérément dans le Grand Est, avec moins 13,6%. Si l’industrie automobile dans le Grand Est a poursuivi ses plans d’investissements, la métallurgie en revanche les a freiné (moins 20%).

L’emploi a bien résisté dans l’industrie, grâce au chômage partiel, sauf pour les intérimaires qui n'ont pas vu leur contrat renouvelé (moins 21,6% dans le Grand Est). Faute de projets nouveaux chez les industriels, l’ingénierie subit le même sort que leurs donneurs d’ordre, dans des proportions moins importantes toutefois (moins 4,2% de chiffre d’affaires en Bourgogne-Franche-Comté), mais les sociétés d’ingénierie ont elles aussi remis à plus tard certains de leurs investissements.



Reprise de l’activité ou simple rebond ?

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Peu d'embauches sont prévues en 2021, mais les intérimaires, prinicpales victimes de la crise sanitaire, devrait retrouver les usines. ©Julien Cresp


Les indicateurs du BTP révèlent une bonne résistance avec une baisse moyenne du chiffre d’affaires de 5,4% en Bourgogne-Franche-Comté, moins marquée dans le Grand Est où elle se chiffre à moins 9,6%, « un net recul par rapport à la tendance haussière de ces dernières années. »

Qu’en sera t-il en 2021 ? Les mêmes chefs d’entreprise interrogés par la Banque de France veulent garder espoir. Dans le Grand Est, les industriels pressentent une nette remontée (+ 8,6% en terme de chiffre d’affaires) avec « une contribution remarquée de l’automobile à + 20,4%. »

Plus prudents ou plus pessimistes ? En Bourgogne-Franche-Comté, les industriels limitent la progression de leur chiffre d’affaires entre 4 et 5% quel que soit le secteur. Attention toutefois, prévient François Bavay, à ce que cette reprise de l’activité ne cache pas un simple rebond ; autrement dit que la hausse ne soit qu’un simple rattrapage du retard pris en 2020, et pas forcément le gain de nouvelles commandes.

 

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Zoom sur les petites entreprises alsaciennes

L’enquête de la Banque de France ne portant que sur des entreprises de plus de 50 salariés, CCI Alsace Eurométropole a interrogé du 14 janvier au 5 février 2021, celles dont l'effectif est inférieur, et uniquement celles du territoire de la Collectivité européenne d’Alsace (Bas-Rhin + Haut-Rhin).
On y apprend qu’un quart des petites entreprises prévoient une baisse de leurs indicateurs : chiffre d’affaires, carnet de commande, trésorerie et rentabilité, sauf les investissements, toutefois « très en retrait » par rapport à 2019.
Le baromètre semestriel révèle à contrario « une proportion plus importante et inquiétante de chefs d’entreprises qui ne savent pas comment sera le premier semestre. » L’industrie prévoit un repli de ses effectifs.


Quoi qu’ils en soit, les industriels estiment que le ralentissement de l’économie ne doit pas entraver l’investissement (+ 29,1% prévus en Bourgogne-Franche-Comté en 2021), concentrés sur leur outil de production. Dans le Grand Est, on constate de grosses divergences entre les secteurs : + 30,7% dans l’industrie agroalimentaire, mais moins 18,6% dans l’automobile et moins 20,6% dans les travaux publics. Côté effectifs, c’est la prudence totale, sauf dans l’automobile qui devrait réembaucher (+2,8%).

 

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La clé de ces prévisions, sera toutefois la rentabilité des entreprises. Dans le transport en Bourgogne-Franche-Comté par exemple, la progression attendue de 10% du chiffre d’affaires ne comblera pas le manque à gagner de 2020 – « il faudrait une hausse de 40% pour le récupérer », commente François Bavay. Les écarts de pertes de rentabilité sont grands, de 44% à 69%, y compris dans l’agro-alimentaire dont on aurait pu attendre, sinon un rebond, une stabilité.  Dans le Grand Est aussi, la rentabilité des entreprises s’est effritée, sans pour autant s’effondrer : 42% des chefs d’entreprises interrogés disent avoir perdu de la marge tandis que 36% l’ont maintenue.

Le recours du chômage partiel et des Prêts Garantis par l’Etat gomme sans aucun doute l’état réel de l’économie. Dans le Grand Est, 40% des chefs d’entreprises interrogés se disent en situation de fragilité. Pour l’avenir, commente Laurent Sahuquet, directeur régional de la Banque de France Grand Est, la question se pose en terme de capacité de remboursement des entreprises du PGE qu’elles ont pu contracter. On estime au plan national que 4 à 7% d’entre elles ne pourraient pas faire face à leurs échéances : une proportion « significative, mais tout à fait absorbable par les banques et l’Etat », estime t-il.

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La rentabilité des entreprises s'est effritée, mais ne s'est pas effondrée grâce aux aides publiques. © Philippe Bohlinger

 

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Un redémarrage au ralenti en ce début d’année

Après un rebond en décembre 2020, l’activité économique évolue peu dans l’industrie, les services et le bâtiment, selon une enquête des succursales régionales de la Banque de France du 27 janvier au 3 février. Fin janvier 2021, en Bourgogne-Franche-Comté comme dans le Grand Est, le niveau d’activité de l’industrie et des services marchands se situe toujours 10 points en dessous de la normale – 88 % d’un mois de janvier habituel pour les services marchands dans le Grand Est. La perte d’activité n’est pas mesurée dans l’hébergement et la restauration, établissements toujours fermés. Au plan national, la chute de PIB par rapport au niveau d’avant‑crise resterait autour de 5 %

 
Se procurer l’étude complète Bilan 2020-Perspectives 2021 en Bourgogne-Franche-Comté en écrivant à : etudes-bfc@banque-france.fr. Elle sera également bientôt disponible pour le Grand Est.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Bernard Nicaisedit :

    Un point de contexte qui va bien avec la surconsommation des PGE dans nos régions

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