Installée depuis 1879 à Varennes-Sous-Dun, un village d'un peu moins de 600 habitants, au coeur du Charolais Brionnais, en Saône-et-Loire, Laines Plassard a pleinement profité du confinement. En 2020, les ventes se sont envolées sur la boutique en ligne et dans les merceries, comptant parmi les commerces dits essentiels. Grégory Fournier qui l’a reprise il y a cinq ans continue de rajeunir l’image d’une passe temps un tantinet désuet avec une forte politique marketing.

 
S’il est une activité traditionnellement saisonnière, entre septembre et mars, qui a profité de la pandémie depuis un an, c’est bien le tricot : les confinements successifs ont  remis au goût du jour une occupation qui commençait à perdre son côté désuet depuis le début des années 2000, conquérant une nouvelle génération en quête de satisfaction du faire soi même. « Et avec de belles matières, nobles et naturelles »  complète Grégory Fournier, le repreneur en 2016 d’une entreprise ancestrale – depuis 1879 –, du Brionnais-Charolais, en Saône-et-Loire, la filature Plassard.

En 2020, la PME de 20 salariés a vu ses ventes de laines à tricoter s’envoler sur une croissance à deux chiffres portant l'activité à près de 3 millions d’€. Les merceries faisaient partie des commerces dits essentiels, maintenues ouvertes, mais l’Internet a été aussi un vecteur très dynamique. Toute récente, la boutique en ligne a « explosé ; nous avons passé notre temps à faire des colis », se souvient le dirigeant.


Entretien Dijonnais


Pour se distinguer d’une forte concurrence, avec des marques qui évoquent des souvenirs à tout le monde, comme Bergère de France ou Phildar, Laines Plassard se positionne sur le qualitatif, explique son dirigeant, et non sur le prix. Le fil oublie l’acrylique – dont l’entreprise maintient toutefois une entrée de gamme pour les débutantes –,  au profit de belles matières comme le coton, la soie, le lin, le cachemire, l’alpaga ainsi que des mélanges qui le rendent agréable et facile à tricoter, sans casser.


Un packaging a minima

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Laines Plassard possède cinq boutiques en propre qui en appellent d’autres dans les 10 ans.


Sur les rayonnages des merceries, la pelote de laine doit aussi donner envie de se mettre à l’ouvrage. « Le packaging est à minima, il ne doit pas cacher le fil qui lui seul est le déclencheur de l’achat », explique Grégory Fournier. Comme dans le prêt-à-porter, des stylistes imaginent des modèles, au rythme de deux collections par an, été et hiver, en phase avec les couleurs à la mode.

Réflexe sans doute hérité de son début de carrière dans la grande distribution, le chef d’entreprise soigne tout particulièrement le marketing de ses produits. Les modèles de vêtements imaginés par les stylistes maison sont photographiés et remplissent sept catalogues diffusés tout au long de l’année et par segment de marché, adultes, enfants, layette, accessoires.
Laines Plassard édite même des manuels d’utilisation de ses modèles et dispose d’un service "SOS Tricot" avec un numéro de téléphone et une adresse mail, qui apporte une solution rapide à tout problème. La marque est aussi très présente sur les réseaux sociaux pour communiquer avec ses clientes et les influenceuses de la mode.



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Petite ombre au tableau de cette belle histoire, Plassard ne file plus à Varennes-Sous-Dun. La filature a conservé quelques machines dont une pelotonneuse et une échantillonneuse, pour les petites séries de fils délicats et les essais. L’entrée de gamme est fabriquée en Turquie, les autres en Italie, mais pas du tout en Asie, défend le chef d’entreprise. « C’est un principe, cela fait partie des valeurs du produit. »

Malgré le développement de la vente en ligne, les canaux de distribution demeurent traditionnels. Ce sont des merceries indépendantes ainsi que des magasins de tissus et de loisirs créatifs, représentant environ 600 points de vente en France et dans quelques pays étrangers, Canada, Japon et Australie.
L’entreprise possède aussi cinq boutiques en propre, qui en appellent d’autres à l’avenir. Elle sont situées dans la région lyonnaise, de Grenoble, Clermont-Ferrand et à Vichy, ainsi qu’un magasin d’usine à Varennes-sous-Dun. L’automne dernier, elle avait ouvert une boutique éphémère à Mâcon, dans un local prêté par la municipalité.

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Les laines suivent la mode avec deux collections par an présentées dans sept catalogues par an, en vente dans les magasins.

 

Le rajeunissement de la clientèle, qui démarre à l’arrivée du premier enfant, précise Grégory Fournier, ne doit pas masquer le profil mature des tricoteuses : les 50-65 ans formant le gros des amatrices, suivies des 40-55 ans. C’est pourquoi la PME développe la vente de modèles tout tricotés ainsi que des kits pour débutantes qui contiennent le nombre de pelotes nécessaires à la confection d’un modèle, accompagnées des aiguilles à tricoter ou du crochet ad hoc.

 

Qui est Grégory Fournier ? 

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Grégory Fournier, repreneur de Laines Plassard en 2016, présente « Le livre de tricot le + facile du monde » réalisé par la styliste Sonia Lucano avec ses produits.

Grégory Fournier a commencé sa carrière chez Carrefour où il est resté 7 ans, puis, fort de sa connaissance de la grande distribution, il se met à son compte avec une entreprise de distribution de petit électroménager premier prix à Villefranche-sur-Saône dans son Beaujolais natal. L’aventure durera sept ans jusqu’au jour où il eut envie de tourner sa page et se mit en quête d’une affaire à reprendre avec comme fil conducteur, « des clients sympas » et une entreprise qui avait une âme, une histoire. 
Sa rencontre avec Anne Plassard, 4ème génération de l’entreprise familiale née en 1879, le convainc de prendre le relais, en décembre 2016. Depuis, il accompagne Laines Plassard à Varennes-Sous-Dun – en Saône-et-Loire, mais tout près du Beaujolais –, dans une évolution liée à la fois au regain d’intérêt pour le tricot et à la transformation du commerce.


Photos fournies par l’entreprise sur mentions contraires.

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