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La vis de piton surmoulée d'un poids de 5/1000e de gramme qui a valu un Micron d'or à Philippe Vuillermoz SA.

 

MICROTECHNIQUES. Sous-traitant du tout petit dans tous types de matériaux et techniques, implanté dans le Jura, Philippe Vuillermoz a aiguisé la curiosité du jury des Microns d’or, au salon Micronora de Besançon qui vient de s'achever.

 

Vuillermoz imagine des solutions de moulage, injection ou découpe pour des clients mondiaux de l’horlogerie, du médical, de l’aéronautique ou encore de l’énergie.

 

A la remise des Microns d’or du salon 2014 Micronora, qui s'est achevé fin septembre à Besançon, la petite entreprise jurassienne a été distinguée d’une mention spéciale du jury pour une vis de piton surmoulée pesant… 5/1000e de gramme.

 

« C’est la pièce maîtresse d’un nouveau mouvement mécanique de montre que notre client, un grand horloger suisse, présentera en janvier au salon de la haute-horlogerie », explique Philippe Vuillermoz, dirigeant fondateur de la SAS éponyme qui emploie 11 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 1,2 millions d’€ en 2013, dont 80% à l’export (90% annoncés pour 2014). « Nous avons travaillé un an et demi sur cette pièce. »

 

Créée en 1993 à Saint-Claude (Jura), la société Philippe Vuillermoz a d’abord fabriqué des façades de téléphones portables pour Alcatel jusqu’à ce que le donneur d’ordre choisisse de délocaliser la production en Asie, à la fin des années 1990.

 

Un gros trou d’air pour la petite entreprise. « Je n’avais plus que deux clients. J’ai gardé les six salariés et opéré un virage à 180 degrés en achetant une machine à fil six axes », se souvient le dirigeant.

 

« J’avais senti qu’il y avait un créneau à prendre dans les petites pièces de grande précision, dans les petits moules, et c’est ainsi que nous sommes entrés dans le monde du tout petit. »

 

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L'entreprise travaille à l’échelle du micron.

Partenaire d'un projet de recherche franco-suisse

 

Très vite, le chef d’entreprise mouliste rend visite à ses clients du monde entier dans l’horlogerie, l’aéronautique, le médical, le nucléaire, la connectique et les centres de recherche.

 

« Il faut toujours avoir un coup d’avance, notamment sur les nouvelles technologies d’usinage. Nous sommes à l’écoute des besoins de nos clients pour anticiper les investissements nécessaires. C’est passionnant », poursuit Philippe Vuillermoz.

 

« Là, par exemple, nous participons au projet franco-suisse Piment sur les micro et nano-structurations pour la reconnaissance du produit, nous sommes l’un des quatre partenaires. »

 

Ce qui intéresse les clients de Vuillermoz, horlogers haut de gamme ou grands groupes médicaux américains, c’est sa capacité à concevoir des solutions sur mesure.

 

Cette réactivité et cette expertise, la société sanclaudienne les doit tout autant à son parc machine ultrapointu (centres d’usinage 3 et 5 axes, salle de contrôle climatisée, machine de perçage, machine à fil six axes, etc.) qu’à son équipe de techniciens impliqués et affûtés.

 

Une presse à injecter en salle blanche en 2015

 

« Des Formule 1 et des pilotes de Formule 1 », aime à dire le dirigeant.

 

Spécialiste de la conception et mise au point de moules MIM, céramique, polymère ou silicone, mais aussi des micro-outils de découpe, des micro-pièces de précision, de gravure et d’injection de micro-pièces, Vuillermoz est désormais capable, après deux ans de recherche, de fraiser du carbure de tungstène, et peut travailler à l’échelle du micron.

 

La société collabore régulièrement avec le Centre d'Etudes Atomiques (CEA) - son premier client pour qui il conçoit des prototypes de moules d’injection -, et a remporté un marché avec un grand groupe américain du médical pour la conception de valves implantables destinées à maintenir la pression du liquide céphalo-rachidien.

 

Sa crédibilité dans le monde du tout petit assure sa pérennité. En 2015, Vuillermoz va investir 500 000 € dans un nouveau bâtiment qui abritera sa presse à injecter en salle blanche. Les clients sont demandeurs.

 

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Philippe Vuillermoz, un nom associé aux microtravaux.

Qui est Philippe Vuillermoz ?

 

Il a coutume de dire, avec malice, qu’il a un niveau bac – 7 !

Mais son CAP de mouliste lui a ouvert les portes du monde du tout petit, et les compétences de sa petite entreprise sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier.

 

« Lorsqu’on a besoin de micro-travaux, le nom de Vuillermoz sort toujours, vous êtes l’homme de référence », lui a déclaré Michel Froelicher, une figure des micro et nanotechnologies, en lui remettant le Prix spécial du jury sur Micronora.

 

Avant de créer sa société, en 1993, Philippe Vuillermoz avait travaillé chez deux moulistes du Haut-Jura.

 

Et lorsqu’à son tour il est devenu patron, il n’a pas voulu imposer de règles rigides à ses salariés, qui ont tous la clé de l’usine et s’organisent comme ils l’entendent, pourvu que le travail soit fait et qu’ils assurent leurs 39 heures par semaine.

 

Cette qualité de vie au travail fait qu’aucun de ses dix salariés n’est finalement tenté par les salaires suisses, que l’on leur promet à une demi-heure du Haut-Jura.

 

Monique Clémens

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Les onze salariés de l'entreprise de Saint-Claude s’organisent comme ils l’entendent, pourvu que le travail soit fait en 39 heures par semaine.

 

 

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