Le fabricant de cristaux pour l’industrie du laser Cristal laser, à Messein (Meurthe-et-Moselle), a accueilli le 9 janvier les ministres de la Recherche et de l’Industrie. Cette société de 28 personnes incarne le modèle de PME issue de la recherche et à fort potentiel de croissance que le gouvernement veut encourager.
Cristal laser a décroché mieux que la lune. Cinq cristaux synthétisés par la PME de Messein (Meurthe-et-Moselle), au sud de Nancy, se trouvent à l’heure actuelle sur la planète Mars, à bord des rover Curiosity et Perseverance. Dominique Lupinski et Philippe Villeval, les deux dirigeants, n’ont pas manqué de le souligner ce lundi 9 janvier, à leurs visiteurs du jour, Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie.
Les deux membres du gouvernement effectuaient le déplacement en Lorraine dans le cadre de l’annonce du renforcement du plan « deeptech » qui veut encourager les innovations de rupture issues de la recherche.
Cristal laser répond parfaitement au profil. La société est née en 1990 d’un transfert de technologie de l’Université de Lorraine. L’équipe de recherche a eu l’intuition que son matériau cristallin synthétisé à plus de 950°C possédait de réelles perspectives industrielles et commerciales. « Nos cristaux optiques modifient la fréquence des lasers pour obtenir des faisceaux vert, bleu, infra-rouge ou encore ultra-violet, correspondant à chaque fois à des applications spécifiques », résume Philippe Villeval, responsable de la production. Les cristaux optiques qui équipent Curiosity et Perseverance, envoyés en 2012 et 2020 sur la planète rouge par la Nasa, servent par exemple à analyser la composition des roches.
Pendant dix ans, Cristal laser a basé son développement sur le cristal KPT (potassium, phosphate, titanyl), très utilisé dans les domaines médical, scientifique, industriel et militaire. En 2000, la PME a commencé à développer d’autres catégories comme le LBO (triborate de lithium) et le RTP (rubidium, titanyl, phosphate), ce qui a fini par la propulser dans le top 4 mondial sur son marché. Elle compte actuellement 140 clients à son portefeuille et elle exporte 80% de sa fabrication.
Un investissement de 10 millions d'euros en vue

La PME fait partie des entreprises dont la pandémie de Covid-19 a boosté l’activité. « Les méthodes de séquençage ADN utilisées pour la mise au point de vaccins contre les formes graves du virus mettent en œuvre deux lasers, l'un de couleur verte, l’autre rouge. Chacun d’eux intègre un composant réalisé par Cristal laser », détaille Dominique Lupinski, président-directeur général de Cristal Laser.
Les difficultés d’approvisionnement en semi-conducteurs, un secteur où la société est très active, a également joué en sa faveur. Ses effectifs sont passés de 20 à 30 salariés et l’entreprise compte recruter 10 collaborateurs supplémentaires cette année 2023.
La société innovante accélère en augmentant ses capacités de production, mais surtout de recherche-développement. En 2021, le deuxième appel à projets du plan France Relance lui a apporté le soutien nécessaire au développement de cristaux générant un faisceau laser de plus de 100 millimètres de diamètre. La PME a également pu cofinancer l’achat d’une machine de polissage pour les grandes surfaces. Soit un investissement global de 500.000 €.
« Un tiers de nos coûts est absorbé par la recherche-développement. Cette dépense est incontournable, car il faut quinze ans pour mettre sur le marché un nouveau cristal », rappelle Dominique Lupinski. L’entreprise bénéficie, à ces fins, du soutien de la région Grand Est, de Bpifrance et de la direction générale de l’Armement.
L’augmentation des capacités industrielles accompagne la hausse des capacités de recherche. L’entreprise a l’intention d’ajouter 20 fours supplémentaires aux 80 existants et de bâtir une extension de ses ateliers. Enfin, à moyen terme, Cristal Laser souhaite internaliser la dernière étape de production : la réalisation des couches minces. « Actuellement, nos cristaux partent aux États-Unis pour bénéficier de ce traitement anti-reflets très particulier », poursuit son PDG. La facture de l’investissement grimpera alors à quelque 10 millions d’€, mais le projet apparaît essentiel dans un secteur aussi stratégique.

Les cofondateurs de Cristal laser en 1990 sont animés par la passion de l’optique. « Nous avons fait le choix de réinvestir les bénéfices dans l’entreprise, soit 13 millions d’€ en plus de vingt ans », explique le duo d’associés. Dominique Lupinski et Philippe Villeval ont également tenu à ne pas ouvrir le capital de leur entreprise, « afin de rester seuls maitres à bord », insistent-ils. À soixante ans passés, le tandem réfléchit cependant à la transmission en interne de la société innovante.








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