« Favoriser la création d’activités nouvelles à forte valeur ajoutée » : c’est l’objectif que s’est fixé la Région Grand Est, dans l’esprit « Start-up Nation », cher au président de la République. Afin d’accompagner cette politique volontariste, le conseil régional a constitué un réseau d’incubateurs sur tout le territoire : trois en Champagne-Ardenne, deux en Lorraine et une en Alsace. 
Seul en Alsace et incontournable de par son expérience et sa taille, l’incubateur Semia fait figure de modèle à suivre. Mais sa prédominance est aussi révélatrice des retards et inégalités de services envers les créateurs d’entreprises dans la Région Grand Est.

Parmi les six labellisés « Incubateurs d’excellence Grand Est » par la Région Grand Est en 2018, résultat d'une politique volontariste (*) en faveur des jeunes entreprises, on compte trois structures en Champagne-Ardenne : Technopole de l’Aube, Rimbaud Tech et Innovact, deux en Lorraine : l’Incubateur Lorrain et The Pool, et une en Alsace : Semia. L’incubateur strasbourgeois est vite devenu porte-drapeau du réseau, fort de son bilan et de ses statistiques. Depuis sa création en 1999, Semia a accompagné plus de 200 projets innovants.
« Le taux de survie à cinq ans des entreprises incubées chez nous s’élève à 75% », revendique fièrement Stéphane Chauffriat, directeur de Semia. L’association constituée en 2004 était à l’origine consacrée à la valorisation de la recherche publique. Puis, elle a élargi sa mission à tous les porteurs de projets innovants issus du privé ou du public, quel que soit leur domaine d’activité. Un virage qui a accéléré son développement, porté aussi par le dynamisme du territoire strasbourgeois dans le domaine de la santé et des medtech.

 

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Stéphane Chauffriat, directeur de Semia.

Implanté sur un territoire beaucoup plus petit (309.000 habitants dans le département de l’Aube contre 1,1 million d’habitants dans le Bas-Rhin), l’incubateur Technopole de l’Aube possède un profil comparable à celui de Semia.
Depuis sa création en 1998, il a accompagné 184 projets et affiche un taux d’échec de 9%. « Le succès de ce projet tient à son originalité. Mais je ne crois pas au modèle unique. Nous ne pouvons pas reproduire les mêmes schémas dans tous les départements », affirme Philippe Adnot, sénateur de l’Aube, ancien président du conseil général, à l’origine de la Technopole de l’Aube. Mais c’est le modèle de Semia qui a pourtant été choisi comme référence pour les jeunes incubateurs du réseau Grand Est. 



Une méthodologie érigée en modèle

Ainsi, deux structures en Champagne-Ardenne sont actuellement sous mandat de gestion Semia : Rimbaud Tech à Charleville-Mézières (né en septembre 2017) et Innovact à Reims (créé en septembre 2018 à partir d’une technopole ouverte en 2013) pilotés chacun par deux salariés de l’association Semia. L’incubateur The Pool à Metz, créé en septembre 2018, est, lui, géré par TCRM Blida, lieu de production et d’innovation artistique et numérique.
Les trois structures appliquent les mêmes méthodes d’accompagnement que Semia. Une méthode qui s’articule en deux étapes : une pré-incubation collective (starter class) comprenant trois mois de formation, puis si le porteur de projet est sélectionné par le comité d’engagement, il bénéficie d’un accompagnement individuel par un ou une chargé(e) d’affaires pendant plus ou moins deux ans.
Aujourd’hui, l’effectif Semia dans toute la Région Grand Est est de 22 salariés, dont 12 à Strasbourg. Certes, la méthode de l’incubateur strasbourgeois a fait ses preuves depuis 1999, mais sa prédominance dans la région est aussi liée à une volonté politique. Car Lilla Merabet, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’innovation, était présidente de Semia jusqu’en novembre 2018. 


 

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65% des bénéficiaires de la bourse régionale de 30.000 € incubés chez Semia

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Le Bâtiment Semia, rue de l'Académie à Strasbourg.

Le bâtiment de Semia, rue de l’Académie, près de l’Université de Strasbourg, accueille une vingtaine d’entreprises. Cette année, au total en Alsace, 75 start-up sont incubées. En 2018, ce chiffre s’élevait à 67. de son côté, la Technopole de l’Aube accompagne 80 start-up, contre 70 environ en 2018. L’Incubateur Lorrain, 18 entreprises et Rimbaud Tech, 9. Par rapport aux autres incubateurs du réseau dans le Grand Est, Semia et Technopole de l’Aube font office de poids lourd. Pourtant ils ne font pas armes égales au niveau des financements accordés aux start-up.
En 2018, la bourse régionale de 30.000 € accordée aux entreprises incubées dans l’un des six incubateurs labellisés par la Région Grand Est a été attribuée à 50 start-up. 65 % des bénéficiaires étaient incubées chez Semia, 17 % chez l’Incubateur Lorrain et 13 % en Champagne Ardenne (Technopole de l’Aube et Rimbaud Tech). Environ la moitié des projets incubés ont reçu cette aide (**). Votée en juin 2017 et opérationnelle depuis décembre 2017, cette bourse régionale a vocation à être distribuée plus largement. « Dans 90% des cas, toutes les entreprises qui entrent en incubation peuvent recevoir cette bourse de 30.000 € », affirme Lilla Merabet.
Mais pour le moment, les start-up ne sont pas traitées de la même manière en fonction de leur implantation sur le territoire du Grand Est. Le choix de l’incubateur est aussi important : les entreprises incubées chez Semia ou dans l’un des deux établissements sous mandat de gestion de l’association alsacienne auront plus d’avantages, notamment une enveloppe de 4.800 € pour financer les premières dépenses de communication et prestations intellectuelles. Par comparaison, au sein de The Pool à Metz, cette enveloppe s’élève à 2.000 €.  

 

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Un retard à combler dans le Haut-Rhin

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Le bâtiment KMØ à Mulhouse.

La suprématie de Semia provoque des déséquilibres encore plus flagrants en Alsace, entre ses deux départements. Sur les 75 start-up incubées cette année par Semia, seulement 13 sont situées dans le Haut-Rhin. « Et encore ! Nous sommes passés à la vitesse supérieure car en dix ans, Semia ne totalise que 13 projets incubés dans le Haut-Rhin », indique David Lichtlé, chargé d’affaires Semia dans le Haut-Rhin.
Sur les six chargés d’affaires que compte l’association en Alsace, il est le seul dédié à ce département. Présent à Mulhouse depuis une dizaine d’années, d’abord à l’Université de Haute Alsace, puis au Technopole en 2017 et depuis janvier 2019, l’incubateur possède une antenne dans le nouveau bâtiment KMØ. Un lieu de 11.000 m2 dédié à la transformation digitale de l’industrie qui accueille des entreprises et des organismes de formation. 

D’ici à cet été, Semia disposera de 70 m2 dans KMØ, un espace qui sera proposé aux entreprises incubées. L’objectif clairement défini avec Mulhouse Alsace agglomération (M2A), l’un des financeurs de l’incubateur, est de faire progresser le nombre de projets détectés et incubés. « D’ici à trois ans, si on arrive à 50 projets incubés dans le Haut-Rhin, ce sera très bien », annonce David Lichtlé. 
Le challenge à relever est aussi celui de l’attractivité.
« Le territoire du Sud Alsace est en peine sur l’émergence des entreprises. Etant proche de la Suisse, l’entrepreneuriat étudiant a tendance à partir chez nos voisins, mais ce n’est pas la seule cause du problème. Nous n’avons peut-être pas été assez offensifs sur le territoire », admet Laurent Riche, vice-président M2A délégué à l’attractivité économique et à l’innovation. Des événements comme le Startup Weekend Mulhouse, du 14 au 16 juin prochains, ou des structures comme KMØ ont vocation à créer une nouvelle dynamique.

Quelques start-up en incubation

Swallis Medical apporte des solutions innovantes de diagnostic et de suivi sur le marché de la dysphagie (troubles de la déglutition). Incubateur : Semia
Hello Craft Beer est une plateforme de vente en ligne regroupant des micro-brasseries à destination des acheteurs professionnels (cafés et restaurants). Incubateur : Semia
Cairn Devices cherche à produire un ordinateur portable évolutif et écologique grâce à une conception en différentes pièces modulables. Incubateur : Semia
Eolab Technology vise à améliorer la compréhension des processus en jeu dans le cadre des changements climatiques en fournissant à la recherche, aux industries et aux collectivités des outils adaptés aux mesures atmosphériques des gaz à effet de serre. Incubateur : Innovact
Apmonia Therapeutics développe un médicament anticancéreux. La société est en cours de levée de fonds pour commencer les études de phase 1. Incubateur : Innovact
Anipo est un réseau international de lutte contre le vol des instruments de musique grâce à un système gratuit d’identification des instruments avec une application mobile. Incubateur : The Pool
Calinescence conçoit des objets connectés qui apportent soutien et réconfort aux bébés prématurés. Incubateur : The Pool
Augusteau a mis au point un outil numérique d’accompagnement des personnes en situation de handicap pour faire la cuisine. Incubateur : Rimbaud Tech
Été Indien Éditions conçoit et anime des séances d’activités sportives et de bien-être en vidéo, visioconférence et présentiel pour séniors. Incubateur : Rimbaud Tech
Sysark propose un robot révolutionnaire breveté réduisant de manière significative l’exposition à la radioactivité du personnel soignant lors de la préparation des médicaments radio pharmaceutiques (MRP). Incubateur : Incubateur Lorrain
Juggle a créé une application à destination des enfants souffrant d’autisme et d’autres troubles neurodéveloppementaux (TND) qui propose des parcours éducatifs détaillés, composés d’exercices ciblés et sur mesure. Incubateur : Incubateur Lorrain
Neoratech crée des équipements de protection individuelle avec de la technologie embarquée destinés aux techniciens travaillant sur des zones de danger. Incubateur : Technopole de l’Aube
Moodyx est une solution de tourisme numérique avec des listes d’activités et de sorties dans l’Aube en fonction de divers facteurs comme l'humeur, le profil de l’utilisateur ou la météo. Incubateur : Technopole de l’Aube.

(*)  La Région Grand Est a voté en 2017 un budget de 10 millions d’€ sur cinq ans pour les subventions accordées aux start-up, via deux dispositifs : une bourse de 30.000 € pour les entreprises de moins de 6 mois et une aide à la R&D de 100.000 €.

(**) 31 projets de Semia sur un total de 67 projets accompagnés, 9 projets à l’Incubateur Lorrain, sur un total de 18 projets accompagnés et 5 projets sur 9 pour Rimbaud Tech.

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