N’espérez pas trouver dans ses locaux, près de Troyes dans l’Aube, un mur d’écrans d’ordinateurs destiné à la cyber-sécurité, activité qu’il sous-traite à d’autres collègues. Julien Zapater travaille à l’ancienne, selon les recettes éprouvées de la filature, de la planque et parfois de l’infiltration. Portrait d’une profession aux antipodes des images d’Épinal. Et d’un détective privé qui ne manque pas d’humour pour narrer moultes anecdotes, tant de la vie des gens que des situations propres à l’entreprise, la source principale de son chiffre d’affaires. Ceci dans le plus strict respect du secret professionnel et du droit à l’image.

 
Chez lui, on ne trouve pas le cynisme et le pessimisme d’un Philip Marlowe, le détective privé créé par l’auteur américain Raymond Chandler, un rien bagarreur et souvent imbibé. Julien Zapater ne possède pas non plus le don infaillible de déduction d’un Sherlock Holmes, d’un Hercule Poirot ou encore d’une Miss Marple. Non, il évoque plutôt, en dehors de toute ressemblance physique, le Rouletabille de Gaston Leroux.

Sa logique méthodique consiste à trouver « le bon bout de la raison », qu'on reconnaît au fait que « c'est le seul qui ne craque jamais. » Ces qualités, le cabinet d’investigation Zapater implanté dans l’agglomération de Troyes (Aube) en fait une culture d’entreprise, presque une seconde nature. « Dans l’administration de la preuve, je suis très opiniâtre, à la limite de la résilience. La filature, la planque comme l’infiltration demeurent très efficaces », confie-t-il.

 

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Il faut l’écouter narrer des anecdotes sur la vie intime des gens que son métier lui fait connaître. A ses débuts, l’adultère lui assurait le vivre et le couvert. « Un jour de la Saint-Valentin, je file un dirigeant que sa femme suspecte d’être volage », se rappelle-t-il. La suite relève du roman de gare. Car l’homme en question quitte sa société avec un apprenti qu’il emmène dans un immeuble.

Quelques heures de planque plus tard, il ressort et peu de temps après, l'apprenti s’en va à son tour, métamorphosé en créature travestie en femme un rien peroxydée avec une magnifique perruque blonde.  Julien Zapater précise à ce propos une règle impérieuse. « Je ne peux photographier que sur le domaine public, jamais dans une voiture, un hall d’immeuble ou l’accueil d’un hôtel, qui sont des espaces privés, et les personnes qui accompagnent doivent être impérativement floutées. ». Il en va de même avec les vidéos.

 

zaâterencadreQui est Julien Zapater ?

Sa carrure comme sa taille en dissuadent plus d’un de lui marcher sur les pieds. Il faut dire qu’à ses débuts professionnels, cinq années d’engagement dans les « Troupes de Marine » (*), sur différents théâtres d’opérations - Kosovo, Macédoine ou encore Côte-d’Ivoire - ont forgé un physique d’Airain. Sorti avec le grade de caporal-chef et grâce aux différentes qualifications martiales acquises, notamment en sports de combat, le futur détective privé se fait embaucher dans un club très privé, déjà comme portier, puis comme serveur du bar et du restaurant où il confesse être demeuré de très nombreuses fois parmi les seuls vêtus...
Débarqué ensuite dans la capitale, il trouve rapidement un emploi dans la sécurité et le convoyage d’objets précieux. Un transport de diamants entre Paris à Genève lui fait connaître un détective privé qui effectuait une contre-filature pour savoir s’il n’était pas suivi. Il connaît là le déclic pour rejoindre un métier-passion où il se formera de longues années et qu’il ne quitterait plus aujourd’hui pour tout l’or du monde.


L'obligation de photographier sur la seule voie publique procède du respect du droit à l’image. S’il y a procès, les juges en tiennent parfois compte, mais ce ne sont que des présomptions qui, pour être admises, doivent être graves, précises et concordantes. En clair, un homme ou une femme adultère doivent être vus en différents endroits, s’embrasser dans la rue, se tenir par la main de façon répétée…, pour constituer un début de preuve solide.


Ces affaires de moeurs (**) ou de personnes disparues, dans des sectes notamment, Julien Zapater, les laisse aujourd’hui à ses collaborateurs. Lui-même se consacre aux demandes des entreprises qui représentent plus de 60% de son activité. Les sujets d’intervention se multiplient, car les enjeux financiers se révèlent importants.

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Les nombreux appareils de prise de vues qui, parfois, peuvent prendre la forme d'un simple stylo pour des raisons de discrétion.
© Traces Ecrites


Il n’intervient pas dans les affaires de cyber-criminalité, ce n'est pas sa tasse de thé, son réseau de collègues très spécialisés les suit en son nom. Les fraudes à l’assurance comme aux arrêts maladie pèsent des centaines de millions d’euros. « J’ai eu à connaître plusieurs cas de chantiers officieux réalisés durant des arrêts maladie, principalement dans le bâtiment ou le paysagisme. » Certains fraudeurs ne se cachent même pas, comme ce cadre qui allait jouer tranquillement au golf tous les après-midi. Pour démasquer les personnes, il faut se fondre dans le décor et faire preuve d’une grande patience.

 

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La solvabilité d’un débiteur et les cas de concurrence déloyale entrent également dans les compétences du cabinet Zapater. Un jour, le détective suit par exemple un camion livrant des piscines, détournées de leur distributeur exclusif. Des entreprises requièrent également ses services pour des infiltrations, notamment des suspicions de vol. Julien Zapater, un mois durant, se fera ainsi embaucher en tant que magasinier dans l’entrepôt d’une société de pièces détachées pour engins.

Le résultat des courses sera qu’il n’y avait aucun voleur, mais une telle mauvaise gestion des stocks que toutes les pièces « disparues » retrouvèrent au final, à l'issue de son rapport très fouillé, leur bon emplacement. « Cette multiplicité des situations à traiter empêche tout ennui dans ce métier », conclut le détective.

 

Un cadre légal très strict

Devenir agent de recherches privées, comme responsable d'investigations et d'opérations de recherches privées, soit le métier plus simplement dénommé détective privé, requiert de montrer patte blanche. Entrer dans cette profession impose de respecter de nombreuses obligations légales dont les principales ressortent du code de la sécurité intérieure, plus précisement des articles référencés de L621-1 à L624-14.
Pour avoir le droit d’exercer, il faut bien évidemment ne pas avoir été condamné à une peine correctionnelle, ni à une peine criminelle. Pas plus que d’avoir été reconnu auteur d'une faillite frauduleuse ou avoir trempé dans d’autres combines commerciales. Le candidat doit aussi être de nationalité européenne et justifier de compétences acquises par des formations reconnues.

Julien Zapater coche toutes ces cases . Il a suivi la formation universitaire de professionnalisation, mention enquêteur privé, auprès de l’Université Panthéon-Assas à Paris. A l’issue de plusieurs stages dans différents cabinets, il a obtenu le diplôme de directeur d’investigations et d’opérations de recherches privées, délivré par l’IFAR (Institut de formation des agents de recherches), la référence pédagogique de la profession.

Mais d’autres sésames s’avèrent indispensable,s comme un agrément délivré après enquête administrative et consultation du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS), qui procède de son côté à une enquête de moralité. Le détective privé peut alors exercer avec une autorisation en bonne et due forme et une carte professionnelle que Julien Zapater n’est pas peu fier de mentionner dans tous ses courriers et courriels. Vous l’aurez compris, n’est pas détective qui veut. Et contrairement aux Etats-Unis, il ne peut pas porter d'arme.


(*) Comme leur nom ne l’indique pas, car il s’agit d’une composante de l’Armée de terre, l’ex-Coloniale qui a notamment combattu en Crimée et en Indochine.

(**) La preuve d’un adultère constitue un moyen de pression pour, bien souvent, éviter une procédure et, en cas de conciliation, réduire le montant de la prestation compensatoire.

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