La PME de Clermont-en-Argonne (Meuse), spécialiste de la mécanique de haute précision, croît avec la hausse des ventes du Rafale, à la fabrication duquel elle participe. Realmeca double sa production à destination du chasseur de Dassault Aviation en investissant 5,5 millions d’€ sur deux ans.


Le décollage des ventes du Rafale, l’avion de combat de Dassault Aviation, entraîne dans son sillage celui des carnets de commandes du meusien Realmeca.
Basé à Clermont-en-Argonne, dans le département de la Meuse aux confins de la Marne, ce spécialiste de la mécanique de haute précision équilibre ses activités entre fabrication de machines-outils et intégration de sous-ensembles complets pour la défense.

La PME de 140 salariés double actuellement sa production à destination de l’électronicien Thales qui équipe le chasseur français. Cette collaboration devrait porter son chiffre d’affairesà 40 millions d’€ cette année, contre 34 millions d’€ en 2022, un montant qui était déjà en hausse de 25 % par rapport à 2021.

 

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Afin de répondre à la demande, Realmeca engage 5,5 millions d’€ sur les exercices 2022 et 2023 avec un objectif triple : augmenter son parc de machines, bâtir 1.500 m² supplémentaires d’ateliers, et couvrir son usine de 5.000 m² de panneaux solaires.

« Ces investissements sont liés ! », souligne Bruno Gailly, le président de Realmeca. « Tout d’abord, nous augmentons de 15 % notre surface de production afin d'accueillir de nouvelles machines. Nous profitons de ces acquisitions pour augmenter l’automatisation en misant sur des procédés de chargement automatisés, voire des systèmes plus poussés de palettisation. Ces équipements vont nous permettre de produire en dehors des horaires d’ouverture de l’usine. Dans ce contexte, l’installation de panneaux photovoltaïques prend tout son sens. En effet, les machines qui tourneront les week-ends consommeront l’énergie solaire qui est produite en continu », détaille le dirigeant.

Parallèlement, la société n’étant pas en mesure d’absorber la totalité de cette montée en charge, elle a élargi son panel de sous-traitants. Le challenge industriel se traduit également en termes de recrutement. Le besoin s’élève à 25 nouveaux salariés cette année, afin de couvrir les départs en retraite, mais aussi la hausse du carnet de commandes. « Il n’est pas simple d’attirer les profils même si nous sommes en bordure de l’autoroute A4 et proches de la gare Meuse TGV. Malgré notre proximité avec le département de la Marne, la quasi-totalité de nos salariés sont Meusiens », note Bruno Gailly.

 

Transfert de technologies avec l’Inde

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Realmeca investit dans des machines à palettisation automatisée lui permettant de produire en dehors des horaires d’ouverture. © Philippe Bohlinger


Dans le cadre du contrat de vente d'exemplaires du Rafale à l’Inde, des compensations ont été négociées par son gouvernement : des transferts de technologies et des contreparties industrielles
. Sous le contrôle étroit de la Direction générale de l’armement (DGA), Realmeca va donc transmettre des savoir-faire à des entreprises indiennes afin qu’elles soient en mesure de produire elles-mêmes certains composants de l’avion français. Une délégation de ce pays a d’ailleurs été reçue début janvier à Clermont-en-Argonne.

Fournisseur de rang 1 de Thales, Realmeca fabrique en effet plusieurs sous-ensembles de l'avion de chasse. Tout d’abord, il en assemble le système de guidage automatique des missiles. Ensuite, la société réalise le système optronique permettant la vision nocturne et diurne, ainsi que le radar électronique à antenne active du nez doté de milliers de capteurs. Enfin, elle assemble plusieurs sous-ensembles qui composent le système d’auto-défense de l'appareil (brouillage, détection, etc.). 

 

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« Nous avons coutume de dire que Realmeca apporte 50 % de valeur ajoutée sur un sous-ensemble fourni à Thales. En effet, nous réalisons des opérations de contrôle extrêmement poussées et nous usinons également une partie des composants », précise Bruno Gailly.

L'entreprise meusienne réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans la commercialisation de machines-outils de sa propre fabrication, mais aussi de machines-outils de l’américain Haas et de l’allemand Spinner dont elle distribue les produits en France. Un secteur d’autant plus solide que, comme l’explique Jean-Baptiste Medot, directeur commercial de cette division, « avec le Covid, les industriels européens ont redécouvert les sociétés de mécanique du quart nord-est de la France, des PME capables de proposer des solutions clé en main, car dotées d’un bureau d’études, de petits ateliers de tôlerie ou encore de câblage. »

 

Qui est Bruno Gailly ?

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Bruno Gailly, président de Realmeca. © Philippe Bohlinger

Arrivé à Clermont-en-Argonne en 1994, un an après avoir accroché au mur son diplôme d’ingénieur Arts et Métiers, Bruno Gailly est le nouveau pilote dans le cockpit de Realmeca. Ce Meusien d’origine a gravi un à un les échelons de l’entreprise familiale jusqu’à la direction générale. À la suite du décès de Jean Friess, le 25 mars 2021, à l’âge de 88 ans, l’homme, déjà actionnaire de l’entreprise, a eu l’opportunité d’en prendre les rênes en rachetant les parts des deux enfants du fondateur. « Je représente le changement dans la continuité et demeure le garant de l’esprit que Jean Friess avait souhaité insuffler en créant Realmeca en 1962 », résume le nouveau président. Au capital de l’entreprise, Bruno Gailly est épaulé à hauteur de 10 % environ par le fonds de proximité ILP (Institut lorrain de participation).

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